Schwungvoll und heiter, schonungslos und beißend, anklagend und satirisch lässt Boualem Sansal die Kultur der sogenannten westlichen Welt auf die der islamischen prallen und deckt dabei überraschende Gemeinsamkeiten auf. In dem grauenerregenden Zuchthaus von Lambèse (Algerien) unterhalten sich zwei zum Tode Verurteilte: der Franzose Pierre und der Algerier Farid. Pierre wurde 1957 in Vialar (heute Tissemsilt) geboren. Er ist heimlich nach Algerien zurückgekehrt, um seine Mutter wiederzufinden, die ihn kurz nach seiner Geburt ausgesetzt hat. Er erlebt ein Land, das die Geister der Vergangenheit nicht loslassen. Vor allem aber deckt er gefährliche Wahrheiten über gewisse Aspekte des Unabhängigkeitskrieges auf. Farid hingegen hat sich in seinem früheren Leben an den Grausamkeiten beteiligt, die die Islamisten oder diejenigen, die sie auf zynische Weise benutzten, verübten. - Während Pierre und Farid über das Leben und Algerien diskutieren, bereitet sich eine internationale Menschenrechtskommission darauf vor, das Gefängnis zu besuchen. Angesichts dessen gerät die Verwaltung von Lambèse in helle Aufregung.
Boualem Sansal, né en 1949 à Theniet El Had, petit village des monts de l’Ouarsenis, est un écrivain algérien, principalement romancier mais aussi essayiste, censuré dans son pays d'origine à cause de sa position très critique1 envers le pouvoir en place. Il habite néanmoins toujours en Algérie, considérant que son pays a besoin des artistes pour ouvrir la voie à la paix et à la démocratie. Il est en revanche très reconnu en France et en Allemagne, pays dans lesquels ses romans se vendent particulièrement bien, et où il a reçu de nombreux prix.
Son ami Rachid Mimouni (1945-1995) l'encourage à écrire. Boualem Sansal, bien que grand lecteur, ne se vouait pas à l'écriture. Il commence pourtant à écrire en 1997, alors que la guerre civile bat son plein. Il cherche à entrer dans l'esprit de ses compatriotes, pour tenter de comprendre puis d'expliquer ce qui a mené à l'impasse politique, sociale et économique de son pays, et à la montée de l'islamisme3
En 1999 il publie son premier roman, Le Serment des barbares, qui reçoit le prix du Premier Roman et le prix Tropiques
Résumé de "L'enfant fou de l'arbre creux" / Boualem Sansal
1995, section des condamnés à mort de la prison de Lambèse, Algérie. Deux prisonniers, un français quarantenaire et un algérien de 20 ans, monologuent réciproquement leur histoire en forme de confession. Parfois les dialogues des deux condamnés relancent leurs monologues et creusent encore leurs confessions. Pierre était venu chercher ses racines, une partie de son histoire. Né en Algérie d'un père harki (?) assassiné, d'une mère tournée folle, il a grandi à Avallon, adopté par une "mère" française autrefois militante d'une ONG dont le mari médecin est lui aussi mort en Algérie avant le rapatriement. Peu avant sa mort, cette mère fait l'aveu à Pierre de son adoption. Il décide de partir à la recherche de sa mère biologique. Farid, enfant du bled, désœuvré, sans but, sans repère, a participé aux atrocités commises par les islamistes ou par ceux qui les ont cyniquement utilisés, sans même adhérer plus que ça aux idées que ceux-ci essaient de propager. Au milieu de la cour de la prison vit un enfant fou, aveugle, enchaîné à un arbre creux.
Réquisitoire politique impitoyable de l'Algérie actuelle par le biais de ces deux confessions, "L'enfant fou de l'arbre creux" est écrit dans une langue de conteur, avec truculence, ironie et humour, pure merveille Rabelaisienne. Boualem Sansal, ingénieur de formation, Directeur Général de l'Industrie au Ministère des Finances Algérien, quinquagénaire, possède l'élévation, la distance et la clairvoyance nécessaires pour parler de son pays. Il témoigne, avec des accents de vérité et de vécu, des ravages de la corruption, de l'hypocrisie, de la lâcheté et de la violence aveugle d'une nation qui dérive. Au travers des destins de ses deux protagonistes, il décrit avec rage et lyrisme réaliste le paysage algérien postcolonial, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours. L'auteur égratigne au passage de nombreux acteurs de ce drame : au premier rang les Algériens, le gouvernement Algérien, les islamistes, mais aussi la France, la colonisation, le communisme au travers de l'action de l'URSS en Algérie, etc. Tout d'abord plus ballotté par les événements que véritable acteur, Pierre Chaumet (le Français), menacé de partout, devra défendre son existence et sa liberté, son droit à la parole, le choix de ses valeurs et de son mode de vie. Farid, lui aussi ballotté de factions en factions, choisit également de prendre son destin en main, avec ses désirs et ses envies à lui.
