Suspendus aux lèvres d’un conteur, incapables d’interrompre la lecture d’un roman, captivés par un film haletant, nous faisons tous l’expérience quotidienne de ce plaisir apparemment paradoxal que nous tirons de notre insatisfaction provisoire face à un récit inachevé. Bien qu’une mode esthétique et théorique ait tenté de nous convaincre que ce plaisir était honteux, on peut néanmoins avoir l’intuition que le cœur vivant de la narrativité réside précisément dans ce nœud coulant, toujours plus serré à mesure que nous progressons dans l’histoire, qui nous attache à l’intrigue et creuse la temporalité par l’attente impatiente d’un dénouement. Si le récit a quelque chose à voir avec la manière dont nous éprouvons le temps, cette expérience n’apparaît jamais avec autant d’éclat que dans le suspense, la curiosité ou la surprise qui font la force des intrigues fictionnelles. La compréhension des fonctions narratives engage donc non seulement l’analyse littéraire, linguistique et sémiotique, mais aussi l’analyse cognitive et la psychologie des émotions.
C’est un texte qui traite de narratologie il est donc destiné aux spécialistes. Il y a une dure critique à l’encontre des idées d’Aristote, qui sont ensuite reprises par les formalistes russes qui affirment que l’intrigue est la représentation de plusieurs évènements liés entre eux. Selon cette vision, il faut analyser les actions pour comprendre la narrativité d’un texte. Au contraire, Baroni soutient qu’il y a une intrigue quand une tension narrative est identifiable.Qu’est- ce que la ‘tension narrative’ ? C’est la capacité d’un texte à susciter des émotions : suspense, curiosité, surprise. Comment la tension narrative est-elle produite ? Grâce à un écart au niveau des connaissances : en effet, le texte donne des informations, mais il ne peut pas les fournir toutes ensemble. A chaque scène du récit, le lecteur apprend quelque chose, mais il peut aussi prévoir des scènes futures : donc il y a un écart entre les choses déjà connues et les autres qui vont se passer. La prévision est possible parce que la structure de la narration est toujours la même et elle est constituée par trois moments : le nœud, le retardement et le dénouement. Le nœud arrive quand il y a une perturbation d’un état (de) calme. Après, il faut résoudre cette situation et les évènements, qui portent à la résolution, constituent le retardement. Enfin, quand le texte atteint la résolution, la séquence narrative se termine et on arrive au dénouement. Le lecteur, qui connait les récits, sait qu’il faut s’attendre à cette structure, donc il peut imaginer un retardement et un dénouement quand il est encore au moment du nœud. En plus, le lecteur peut posséder des connaissances liées à certains genres littéraires donc il peut prévoir des résolutions possibles, en les adaptant de ses lectures passées. On ressent le suspense quand on ne sait pas ce qu’il va se passer et on éprouve de la curiosité lorsqu’on ne connaît pas une information du passé. Au contraire, la surprise arrive quand un évènement donne de nouveaux renseignements non liés à ceux déjà donnés. Ils permettent, aussi, de relire les anciennes scènes sous une nouvelle perspective. L’auteur, pour montrer sa théorie, à la fin du livre analyse des cas particuliers qui utilisent des structures narratives : la publicité, les bandes dessinées, le conte, le film.