« Je mets mes souliers. Je n''ai pas le temps de les attacher, Je cours jusqu''aux toilettes et je vomis. Je pleure aussi. Comme un enfant. En criant. Exténué. Il n''y a pas de nausée. Mais je ne peux m''empêcher de vomir. Je fais beaucoup de bruit. Je remplis la cuvette. Je ne sais pas de quoi. Il me semble ne pas avoir autant mangé depuis le matin. Je vomis des restes de la semaine dernière, des trucs du mois passé, des viandes d''une vie antérieure. Je chasse l''eau. C''est tout ce qui est en moi qui part. Je vomis encore. Cinq fois. Je pleure. Je ne peux m''arrêter de pleurer. C''est comme pour la vomissure qui se presse. Je suis assis par terre, renversé sur le parquet. Mes bras retiennent la cuvette pour ne pas qu''elle s''envole. Je m''accroche à elle. Ma tête se relève un instant. Je respire un peu, et replonge. J''évacue tout mon amour pour Marie-Hélène. Et ça saigne. Ça passe par l''œsophage, par la gorge et par le nez. Ça sort en bile, en déjection multicolore. L''amour. Parce que je n''ai aucun autre choix. Je renvoie mécaniquement, afin de survivre. Je me sépare en plusieurs morceaux. Je m''enferme dans le bruit que je fais. Ce sont des bruits de corps humain se déversant. Mes doigts retenant la cuvette, mes cheveux partout, mes genoux fléchis, l''échiné compactée. »Une fois sur deux, Maxime-Olivier Moutier se demande s''il a bien fait de publier ce roman. Une fois sur deux, il se demande s''il n''aurait pas été plus sage d''aller crever d''une overdose de cocaïne dans une chambre d''hôtel en banlieue de New York. Sans même appeler la standardiste. Mais, pour le moment, Maxime-Olivier Moutier, tout en gardant un petit peu l''impression qu''il aurait peut-être mieux fait de ne pas publier ce roman, est toujours à cheval sur son désir.
Écrivain et psychanalyste, Maxime Olivier Moutier n’a jamais eu l’habitude de faire dans la dentelle. Né à Montréal Nord au sein de la communauté italienne, il fait encore aujourd’hui partie de ceux qui savent et nous rappellent que nous vivons dans un monde de fous. Il tente de faire sa part lorsqu’il s’agit d’en alléger les douleurs.
La première fois que j'ai lu ce livre, c'était vers 1999; j'avais environ 20 ans. Je me rappelle qu'il m'a hantée pendant plusieurs semaines. J'ai décidé de le relire dernièrement, et j'ai mieux compris pourquoi il m'a fessé dedans à la première lecture. 1- Ça parle d'un séjour dans un asile psychiatrique, ce qui est extrêmement tabou, et qui l'était encore plus à l'époque. 2- C'est la parole intime d'un homme, ce qui est très rare, et qui était encore plus rare en 1999. 3- C'est de l'autofiction, ce qui était tout nouveau à la fin des années 1990. 4- Le désarroi du personnage principal est décrit de façon vraiment réaliste.
Après avoir lu un cinquième du roman, j'ai remarqué que le personnage principal parlait des femmes en général de façon vraiment violente, et j'ai commencé à souligner tous les passages que je trouvais misogynes. Puis, je suis arrivée à une partie où il s'auto-psychanalyse, et j'ai compris où il voulait en venir. L'auteur est assez habile; il nous manipule allègrement.
Une chose qu'il manquait, je trouve, c'est le discours sur la maladie mentale et ses symptômes. Il parle "seulement" de sa rupture avec Marie-Hélène et du fait qu'elle l'a trompé, mais son mal-être est clairement beaucoup plus profond que ça. Il me semble que le livre aurait gagné à explorer cette facette de l'histoire.
Bref, une lecture difficile, somme toute. À ne pas lire si vous êtes dans une période vulnérable, mais si ça va, je vous le recommande.
J'ai bien aimé le style d'écriture, mais le propos devient parfois tellement violent à l'égard des femmes que j'ai ressenti un malaise tout au long de la lecture...
Cinq étoiles pour l'écriture, mais l'histoire m'a retourné le coeur trop de fois pour que j'en aie apprécié la lecture. J'ai souvent été en colère pendant la lecture de ce livre. Qui m'a fait réfléchir, quand même.
J’ai eu l’impression de perdre mon temps durant cette lecture. Un personnage dépressif, des propos violents, je ne sais pas trop... ça ne m’a pas accrochée.