Citations: "L'enfant fou de l'arbre creux" / Boualem Sansal - "La nuit est une prison dans la prison." P 10 - "L'amitié s'installe sur des malentendus inexpugnables et des méfiances venues des âges. Il ne faut pas toujours l'attendre sur un tapis de fleurs." P 11 - "On parle de bien par amour de mal et de progrès par mépris des gens. Nul ne sait quelle mouche a piqué ses voisins pour les détruire ou les épargner en connaissance de cause." P 19 - "On croyait au péché originel et cela suffisait pour accepter la vie comme elle vient." P 20 - "Le chant de la renommée et enivrant mais l'œil n'est pas l'oreille. Petits nous étions et le monde grand, pas l'inverse. On voyait comme le jour l'horizon noir de la fumée des bombes, le chemin rouge du sang de nos frères et amis, et le ciel bas sous le poids des âmes arrachées à leurs familles. On savait, même si nous y allions en rangs bêlants. Voulait-on voir ou on irait dans la folie? Peut-être, puisque nous n'avions rien de mieux à fiche. A-t-on jamais vu un mouton revenir de l'abattoir?" P 25 - "L'enfant de l'arbre creux poussa un cri, étrange et douloureux. Il ressemblait au gémissement d'une âme dévorée par les ténèbres. vit, il est temps de prier et de se réfugier dans les profondeurs du sommeil. " P 39 - "Nous ne sommes pas là pour le procès du colonialisme. L'histoire s'en est chargée et peut-être nous fait-elle regretter d'avoir oublié ses leçons. La barbarie, la scélératesse, la misère, la froideur des bureaux, l'ivresse des possédants, la grandiloquence des caciques, le désordre des ordres finissants, chacun pour sa part nous déciment, nous paralysent, nous avilissent, nous insultent. Ne sont-ce pas là les bruits de cette colère?..." P 33 - "La mort est une mécanique huilée par des millénaires de pratiques funéraires. L'orphelin n'a qu'à s'abandonner à la peine, la machine fonctionne toute seule." P 42 - "après la nuit vient une autre nuit si la lumière manque a l'appel." P 49 - "Quand on ne fait rien pour un ami de ses amis, on ne mérite pas de vivre." P 55 - "Liberté confisquée et rêve libéré marchent ensemble, clopin-clopant. Ainsi va le monde, demain sera toujours une promesse de dénouement heureux." P 70 - "Si la terre avait une fasse cachée, l'Algérie officielle en serait le joyau. Mais la Grande Bleue tourne dans la lumière et là est le malheur." P 88 - "l'amour par ici est dans la dureté, pourvu qu'elle soit incommensurable, incompréhensible et incontournable, et que nous sentions comme une évidence implacable que nous allons nous battre à perdre la raison contre un monde de chimères et de sombres réalités." P 94 - "En Algérie, la chose est insoluble. Le puzzle est en miettes, les montres réglées sur l'âge d'or, échelle mobile par excellence, et les agents absolument pas sérieux. En France, berceau de la contradiction soutenue, accomplir un pèlerinage est affaire de penchant personnel. On prend son baluchon et l'on va son chemin, récitant Jéhovah, Vishnou ou Maître Moon. Non, par ici, l'hérésie est mortelle. Il faut être d'un parti armé et croire avant tout en la violence de sa stratégie de conquêt du pouvoir. En terre de France, on se vêt selon la saison, pour plaire au déranger, voir simplement se couvrir. Ici on joue sa vie sur la couleur d'une cravate, s'il en faut une ce jour. L'impondérable est le soubassement de tout et la contrainte le vecteur de l'unité. L'amour de ma mère, l'appel de Vialar, l'escalade de la colline oubliée, l'amitié de Salim, le Bristol du Gitan pouvaient à tout instant me perdre." P 94 - "On se demande si la patrie lui sera reconnaissante. Rendre à chacun sa peine est le début d'une sagesse partagée. Mais encore. Il y a un phénomène à rendre cinglé un morceau de plomb dont pas un officiel ne m'a parlé à Alger. Il mériterait pourtant étude approfondie de leur part : l'errance, mal absolu des êtres de chair et de sang, frappait tout autant les objets inanimés. Les murs avancent ou se volatilisent, la terre disparait, les bornes