Claude Poirier fait la loi dans le journalisme judiciaire québécois depuis quatre décennies. La populaire série télévisée Le Négociateur nous a révélé une facette moins connue de ce reporter vedette : le rôle de médiateur qu'il a joué dans plusieurs affaires. Dans Otages , c'est le journaliste lui-même qui nous raconte quelques-uns des événements où il a occupé cette position particulièrement périlleuse, coincé entre la police et les criminels dont il ne devait surtout pas trahir la confiance. Claude Poirier sait de quoi il parle : il a joué les médiateurs à 43 reprises. Il a fait ses premières armes dans une prise d'otages, auprès d'un malade de l'Institut Pinel qui se prenait pour Lawrence d'Arabie. Peu à peu, ses expériences transformeront sa vision des criminels : “Leurs crimes m'étaient toujours odieux, mais j'éprouvais désormais à leur égard une sorte de compassion. Je voulais connaître leur passé, découvrir les raisons de cette lutte insensée dont ils savaient à l'avance qu'ils ne sortiraient jamais vainqueurs.” C'est ainsi que le journaliste se montre sensible à la détresse d'Albert-Robert Brown, qui préférait mourir plutôt que de retourner en prison, ou au désespoir de ces prisonniers qui réclamaient des conditions de détention plus humaines. Publiée à l'origine en 1978, cette anthologie de récits dénote un bon sens du suspense, malgré un manque de mise en contexte et une fin un peu abrupte. On y revit avec intérêt le climat explosif des années 70, avec ses mutineries dans les prisons, ses kidnappings de gérants de banque et ses vedettes du crime comme le dangereux Richard Blass. -- Marie Labrecque