Récit d'un jeune homme profondément dépressif alors que sa blonde le trompe dans des circonstances pas très claires. Il est bouleversé d'apprendre qu'elle est allée chez un autre. Il tente de se pendre mais il échoue. Il se fait emmener à l'aile psychiatrique d'un hôpital de Sherbrooke.
C'est une histoire bien ordinaire et qui est arrivée à tout le monde. Une femme trompe un homme. Celui-ci pète un plomb. Pourtant, malgré l'usure du sujet, et aussi parce que c'est apparemment une histoire vraie et un genre de journal, la détresse du jeune homme est très touchante. Malgré le caractère anodin de son drame, on comprend comment un événement peut bouleverser une personne déjà mêlée, qui a une prédisposition aux idées suicidaires. Ce drame déclenche une rage et une violence inouïes dans sa tête.
Cependant j'ai trouvé que comme dans le Journal d'un étudiant en histoire de l'art, l'auteur n'utilise que le capital du gars qui chiale pour broder son histoire. Il est tout le temps fâché, se sent tout le temps incompris et déteste beaucoup, beaucoup de choses. J'ai eu beaucoup d'empathie pour ce gars de 23 ans qui décrit sa petite tragédie personnelle, l'univers qui le définit. Je me suis ralliée à sa cause sur plus d'un aspect parce que certains de mes souvenirs sont semblables aux siens. Mais je ne cessais d'avoir des sentiments mitigés: vaut-ce la peine de se vautrer dans la colère comme ça?
Enfin, l'écriture est très intelligente, comme toujours, et les dédales du système en psychiatrie sont très bien rendus. Bien qu'on lui fasse confiance parce qu'il semble être transparent, on se rend compte vers la fin que le narrateur a omis de nous dévoiler certaines choses cruciales à la compréhension du récit. J'ai trouvé ce punch très bien réussi. Comme quoi une personne malade comme ça peut demeurer rusée pour s'attirer de la sympathie. Je ne sais pas aussi à quel endroit l'histoire vraie et le récit édité par un bon auteur se chevauchent. Et c'est ce qui fait de ce livre un excellent roman.
Ce livre vieilli mal avec le temps. J’ai été inconfortable tout au long de ma lecture par les nombreux passages de discours violents à l’égard des femmes.
C'est pas mal dommage quand tu tombes sur un auteur dont la plume te plait bien, qui décrit avec ce qui te semble être une belle sensibilité un séjour dans un hôpital psychiatrique, c'est dur...c'est beau, pis là tu tombes sur des passages comme ceux-ci: « elle avait le regard fier des filles faciles », « L'appétit d'une violence tout à fait homme s'aiguillonne en moi. [...] La jalousie, ce soir, tout à coup, plus que jamais dans ma vie. Plein de cette masculinité qui se gonfle en moi. Cette masculinité qui donne envie aux hommes tranquilles et sereins de battre parfois les femmes. Pour leur faire payer, à elles, le choix qu'ils ont fait, au détour de leurs quinze ans, d'être hétérosexuels[.]»
Au cours de la lecture, on en vient à penser que, selon lui, toutes les femmes sont des putains infidèles...sa blonde (à qui il conseille lui-même de se prendre un amant), sa grand-mère, sa belle-mère, alouette...et lui, interné et torturé, qui rêve de flinguer « toutes ses putes ».
Bref, je le sais que le narrateur est interné, que vraisemblablement il ne va pas bien, mais certains passages m'ont laissé un malaise...un froid dans le dos...
Bref, c'est « too much »...
This entire review has been hidden because of spoilers.
Un livre difficile, empli d’une colère envers Marie-Helene, mais aussi envers les femmes. J’ai particulièrement aimé l’aboutissement de la pensé. Le fait, que l’auteur/ le personnage aient de tels réflexions violentes envers les femmes, m’a fait réfléchir à tous ces crimes haineux commis contre les femmes. Il est si facile de démoiser une personne misogyne, mais de suivre le cours des pensées qui mène à de telles réflexions est très intéressante.
Toutefois, je trouve qu’outre une colère profonde et le cheminement psychique que celle-ci suit, l’auteur n’aborde que très peu d’autre thématiques qui auraient très bien pu être intéressantes.
2,5/5. Un gars dépressif, interné. Un partage d’états d’âme délirant. Une lecture qui apporte assez peu. Le style est efficace, la forme est correcte, mais le contenu, le fond, manque de matière pour pousser à la réflexion ou apporter un réel propos.
Un style très différent de ce que je suis habituée de lire. Très cru et beaucoup de détails ce qui donne envie de continuer à lire. La fin m'a un peu déçue.