Une jeune femme tombe enceinte. Un homme s'enfuit. Et une petite fille reste aux prises avec une énigme. À la manière du dessin caché qui apparaît dans les cahiers de jeux des enfants quand on relie entre eux les points numérotés, Martine Delvaux s'applique à réunir dans Blanc dehors le peu qu'elle sait de l'inconnu qui a refusé de devenir son père. Un roman aussi résolu qu'apaisé, où la romancière parvient à rendre lisible à nouveau une histoire pourtant criblée de blancs.
Martine Delvaux est née en 1968. Romancière et essayiste, elle a publié à ce jour chez Héliotrope trois romans remarqués : C’est quand le bonheur ? (2007), Rose amer (2009) et Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage (2012).
«C'est la fin et c'est le début de l'histoire. On me demande ce que ça me fait de ne pas savoir qui est mon père.»
Quête identitaire. Elle cherche à s'approprier sa propre histoire, mais dès l'aurore y'a ce brouillard blanc, un grand bout manquant. Cette quête introspective, itérative, est racontée avec finesse, une forme à la fois dense et dénuée.
Et en trame de fond, on lève le voile sur cette histoire collective des enfants abandonnés, avant et après la révolution tranquille au Québec.
J’aime cette autrice et sa quête derrière ce livre m’a beaucoup touchée.
Ce livre montre ce que cela peut représenter d’être l’enfant illégitime d’une fille-mère et toute la douleur et la confusion créées par un père qui refuse de connaître son enfant. Et ce, même des décennies plus tard.
Je crois qu’on sous-estime largement l’importance des liens de la famille nucléaire dans nos repères identitaires. Ce texte a une grande valeur puisqu’il témoigne habilement de cette spirale identitaire incessante et obsédante que vivent plusieurs personnes orphelines, adoptées ou dont l’un des parents reste inconnu.
J’ai trouvé cela riche que sa quête identitaire croise son imaginaire foisonnant. Martine Delvaux est capable d’imaginer son père de toutes les façons possibles à défaut de le connaître. Et cet imaginaire ressasse le passé sous tous ses angles, pour le repenser, le décomposer, et ainsi combler ce vide laissé par ce père absent sur lequel elle ne sait presque rien.
Un livre qui me fait penser à tout ce qu’on ne se dit pas. À tout ce qu’on devrait se dire.
Je suis surprise que l’autrice n’aille pas parlé de sa propre fille ou de son rapport à la maternité dans ce récit. J’avais d’ailleurs adoré lire « Le monde t’appartient ».
Les mots de Martine Delvaux sont toujours tellement bien choisis! Plusieurs phrases sont tout simplement incroyables. Par contre, j'ai trouvé que c'était une oeuvre qui était trop pleine de "si" et ça m'a fait décrocher au fil de ma lecture. Je comprends la lourdeur de ne pas savoir d'où on vient, je comprends la détresse et la soif de savoir. Peut-être que je suis simplement dans une phase où je préfère lire des romans avec des histoires plus tangibles.
Comment savoir qui l’on est quand on ne sait pas d’où l’on vient? Comment savoir où l’on va quand le chemin parcouru jusqu’ici n’a été parsemé que de questionnements sans réponses, que de suppositions jamais démenties, jamais confirmées? Ce sont deux des questions cruciales auxquelles tente de répondre la talentueuse Martine Delvaux dans son tout dernier roman Blanc dehors, paru chez Héliotrope.
La narratrice, une femme de quarante-cinq ans abandonnée par son père avant sa naissance, scrute son passé à l’aide du peu d’informations qu’elle détient sur lui pour tenter de remplir les blancs laissés dans l’histoire de sa vie. C’est un récit en construction, un récit en devenir où la narratrice s’interroge continuellement sur la nature même de ce récit : « Ce n’est pas un récit sur ma mère. Ce n’est pas non plus un récit sur mon père. C’est un récit qui parle de l’absence de récit. » Parce que comment raconter quelque chose lorsque nous n’avons pas tous les faits, et aucune façon de les connaître? C’est là que la fiction en rajoute :
« J’écris en flânant, presque somnambule. Je ne sais pas si je rêve, et je ne sais plus si j’invente. Je passe d’une fenêtre à une autre, je fais des bonds dans le temps, j’avance à l’aveugle en maintenant un peu de distance avec les choses que je raconte, de peur d’être emportée ou avalée. Je ne sais pas ce qui m’attend le long du chemin ni quand j’arriverai à la fin. Je ne suis jamais allée jusqu’au bout.»
