" Camille s'agenouilla près du corps de Jeanne. Ses doigts se posèrent sur la cheville glacée. Il ferma les yeux.C'était il y a longtemps. Un jour d'été.Ils ruisselaient, l'un et l'autre, d'eau et de soleil. Ils avaient treize ans. Peut-être quatorze. Dans une anse sableuse de la Dordogne, ils s'étaient baignés toute l'après-midi. L'eau était chaude et coulait sur les graviers dorés. Parfois, l'ombre d'un poisson filait dans le cristal du courant. Le temps n'existait plus. Il n'y avait ni passé ni lendemain. Que l'instant présent, d'une densité écrasante. La joie qui l'avait essoufflé faisait encore aller et venir sa poitrine maigre. Battre son coeur sous ses côtes. Le pied de Jeanne était venu se poser comme un oiseau au creux de sa main. La peau était fine, douce. Lisse. Le talon s'emboîtait parfaitement à sa paume.Penché sur Jeanne, il ne vit pas que les autres faisaient cercle dans son dos. À un moment, il se retourna et les découvrit. Mais son visage n'était plus le même et tous reculèrent. Soucieux de ne pas approcher de trop près un si grand chagrin. "À l'âge du premier grand amour, Camille a laissé sa famille le séparer de Jeanne. Toutes ces années, fidèle à leur promesse, elle l'a attendu. Il n'est pas venu. Quand elle meurt, on l'accuse de s'être défenestrée. Et, en ce temps où il n'est pire crime que se suicider, c'est Camille que désigne la justice pour incarner dans son procès le " corps et la voix " de Jeanne...
Ce livre parle d'un sujet sensible et peu abordé: le suicide lorsque celui-ci était considéré comme un crime contre Dieu. C'est un livre extrêmement bien écrit, plein de justesse, qui nous fait réfléchir quant aux répercussions de nos actions. Camille a effacé de sa mémoire les sentiments qu'il éprouvait à l'égard de sa cousine Jeanne, et celle-ci en est morte. Je pense que le vrai message du livre se trouve là. Son but n'est pas simplement d'expliquer la position de la justice au 18ème siècle face au suicide, mais de nous montrer que chaque action à une conséquence. Camille mûrit énormément dans ce récit, il passe d'un jeune hommes aux idées superficielles à un homme qui prend pleinement conscience de ses responsabilités face à la mort de Jeanne et qui essaye de se racheter du mieux qu'il peut. Certes, il n'était pas présent de son vivant, mais il l'est dans sa mort. J'ai énormément aimé les passages où l'esprit/fantôme de Jeanne dialogue avec Camille, c'était une manière de mieux cerner leur caractère à tous deux, et surtout de voir qu'entre ce que pense Camille au début et la vérité qu'apporte Jeanne, il y a un monde. Au final, ce livre est une jolie découverte.