"De L'Oiseau noir dans le soleil levant, Claudel disait "qu'il forme diptyque avec Connaissance de l'Est". Sans doute songeait-il surtout, en rapprochant ces deux textes, à leur "sujet", à cette double découverte de l'Orient qui leur donne en effet une apparente unité. De l'un à l'autre des passages se font ; le Japon est au coeur de Connaissance de l'Est avec les poèmes qui évoquent le voyage de 1898 et les souvenirs de Chine affleurent aisément dans L'Oiseau noir. Plus nettement, dans ce recueil, Claudel revient sur certaines opinions, sur certaines réactions anciennes pour les préciser ou les contredire. Les ressemblances toutefois sont plus profondes que n'implique ce parallélisme, plus révélatrices aussi. Seuls la Chine et le Japon ont retenu Claudel à ce point. Certes, il a aimé la Bohême, admiré le Brésil, observé l'Amérique... Aucun des pays où il a vécu ne l'a laissé indifférent et de tous son oeuvre garde la trace. Mais il ne leur a point accordé cette attention fascinée ni pris à les décrire ce soin et ce plaisir. L'Orient l'a touché d'une autre manière que ni le pittoresque ni l'exotisme ne suffisent à expliquer. C'est cette fascination, avec les contradictions qu'elle suppose et ses ambiguïtés, qui donne à ces deux recueils leur intérêt ; elle en suggère aussi une lecture thématique qui les éclaire." Jacques Petit.
Paul Claudel was a French poet, dramatist and diplomat, and the younger brother of the sculptor Camille Claudel. He was most famous for his verse dramas, which often convey his devout Catholic faith.
"Connaissance de l'Est" est un beau livre de sagesse. La logique cartésienne n'y est pour rien. Entre 1895 et 1927 Claudel a passé plus que vingt ans en Chine et au Japon dans les services diplomatiques françaises. Claudel a absolu adoré tous les aspects de la culture de l'Est: la peinture, la sculpture, la littérature et la musique de l'Orient. Aux yeux de Claudel la culture, la religion et les nations de l'Occident sont basés sur une mentalité de rempart. Les églises de l'Ouest sont es châteaux-fort contre le monde du péché. Les temples de l'Est sont des lieux où Dieu, les hommes et la nature se mêlent: "Le lieu religieux ici (la Pagode) n'enferme pas, comme en Europe, unique et clos, le mystère d'une foi et d'un dogme circonscrits. Sa fonction n'est pas de défendre contre les apparences extérieures l'absolu; il établit un certain milieu et, suspendu en quelque sorte au ciel, l'édifice mêle toute la nature à l'offrande qu'il constitue." pp. (3-4) L'écriture de l'Occident revendique l'autonomie. Celle de l'Est cherche l'inclusion. "La lettre romaine a eu pour principe la ligne verticale; le caractère chinois parait avoir l'horizontales come trait essentiel. La lettre d'un impérieux jambage affirme que la chose est telle; le caractère est la chose entière qu'il signifie." (p. 58) Les pays de Occidents sont des forteresses qui résistent aux ennemis. La Chine est un océan qui les submergent: "La Chine ne s'est pas comme l'Europe élaborée en compartiment; nulles frontières, nuls organismes particuliers n'opposaient dans l'immensité de son aire de résistance à la propagation des ondes humaines. Et c'est pourquoi, impuissante come la mer à prévoir ses agitations, cette nation, qui ne se sauvé par sa plasticité - comme la nature un caractère antique et provisoire, délabré, hasardeux, lacunaire. Le présente comporte toujours la réserve du futur et du passé." (pp. 132-133) Les artistes de l'Occident veulent se faire valoir contre la nature. Ceux de l'Orient veulent le servir: "L'artiste européen copie la nature selon le sentiment qu'il en a, le Japonais l'imite selon les moyens qu'il lui emprunte; l'un s'exprime et l'autre l'exprime; l'un ouvrage, l'autre mime; l'un peint, l'autre compose; l'est un étudiant, l'autre, dans un sens, un maitre." (pp. 154-155) Paul Claudel Il est venu à connaitre le Japon et la Chine comme très peu d'Occidentaux. Ironiquement, il n'avait rien prévu des grands changements qui s'en venaient. Les cultures millénaires de l'Est qu'il aimait tant étaient dans leurs crépuscules quand il a fait leur connaissances. Mort en 1955, Claudel a vécu assez longtemps pour les voir disparaitre. Mao a pris moins de 15 ans pour éradiquer la veille culture chinoise. Au Japon la culture a fait une transformation rapide en parallèle le progrès technologique et économique. Pourtant le fait que Claudel a mal prévu l'avenir de l'Est n'enlève rien au fait qu'il a exprimé de façon très éloquente de son amour pour cette région dans ce petit bouquin.