Le premier cours prononcé en 2013-2014 par le nouveau titulaire de la chaire d’histoire de la philosophie médiévale, recréée au Collège de France cinquante ans après le départ d’Étienne Gilson, inaugure une enquête sur l’histoire de trois questions : « Question de l’homme », « Question du sujet », « Question du soi », où, sur fond de tension entre métaphysique et anthropologie, s’invente la notion moderne de sujet. Dans l’horizon du « long Moyen Âge », le cours propose une relecture de la critique nietzschéenne du sujet « cartésien » dans les fragments posthumes rassemblés sous le titre de Volonté de puissance; les premiers éléments d’une « déconstruction » de la thèse de Heidegger sur la rencontre du subiectum médiéval et de l’ego chez Descartes, telle que la formule le cours de 1934 sur La Logique; une discussion de l’interprétation foucaldienne du soi-même dans l’Alcibiade de Platon, lancée par le cours de 1981-1982 sur L’Herméneutique du sujet. Les textes antiques et médiévaux abordés dans le cours permettent de montrer que dès le Moyen Âge central (XIIIe -XIVe siècle), avec Guillaume d’Auvergne († 1249) ou Pierre de Jean-Olieu († 1298), les conditions nécessaires à l’émergence d’une notion dite « moderne » de sujet étaient réunies, dont l’introduction du subiectum dans la psychologie augustinienne, avec la notion de « sujet spirituel » ou psychique, par opposition à physique ou matériel, et une définition de la « personne » comme sujet d’activité mentale capable de reconnaître à autrui la même capacité d’imputation subjective, soit par « inférence » (arguitio) soit par « sympathie » (conspiratio). Le parcours médiéval effectué dans le cours entame un retour critique sur trois fétiches postmodernes, qui sidèrent indûment la pensée : la « mort de l’homme », la « fin de l’humanisme », la « mort du sujet ».
Né le 27 septembre 1948, certifié (1971) puis agrégé de philosophie (1972), après des études à la Sorbonne, Alain de Libera a d’abord enseigné la psychopédagogie à l’École normale d’instituteurs de Quimper (1972-1975). Entré au Centre national de la recherche scientifique en 1975, comme attaché puis chargé de recherche au Centre d’études des religions du livre, laboratoire de l’École pratique des hautes études associé au CNRS, il a été élu en 1985 directeur d’études à la Ve section (sciences religieuses) de l’EPHE, à la direction d’études d’histoire des théologies chrétiennes dans l’Occident médiéval, anciennement histoire des doctrines et des dogmes (Étienne Gilson), puis histoire des théologies médiévales (Paul Vignaux et René Roques). En 1997, il a été nommé professeur ordinaire, détaché à l’Université de Genève, sur une chaire d’Histoire de la philosophie médiévale. Élu Professeur au Collège de France en 2012, M. de Libera y a occupé une chaire, sur le même intitulé, jusqu'en 2019. En 2015, Alain de Libera est lauréat du Grand Prix de philosophie de l'Académie française qui le récompense pour l'ensemble de son œuvre.
Este es el curso dictado en el Collège. Presenta de una forma bella, dialógica, lo que expone en su libro dedicado al tema. De Libera presenta sus críticas a algunas nociones de Foucault respecto al concepto de "sujeto" y a la cuestión del sujeto moderno, por supuesto rastreando la invención en la Edad Media, campo al que se dedica hace años. La traducción disponible al español desde el 2020 es correcta.