excédent les limites, les trous s'agrandissent à mesure de leur comblements, les gravats se multiplient à perte de vue, l'on se demande ce qu'il en est des cieux." P 141 - "Tout bougeait autour de nous, l'immobilisme gagnait les profondeurs de nos membres, le mensonge répondait au mensonge, la violence à la violence et la mascarade ne finit pas. Les jours inlassablement se suivent et se ressemblent. Comment reconnaitre sa route quand les frères sont tous pareils, les sœurs voilées à désespérer leurs mères, les enfants indistinctement brouillés dans le désordre des rues? La prière est une trêve de courte durée, s'y fier est l'erreur à ne pas commettre. Secouons-nous, demain n'attend pas. Armons-nous de foi et de témérité, et partons à la recherche de la vérité. Lambiner nous a couté cher." P 145 - "Est-il possible qu'il en soit ainsi? Je suis fou de vouloir démêler pareil mystère. Par quoi commencer? Une malédiction me frappe. Maman, pourquoi m'as-tu parle pour me laisser seul? Etait-il nécessaire de m'apprendre que je ne suis pas ton fils mais celui d'une arabe? Tu ne savais rien de cette femme, ou si peu, cela valait-il la peine de tout déranger? Comment rebâtir ma vie, avec quoi, pour qui? Les lois qui gouvernaient ma vie de Français m'ont tourné le dos, je tombe sous la coupe du mektoub et dans la tourmente de l'aventure sans lendemain. Merde, voila du nouveau, je cause comme un chaâbi névrosé par la religion et la dictature des nains! Mektoub, mektoub, mon œil, un agencement de coïncidences, de vérités après coup, d'axiomes hérités, ouais! Il y a aussi cette satanée droiture chez nous, les Chaumet, elle nous étrangle; nous la portons envers et contre tout, de père en fils…" P 146 - "Où en étais-je? Aïcha est ma mère, elle m'a donné la vie et maman m'a recueilli. J'allais sur mes trois mois; cinq tétées par jour, vingt plombes de dodo, ça ne laisse pas de place aux jeux de la suspicion. Elle avait un fils, Khaled, et ce fils, c'est moi. Je ne sais pas si aujourd'hui nous aurions le même âge. Je suis la bien portant, hier encore propre comme une savonnette, ma vie est pleine de filles, de plaisirs, satinés, d'histoires gratinées, de repas arrosés, de livres à moitié lus, de voyages bon enfant, d'anniversaires passés avec succès. J'ai une série complète de diplômes et une solide expérience de ce qu'ils valent dans le vacarme des jours." P 150 - "Je t'ai dit, t'es pas un Algérien… pas encore, tu peux pas comprendre. Aimer son quartier et sa misère, c'est comme aimer son père et sa mère, cela va de soi. C'est pas l'oued qui pue, mon frère, c'est la merde qu'il charrie. Et cette merde, elle est pas de chez nous, elle vient de ces gens qui nous boivent le sang et nous méprisent par-dessus le marché. Les petits ne se révoltent pas par plaisir, ils rompent les amarres. Les riches font sortir Dieu lui-même de gonds. J'ai tué et je recommencerais même s'il y a deux Lambése au bout de la corde." P 155 - "Le fils disparut dans la foulée du père, l'ange venait à peine d'ouvrir les yeux. Vous êtes trop jeunes pour le savoir, mes enfants, une mort non suivie d'un deuil n'est pas une mort mais une fin. Dieu n'aime pas cela. Un jour, quelqu'un devra porter le deuil de ces malheureux. Ainsi, Allah les accueillera dans son paradis et indiquera aux éplorés la voie à suivre." P 168 - "Il y a des moments où la poésie passe avant tout. Quand tu cherches la vérité et que tu sens venir la déchirure et le premier cri, ou tu fermes les yeux et tu te tais ou tu laisses venir les mots pour te soulager, panser tes blessures, te bercer afin que le baiser du jour nouveau soit une bénédiction." P 171 - "Non, il nous faut jeter la lumière sur tout! Sur ces salopards que la révolution a ennoblis, sur les crimes commis sous couvert de causes sacrées, sur les complices à tous les échelons, sur le pourquoi du comment ce pays collectionne les intentions d'entreprendre dans le même temps qu'il garrotte la liberté de penser, sur ce que cache l'écran de la