Rien, à dire vrai, ne me prédisposait à m'attacher à l'histoire de l'émancipation des Juifs sous la Révolution. Jusqu'au jour où, suivant pas à pas Condorcet, je rencontrai une délégation de Juifs, conduite par Maître Godard, venant demander en janvier 1790 à la Commune de Paris de soutenir leur cause auprès de l'Assemblée nationale. Il y avait donc eu sous la Révolution, au sujet de la citoyenneté des Juifs, discussion, résistance et bataille politique. Cet événement, si lourd de portée dans l'histoire des Juifs de France et d'Europe, a bien peu compté dans la Révolution. Pourtant, à l'analyser de près, il se révèle chargé de signification. Car l'émancipation, à la veille de 1789, si elle était presque acquise pour les Juifs du Sud-Ouest, n'était rien moins que certaine pour les autres. La raison politique commandait de différer leur émancipation, ou du moins de l'accomplir progressivement en fonction de leur assimilation. Mais cette démarche prudente était inconciliable avec les principes des droits de l'homme que les Constituants avaient proclamés. Refuser aux Juifs le droit d'être des citoyens comme les autres, aux mêmes conditions que les autres, c'était leur dénier la qualité d'hommes comme les autres, et renier la Révolution elle-même. Ainsi l'émancipation des Juifs apparaît en définitive comme une victoire de l'idéologie sur le pragmatisme, de la force des principes sur la force des choses. R.B.
Avocat, universitaire, essayiste et homme politique français, Robert Badinter s’inscrit au barreau de Paris en 1951, il débute sa carrière d’avocat comme collaborateur d’Henry Torrès. Il soutient une thèse sur les conflits de droit aux États-Unis et réussit l’agrégation de droit en 1965. Le procès le plus célèbre où il intervient est certainement celui de Patrick Henry, meurtrier d’un garçon de sept ans en 1976. Grâce à sa plaidoirie contre la peine de mort en 1977, il sauve la tête de Patrick Henry, ce dernier étant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. C’est le commencement de la fin pour la peine capitale. Ancien président du Conseil constitutionnel, il est principalement connu pour son combat contre la perpétuité réelle et la peine de mort dont il obtient l’abolition en France le 30 septembre 1981 en tant que Garde des Sceaux, pour la dépénalisation des relations homosexuelles entre majeurs de moins de 21 ans, et surtout comme auteur du nouveau Code pénal.
This book explains how the Jews got emancipated by the 1791 assembly. Before reading this book, all I knew is that they emancipated the Jews but wanted them to assimilate, or something like that. The real story is more complicated.
First of all, there wasn't one homogenous French Jewish community before 1789. The leading communities were a) a relatively assimilated, affluent Sephardic community in Bordeaux that was already doing reasonably well and b) a poor, oppressed Ashkenazic community in Alsace-Lorraine that was essentially stuck in the Middle Ages. The latter community was not allowed to do much besides peddling and moneylending, and as a result (in the author's words) generally "led a wretched existence". In addition, they were widely hated by many Christians because they manyh of them were moneylenders. Both communities lobbied the assembly, but the Sephardic community mostly wanted to keep the rights they had, while the Ashkenazic community wanted economic freedom and civil rights.
The assembly voted to acknowledge the Sephardim as full citizens in early 1790. But the Ashkenazim were more controversial- partially because of their neighbors' anti-Semitism and partially because they were somewhat self-governing, which some deputies felt was inconsistent with being full citizens of France.
In late 1791, after the king tried unsuccessfully to flee the country, the assembly began to radicalize: by that point, some of the more right-wing, anti-semitic deputies had themselves fled France. The assembly then voted to give all Jews equal rights after just an hour of debate.
Badinter also explains the infamous statement by one deputy: "We must refuse everything to the Jews as a nation, and grant everything to the Jews as individuals." I've seen this quote used as evidence that even French liberals expected Jews to be completely assimilated. Badinter explains that in context, the deputy merely meant that Jews should be part of the French polity, rather than being self-governing in civil matters such as inheritance.