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Œuvre poétique I

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Avec ce premier volume des œuvres d’Abdellatif Laâbi, éditées ici selon l’ordre chronologique, le lecteur va pouvoir suivre enfin la genèse et le déploiement d’un destin poétique hors norme, marqué au fer rouge de l’Histoire, happé par une expérience des limites, pré-inscrit, dirait-on, dans les tourmentes de la condition humaine et voué de ce fait à contrer les décrets de la fatalité et à entretenir le souffle de la résistance. Si un tel destin a pu toucher, au cours des trente dernières années, un lectorat de plus en plus large et fervent, ce n’est pas simplement par la charge des épreuves et la levée des espérances qu’il a su faire partager, mais plus encore par une parole prégnante qui permet au poète d’atteindre la juste mesure de vérité touchant à l’universel. Pétrie d’oralité, incandescente, syncopée, toujours travaillée avec la minutie d’un artisan créateur, la langue d’Abdellatif Laâbi tranche à l’arrivée par cette simplicité déconcertante grâce à laquelle on reconnaît qu’une voix singulière hante à son tour les sentiers de l’aventure ininterrompue de la poésie.
Ce volume comprend : Le règne de barbarie (1965-1967) Sous le bâillon le poème (poèmes et autres textes de prison 1972-1980) Discours sur la colline arabe (1985) L’écorché vif (extraits – 1986) Tous les déchirements (1990)

458 pages, Paperback

First published January 2, 2006

5 people want to read

About the author

Abdellatif Laâbi

115 books60 followers
Arabic: عبد اللطيف اللعبي

Abdellatif Laâbi is a Moroccan poet, born in 1942 in Fes, Morocco.

Laâbi, then teaching French, founded with other poets the artistic journal Souffles, an important literary review in 1966. It was considered as a meeting point of some poets who felt the emergency of a poetic stand and revival, but which, very quickly, crystallized all Moroccan creative energies: painters, film-makers, men of theatre, researchers and thinkers. It was banned in 1972, but throughout its short life, it opened up to cultures from other countries of the Maghreb and those of the Third World.

Abdellatif Laâbi was imprisoned, tortured and sentenced to ten years in prison for "crimes of opinion" (for his political beliefs and his writings) and served a sentence from 1972-1980. He was, in 1985, forced into exile in France.[2]

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Profile Image for Víctor Bermúdez.
Author 7 books64 followers
November 17, 2014
Ma femme aimée
l’aube nous rappelle à la présence
La lutte reprend
et l’amour s’épanouit comme une rose
dans l’arène de l’émeute
Ma main tremble
À la limite
c’est d’un membre que j’ai envie de m’amputer
pour l’élever en offrande jusqu’à toi
cette main justement
qui se dresse pour laver l’affront
oui pour toi
dans l’allégresse de l’émeute

Je fais appel au désert peuplé de la parole
au silence retentissant du commencement
je fais appel à l’eau, à son origine
de sources inconnues et de chutes terrifiantes
je fais appel à ce qui naît de la terre
et de la main de l’homme
je fais appel au tourbillon sourd et insensible
de l’émergence
je fais appel aux nappes dormantes du feu
à la droiture du ciel
flagellé du sceptre solaire
je fais appel à la profondeur nuptiale
modelant le souffle
dans ses entrailles emperlées
j’interpelle l’homme et la matière
je bondis au sein du mouvement
Mais l’aube de ma patrie s’étale
comme une énigme
Par-delà les barreaux
J’aperçois à peine un arbre
un minaret
je suis ébloui par tant de beauté
un frisson me traverse le dos
je surprends ton sommeil
de sphinx paisible
je me défais lentement d’un membre
pour l’élever en offrande jusqu’à toi
cette main justement
qui se dresse pour laver l’affront
oui pour toi
dans l’allégresse de l’émeute

Il faut pouvoir réfléchir :
comment en sommes-nous arrivés là
comment la révolution, toi
et ma longue marche
pour mériter la parole ?
Il faut pouvoir réfléchir
pour ravir à l’indicible
ce que nous pouvons encore ravir

Ma femme aimée
ma main tremble
C’est comme si j’avais seize ans
et que j’écrivais mon premier poème
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