Comme les énigmes de l'inquisiteur sont aisées ! Comparons, dit-il, avec celles que je n'ose parfois poser à moi-même : - Par quelle tribu occulte es-tu gangrené ? - Es-tu indemne de tout pouvoir ? - As-tu cassé tous les miroirs ? - De quelles infirmités tires-tu ta force? - Quels sont les tabous de ta droiture? - Pourquoi ne reconnais-tu que du bout des lèvres l'ampleur de tes ignorances ? - Ne t'arrive-t-il pas de te contenter de l'à peu près de ce que tu aurais vraiment voulu dire ? D'être irrité par tes plus justes passions ? De maudire tes superbes raisons de vivre ? - Ne joues-tu pas un peu au martyr ? - Ne caches-tu pas ta paresse derrière le tourbillon de tes réalisations ? - Que trahis-tu chaque fois que tu te remets en cause ? - Es-tu comblé par le seul amour qu'on te connaisse ? - Jusqu'où peux-tu aller dans la vérité sur toi-même ?
Abdellatif Laâbi is a Moroccan poet, born in 1942 in Fes, Morocco.
Laâbi, then teaching French, founded with other poets the artistic journal Souffles, an important literary review in 1966. It was considered as a meeting point of some poets who felt the emergency of a poetic stand and revival, but which, very quickly, crystallized all Moroccan creative energies: painters, film-makers, men of theatre, researchers and thinkers. It was banned in 1972, but throughout its short life, it opened up to cultures from other countries of the Maghreb and those of the Third World.
Abdellatif Laâbi was imprisoned, tortured and sentenced to ten years in prison for "crimes of opinion" (for his political beliefs and his writings) and served a sentence from 1972-1980. He was, in 1985, forced into exile in France.[2]