Cette histoire, Martine Delvaux la porte en elle depuis longtemps. «La vie passe, ordinaire, toute en listes de tâches et de courses à faire, les années qui défilent, les livres écrits malgré tout, tant de pages à côté de ce que je n’écris pas, cette histoire-là échafaudée sur mille silences que je dois écrire maintenant sinon je ne l’écrirai jamais, et alors, cette histoire n’existera pas.» La manière qu’à Delvaux d’aborder ce sujet délicat, une touche empreinte de compassion, d’indulgence, de douceur fait de ce récit un ouvrage à réflexion d’une force inouïe. On sent le questionnement derrière chaque page, chaque phrase. On lit aussi le questionnement lorsque la narratrice aborde l’écriture du roman, sorte de mise en abyme contrôlée qui ajoute une profondeur indéniable au récit. Une très belle réussite de ce côté-là. C’est donc un roman rescapé de l’univers des possibles que nous tenons entre nos mains, un roman qui n’aurait pu ne pas exister, un roman sauvé de l’oubli, un roman d’une beauté insoupçonnée, une lecture parfaite pour accompagner les premières neiges.
Blanc dehors c’est une femme de 45 ans qui cherche à remplir les blancs de sa vie. Connaitre son histoire. Elle ne sait rien de son père, et des circonstances de sa naissance. Elle se crée des fictions afin d’apaiser ce vide qui la hante depuis toujours. Une quête d’identité dans toute sa vulnérabilité. J’ai beaucoup aimé les passages où elle se questionne sur la manière dont sa mère a vécu cette histoire. Celle d’une jeune femme de 20 ans qui tombe enceinte, et qui se fait abandonner elle aussi. Dans sa quête, l’autrice ne questionne pas. Elle n’enquête pas sur celui qui crée ce blanc. Elle attend des réponses. Que les souvenirs de ceux et celles qui l’ont élevé et aimé leur reviennent. « Ce n’est pas un récit sur ma mère. Ce n’est pas non plus un récit sur mon père. C’est un récit qui parle de l’absence de récit. » J’ai surtout aimé le style poétique et philosophique du livre. Je recommande !
Blanc dehors, un long monologue qui nous emporte dans les pensées ne trouvant échos d'une fille qui ne sait rien ou presque de son père. J'aime énormément la plume de Martine Delvaux, son style presque durassien. Ici, je n'ai donné que 3 étoiles parce que j'ai lu ses précédents romans, et que je n'ai pas trouvé ce que je préfère chez elle : le récit d'anecdotes. J'adore quand elle raconte les sentiments à travers des bribes de vie, et ici, je me suis parfois ennuyée un peu dans la répétition de questions, ambiance très cérébrale. Cela a du sens car j'imagine que c'est ce que vivrait une personne qui souffre d'une absence sans pouvoir la pallier... Je préfère cependant les narrations aux témoignages. J'ai également trouvé la fin maladroite. Qu'importe, le prochain roman de Martine Delvaux, évidemment je l'achète !
L'écriture de Martine Delvaux est vraiment magnifique et c'est ce qui nous happe d'emblée dans ce texte. Par contre, je partage l'avis de ceux qui penchent plus vers un recueil de poésie qu'un roman, puisque c'est un peu décevant du côté de la narration. Un livre à lire à petites bouchées afin de savourer la poésie des mots de Martine Delvaux.
Ce livre est davantage une nouvelle de 200 pages qu'un roman. L'histoire est puissante et on sent le défoulement et la libération de l'auteure, certes, mais la narration fait au maximum 30 pages. Le texte est beaucoup plus poétique que narratif.