bureaucratie, le racisme érigé en système de défense de l'état, la misère des femmes, l'ignorance des enfants, l'errance de Tissemsilt et la faillite du Sersou, la recrudescence du terrorisme dés l'apparition des hirondelles, et surtout, oui surtout, pourquoi les clowns imposent-ils le secret quand eux-mêmes sèment à tout vent bobards et contrevérités, tout, je tu dis tout! – La révolution, quoi. – Non, pas la révolution, on en a assez! La Contre-révolution!" P 199 - "Est-il indispensable que le beau soit vrai quand le vrai est affreux? On ne regarde pas au mirage si on peut étancher sa soif." P 201 - "J'ai lu des poèmes dans un silence négatif. La culture est ce qui sépare quand tout est mis de coté." P 215 - "Le bien n'a rien à voir avec le temps; le mal s'accommode de tout, de nos frénésies comme de nos abattements." P 219 - "Mais ce qui ne se détruit pas en une vie peut bien tomber en une minute; le temps vient à bout des plus belles constructions." P 222 - "La patience vient à bout de l'impatience, Allah est le plus grand. La révolution n'était pas ces hommes, viendra le jour où elle les ensevelira et fera de leur nom une tare pour leurs enfants. Ne reste dans l'oued que ses galets. Dit le dicton." P 247 - "Ce sont des pauvres gens. Le courage est la plus grande des richesses et le plus difficile des savoirs. Il n'est pas donné à tout le monde. Comme beaucoup, j'ai cru que l'indépendance remettrait tout à l'endroit. Les années balaient bien des croyances. As-tu vu un homme debout depuis que tu cours après la vérité? Non, tu n'en rencontreras pas, sauf si tu fais du mensonge un compagnon de route." P 254 - "Un pays qui méprise ses cimetières n'est pas un pays. Ma mère, une grande visiteuse de cimetières devant l'Éternel, nous le répétait tout le temps. C'était son truc quand les fêtes religieuses nous tombaient dessus pour nous rafraîchir la mémoire sur nos origines. A quoi veux-tu te raccrocher, je te demande? Chez nous, chacun a une corde pour se pendre tout seul. Imagines-tu des morts en sursis se délaisser pour s'occuper des morts en terre? Je te dis : ne te fais pas d'illusion, le gouvernement ne traitera jamais vos morts comme il se doit. Pour lui, ils n'ont rien à foutre chez nous, se sont des colons. Depuis le 1 novembre 1954, cette terre est sacrée… sauf pour l'agriculture." P 269 - "Il nous apprit que l'enfant de l'arbre sec avait une histoire. Formés comme nous le sommes, à l'école française, rationnelle et tout et tout, nous comprenons ainsi, une histoire ayant un début, une trame, un sens, un aboutissement qui, s'il n'est pas achevé, du moins court en filigrane dans le développement." P 323 -"Ce n'est pas l'espoir qui fait vivre, hombre, mais l'aidée que d'autres ont réussi à le transformer en réalité." P 322 - "C'était un enfant, rejeté par le conquérant et autant par l'autochtone. Un bâtard ne peut être ni héritier ni frère. On l'attachait à un arbre pour l'empêcher de se mêler à la marmaille de la tribu." P 325 - "Y a-t-il une morale de l'histoire ? Peut-être celle-ci car l'heure est aux grandes questions : si la vérité a besoin d'une fraction de seconde pour éclater, il faut une vie et souvent davantage pour remettre de l'ordre dans ses idées. Vivre loin des menteurs est donc le chemin à trouver." P 362 - Said Bouchelaleg
Sansal is a famous French-Algerian writer who was arrested and imprisoned last year at age 81, supposedly for his criticism of the Algerian government. In a grim intersection of life and art, this novel (which he published in 2000) is the account of two men on death row in an Algerian prison. It wasn’t an easy read, linguistically or thematically, though there was a fair bit of dark humour. The male protagonists weren’t always sympathetic, especially when it came to their treatment of women, but the depiction of post-colonial Algeria was gripping. After finishing the novel, I discovered that Sansal was freed from prison in November and is now safely back in France: great news.