Berg et Beck avaient le même âge, habitaient la même rue, allaient à la même école et portaient la même étoile jaune sur la poitrine. Tous les deux rêvaient aux champions cyclistes découverts dans les pages du Miroir-Sprint ou sur les gradins du Vel d'Hiv.Le 16 juillet 1942, les policiers emmenèrent Beck et ses parents dans le vélodrome de ses rêves.Parce qu'on ne parla plus de lui, Beck ne manqua à personne. Tous l'oublièrent. Sauf Berg.Berg a vingt ans, Beck en aura toujours onze. Lettre après lettre, Berg devenu éducateur dans une maison d'enfants de déportés raconte à Beck les années qu'il n'a pas vécues, les livres et la musique qu'il n'a pas eu le temps de découvrir."Ce n'est pas parce que tu ne répondras pas que l'histoire va devoir se passer de toi. Gardons-nous notre amitié."
"Les larmes de ces enfants duraient un peu plus longtemps que chez les autres parce que c'est à peu près tout ce qu'ils avaient pour se faire comprendre."
"De toute façon, il faut que je continue de t'écrire et ce n'est pas parce que tu ne répondras pas que l'histoire va devoir se passer de toi."
" (...) prendre le train était une véritable épreuve. Ils montaient dedans sans billet, considérant qu'ils n'avaient pas, eux, à payer. S'adressant au contrôleur, il y en a un, une fois, qui lui a fait remarquer qu'il était un temps où la SNCF était moins regardante avec les Juifs, qu'elle les transportait gratuitement pour un voyage bien plus long que le trajet Andrésy-Paris."
Berg et Beck sont deux petits garçons juifs dans le Paris des années 40. Beck est arrêté avec ses parents et ne reviendra pas des camps. En 1952, Berg devient éducateur dans une maison d'enfant de déportés, et se remémore son ami Beck. Il lui écrit alors des lettres : "ce n'est pas parce que tu ne répondras pas que l'histoire va devoir se passer de toi".
Un très bon roman de Robert Bober, où la part d'autobiographie se mêle avec la fiction. Les moments intenses et lourds de sens succèdent aux événements plus légers de la vie des enfants.