Présente dans le récit historique et par là même souvent déréalisée, la guerre est toujours considérée comme un moment inéluctable aux conséquences inévitablement désastreuses.Prenant appui sur les trois grandes campagnes menées aux frontières françaises par la monarchie du XVIIIᵉ siècle, Arlette Farge saisit le conflit comme un objet spécifique, effet de mécanismes et de dispositifs explicables, c'est-à-dire, contrairement à l'opinion reçue, évitables. Elle inscrit la guerre dans des moments propres, retrouve sa scansion singulière : le recrutement, les marches, le campement, les malheurs et les ruines, la présence des femmes et leur désarroi...Fidèle à sa pratique, et à sa passion, de l'archive, elle le fait en s'appuyant sur les mémoires anonymes, les textes du quotidien et les correspondances retrouvées.Cette petite dramaturgie de l'ordinaire vient, dans Les fatigues de la guerre, prendre son sens dans la lecture tout à fait originale d'une suite de peintures peu connues de Watteau sur le thème de l'engagement militaire.
Arlette Farge est historienne spécialiste du XVIIIe siècle. Elle a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Vie fragile. Violence, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIIe siècle, Le Goût de l'archive, et, avec Michel Foucault, Le Désordre des familles. Lettres de cachet des Archives de la Bastille au XVIIIe siècle.