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Verchiel

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Verchiel n’est pas un ange, n’est pas l’ange de juillet, c’est un nom.Il dit la multiplication de l’horreur et des siècles, la fleur antique de la blessure, il dit la violence de la grâce, dit la nudité atteinte, la métamorphose. Verchiel a fait de moi une race, une dévoration. Un mystère sans visage.

90 pages, Paperback

First published January 1, 2011

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Benoit Jutras

26 books6 followers

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17 reviews10 followers
July 9, 2016
Je marche dans le bar je pense à rien sinon Renverse pas ta bière, Téré, Renverse pas ta bière... Pas qu'il soit particulièrement beau mais je le remarque parce qu'il m'accroche et je manque de renverser ladite bière (cette idée de boire des pintes, so unladylike comme dirait l'autre), j'y dis Heille! Tention! en levant ma bière avec ostention - et là un autre dude me pousse par en arrière, j'en ai sur les chaussures, je perds le mec à-peu-près-beau-mais-maladroit de vue.

En allant aux toilettes je suis face à sa mine contrite, il m'a reconnue, la fille à la pinte de bière, pas la seule mais enfin, il s'excuse probablement plus parce que si sa mère le verrait elle serait pas contente que parce qu'il en a vraiment quelque chose à foutre de devoir jouer du coude dans un bar bondé où il cherche à lever le coude (jeu de mot facile, i know, sorry-not-sorry). Donc parce que la file est longue et qu'il y a toujours ben des limites à fixer la machine à condoms, on jase, il me namedrop tous les recueils qu'il a écrits mais pour ce que je sais de la chose poétique..., moi j'ai rien à me vanter sauf la fois en secondaire 4 où le plus beau gars de l'école il jasait avec mon amie pis d'autre gens, là j'arrive pour dire allô à mon amie, là il dit une niaiserie mais une niaiserie! et moi qui réfléchis à quoi répondre pendant très longtemps, ce qui se traduit par une face bête-pas-impressionnée-pentoute-la-fille, tous ses amis rient et me trouvent hilarante, j'ai toujours rien dit mais ma réputation vient d'être rehaussée d'une coche, j'allais lui conter mon exploit quand la porte s'ouvre et il a envie de pisser donc.

D'une toilette à l'autre, je suis chez une amie qui a un coloc qui se pense ben bon parce qu'il lit des livres compliqués (vous avez tous exactement son visage dans la tête, faites pas semblant que non), qu'est-ce que je vois pas dans le stand derrière la porte entre deux zines anarcho-syndicalistes et une revue porno-léniniste, un recueil du gars Jutras, sa face est pas sur le livre mais je le reconnais, c'est bien lui, « je ne suis ni homme ni femme, / je suis os et os seul », le squelette Jutras donné en lecture sur le trône d'un taudis d'Hochelaga, le seul endroit où la plèbe est reine.

Comme le party était dans un down, je suis restée là à lire ce que j'avais à lire, tout de suite je retrouve cette proximité à s'en suer les uns sur les autres, à s'en renverser la bière dessus parce que la masse grouille et la masse a faim, « nous devant le dieu de nous perdus dans nos bras » et nos bras s'écrasent le gras les uns sur les autres, oui, il fait chaud en été et nous devenons indissociables. « Nous ne sommes pas faits pour le ciel, mais pour le cri qui l'a fait naître » : en fait ce que Jutras nous dit c'est que l'emprise sur le monde passe par le verbe; le reste, le résultat, ça vaut pas grand chose, car c'est pas pouvoir ou puissance, mais seulement résidus de lutte, dépôt calcaire au fond d'un verre qui a été bu, déchets et ordures là où est passée la manifestation. C'est peut-être pour ça que le coloc de l'autre il parle tant, pour pas avoir à écouter ses mots ramenés cent fois par l'écho de l'auditorium vide.

« Quand bien même je ne dirais rien, j'entends rire l'eau de Pâques, j'entends siffler les ombres », et là le poète se distancie du monde pour en apprécier la trajectoire inaltérée par son absence. Il essaie de se fixer avec des mots, il y arrive pas mais il rame pas pire fort, « Je suis du nom marqué du nombre fleuve, fils de paille poussé à mordre et à dire moi », il dessine les contours de sa personne avec sa plume, s'il ne se nomme pas qui est-il? C'est comme l'arbre qui tombe dans la forêt, s'il n'y a pas de mots pour se décrire, existe-t-on? Bien sûr les mots c'est tout ce qu'ils ont, ces poètes, la plèbe aussi d'ailleurs, faut pas se leurrer, seuls les imbéciles croient aux armes automatiques.

J'en étais à ces réflexions quand ça cogne sur la porte des toilettes, Gigi est sur le mush et elle a arrêté de croire qu'elle a un visage donc on réclame le miroir, moi j'ai fini de toute façon, les recueils de poésie ça vaut pas tant la dépense, même pas cent pages à moitié remplies, et puis toutes ces épigraphes. Bref si je le recroise dans un bar je lui dirai que c'est ben bon ce qu'il fait, mais qu'il regarde où il met les pieds, tsé.
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