Un vent de justesse et d'intelligence nous vient de ce témoignage unique en son genre, celui écrit par Renée Hamon sur Tahiti, les Tuamotou et les Marquises. Ses mots ont une valeur inestimable ; ils sont uniques en leur genre. Renée Hamon - le petit corsaire, comme disait Colette - est la première femme en 1937 à oser gagner, de l’autre côté du globe, des îles lointaines en cargo - voyage précurseur s’il en est. Son livre est donc le 1er regard féminin – et pas forcément féministe comme certains l’ont prétendu – sur cette partie du monde, si sujette aux fantasmes et aux utopies. Tahiti est une chimère depuis toujours. Renée Hamon le sait d'instinct mais elle voulait voir. Elle est reporter et femme de lettres – cependant son recul se marie à une forme particulière de tendresse, entre distanciation et immersion (très contemporaine d’ailleurs. Difficile de ne pas faire le lien avec Florence Aubenas). Tahiti… la mer, les lagons, les cocotiers, vahiné, lascivité et moiteur sensuelle… la tendresse et l'horreur des situations sociales tendues, sont décrites avec recul. Elle décrit ces hommes et ces femmes vivant sur ces solitudes colonisées, étonnamment fantasmées depuis Bougainville et Loti - mais très mal gérées par la France. Son texte est digne, meilleur même, que celui d’Albert Londres racontant le même genre de "traite" humaine, à Buenos-Aires dix avant. La différence, énorme, est que Renée Hamon est une femme, et qu’une femme ne s’aventure pas au bout du monde seule sans risquer sa peau. Grâce à ce récit au langage percutant – elle donne la parole aux créoles tahitiens, aux marquesans, et aux Popaa (les colons français) – on voit vivre les îles. A vélo, en bateau, à pied pendant les différentes saisons et sur ces différentes terminaisons nerveuses entourées d’eau à perte de vue de la planète, Renée Hamon observe, note et pour finir nous fait entendre jusqu’au bruit que fait la Fleur du Tiaré – Apétahi - à l’aube, quand les Marquises baignent encore dans leur brumisation naturelle. Bien sûr, ce qui reste de l’héritage de Paul Gauguin est également détaillé ; enfin on connaît Gauguin, et par ceux qui l’ont vu devenir son propre mythe. De la maison du Solitaire jusqu’au fin fond des atolls, elle nous enseigne la signification des mots ti, aita peapea, toupapaou, fetii, potii et fiu, entre autres ; nous suivons les péripéties de la plonge aux perles, le sort des Vahiné langoureuses, rongées par les maladies vénériennes, le glorieux passé des cannibales, les bateaux de passage, et comment les Chinois en sont venus à conquérir économiquement les îles. Le panorama est complet, tellement circonscrits par des mots vifs, intelligents, et emprunt d’humour et de bon sens, que vous ne quitterez pas le Tahiti de Renée Hamon de sitôt…
En introduction, la Collection Corde Raide vous offre son « Gauguin, le solitaire du Pacifique », et en fin de volume, les 3 premières pages de la publication à venir : « Les Flagellants et les flagellés » de Charles Virmaitre, dont le titre est explicite… le thème est érotique et sociologique - comme toujours chez Virmaitre.