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La République des Professeurs

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Dans cet ouvrage paru en 1927, Albert Thibaudet, s'adresse à Jean Guehenno, directeur chez Grasset de la collection Les Ecrits. Il lui livre une chronique de l'arrivée au pouvoir du Cartel des gauches en 1924, incarné dans la figure des trois professeurs issus de l'Ecole Normale Supérieure que sont Blum, Herriot et Painlevé, et s'emploie à disséquer, non sans un certain humour, la mystique de la gauche et du radicalisme.

Extrait :
L’enseignement est la seule carrière qui se recrute presque exclusivement parmi les boursiers, les fils de familles sans fortune. Huit ou neuf sur dix des élèves de l’Ecole Normale supérieure ont fait leurs études avec des bourses de l’Etat, obtenues à la suite de concours sérieux, qui représentent déjà une première sélection. Ceux qui ne passent pas par l’Ecole Normale reçoivent des bourses de licence, d’agrégation, puis de voyage, de missions, de hautes études. Les écoles normales d’instituteurs et de professeurs primaires comportent un recrutement et une gratuité encore plus démocratiques. Les membres de familles riches ou simplement aisées qui figurent dans les trois ordres d’enseignement ne sont qu’une exception négligeable. Dans les professions libérales, l’enseignement représente rigoureusement la section des hommes nouveaux.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ces hommes nouveaux sont des hommes modestes. Et je ne veux pas dire qu’ils ne le soient pas restés. Seulement, en dehors d’eux, il s’est produit trois faits : l’affaire Dreyfus, la défaite politique de l’Eglise, et l’arrivée au pouvoir de la République radicale, qui les ont poussés en avant, les ont appelés à une fonction de cadres. L’affaire Dreyfus fut dans son principe une lutte entre les corporations intellectuelles et la corporation militaire ; la défaite politique de l’Eglise renforça le prestige et l’influence du clerc laïque, bien vu du pouvoir ; la République radicale, née en 1898, trouva naturellement ses cadres dans ces hommes nouveaux.
Ce n’est pas là un mouvement politique de Paris, mais bien de la province, de la province qui fait aujourd’hui les révolutions politiques. A Paris, les grandes corporations de l’intelligence sont l’Académie, l’Institut, la littérature, le journalisme, le barreau : l’Université ne vient qu’à la suite et à un rang secondaire ; l’instituteur, bien entendu ne compte pas. En province, le professeur tient la première place, et, village, le curé enlevé, il ne reste que l’instituteur.
Paris est la capitale de la France mais Lyon est la capitale de la Province. Les politiques savent à quel point le Cartel des gauches de était une formation lyonnaise. Et qu’on me demande aujourd’hui comment les élections de mai 1928 tourneront, je me déclare incapable d’essayer de répondre sans un séjour d’une quinzaine à Lyon. Or tout se passe comme si Lyon, le cadre lyonnais, la vie politique lyonnaise étaient destinés à favoriser une république de professeurs, à lui donner son sens et son rythme. Depuis 1871, c’est-à-dire depuis que la République existe, les maires de Lyon furent Barodet, instituteur, Gailton et Augagneur, professeurs à la faculté de médecine, Herriot, professeur Lycée, quatre maires seulement en plus de soixante ans ! (demain peut-être, Lévy, professeur à la Faculté de Droit), tous venus du dehors dans une ville ; où pas un écrivain, pas un journaliste, n’a un nom, et où, au contraire de Paris, l’Université représente (avec le clergé) la première et presque la seule valeur intellectuelle. Et ceux-là, sont des fils de leurs œuvres et des démocrates. C’est à Lyon que Burdeau, professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand, fit sa fortune parlementaire. Herriot n’avait pas tort de se déclarer, devant les Lyonnais, solidaire de son archicube normalien.

99 pages, Kindle Edition

Published January 28, 2016

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About the author

Albert Thibaudet

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Albert Thibaudet (1 April 1874, Tournus, Saône-et-Loire – 16 April 1936, Geneva) was a French essayist and literary critic. A former student of Henri Bergson, he was a professor of Jean Rousset. He taught at the University of Geneva, and was the co-founder of the Geneva School of literary criticism. He was succeeded in his post by Marcel Raymond.

Thibaudet's reputation increased through 1920s and 1930s, in part for his regular articles in the Nouvelle Revue Française which he wrote from 1912 until his death, as well as for his numerous books.[1]

In 1928, the philosopher Lucien Lévy-Bruhl sponsored him to participate in the first of the Cours universitaires de Davos, international meetings of intellectuals at Davos, Switzerland.

In 2008, the Thucydides Centre (a research institute of the Paris Panthéon-Assas University) inaugurated the "Albert Thibaudet Prize", awarded to a French-language writer on international relations.

Works:

La Campagne avec Thucydide, 1922 (on Thucydides)
Gustave Flaubert, 1922, republished, 1936
Le Bergsonisme, 1923 (on Henri Bergson)
Physiologie de la critique, 1930
Les idées politiques en France, 1931

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