En chacun de nous une fêlure passe, elle menace l'ensemble, l'organise, elle est notre chance et notre péril le plus haut. C'est sur cette conviction que j'ai conçu ce livre, comme une enquête vivante, littéraire, incarnée, sur les petites et les grandes tragédies de notre sort partagé, et qui sont sans doute le lieu à partir duquel nous pensons et aimons avec la plus grande intensité. C'est aussi le lieu où nous risquons de casser, de nous détruire, de perdre, d'abîmer les autres, de nous gâcher mais où nous sommes capables de déplacer notre identité et de réinventer notre existence. Il y a des effondrements visibles et spectaculaires, et des craquelures minuscules en surface, dont on ne prend conscience qu'après, une fois qu'on est brisé.
Ce livre n'est pas un traité, ni un récit, encore moins une confession. Il faudrait plutôt le voir comme une traversée, une série de variations sur un même thème, à partir d'une célèbre nouvelle de Fitzgerald et à travers les œuvres des écrivaines Ingeborg Bachmann, Colette ou Marguerite Duras, de la poétesse Anna Akhmatova, du navigateur Bernard Moitessier ou du chanteur J. J. Cale, et bien d'autres. La chanson de nos vies où se rejoue sans cesse une idée fixe : quelque chose de nous est cassé ; tant mieux.
Charlotte Casiraghi est une jeune femme discrète et réservée….compliqué lorsque l’on est sans cesse observée, disséquée… certains diront bien sûr que comparativement aux privilèges, c’est moindre mal….mais qu’en savent ils … ?
On connaissait ses salons littéraires, ses engagements pour aider les adolescents, jeunes adultes, avec des ateliers philosophiques. La rédaction d’un livre, c’était de nouveau, être sous la lumière et les éventuelles critiques….La fêlure c’est tout cela mais par le prisme de la littérature. Au gré des pages, de temps en temps, une réflexion, une anecdote qui dévoile quelques aspects plus personnels. C’est très documenté, on sent une vraie passion pour les livres, les autrices, les auteurs….en fait de très bons amis, des béquilles pour avancer….comme l’écriture.
C’est un livre qui se lit par petites touches, qui vous plonge dans un univers. Sensible et érudit, il donne envie de découvrir ou de se replonger dans certains récits.
Ne pas s’arrêter à une image de papier glacé, mais essayer de comprendre ce qu’il y a derrière….les fêlures qui font aussi une personnalité.
« Les livres convoquent notre imagination, nos capacités d’interprétation, de compréhension de l’humain et nous donnent à voir une infinité de manières de réagir aux circonstances de la vie. Ils excèdent notre propre vécu et peuvent participer à développer notre plasticité face au réel, à envisager des possibles ou des ratages, la construction et la destruction à l’œuvre dans nos choix. Ils augmentent ainsi nos chances d’entrevoir des solutions et de déployer notre inventivité quand nous sommes face à des données imprévisibles. L’auteur, en nous donnant accès à sa vie intérieure, nous honore d’une certaine confiance tissée dans le langage qui, ainsi doté d’une capacité d’authenticité, peu transmettre des sensations, des idées, même si l’auteur n’en maîtrise pas tous les effets. Il nous fait confiance, et prend le risque aussi d’être incompris, de manquer son but, mais il croit au fond que les mots ont le pouvoir d’affecter celui qui les lira et pourra ainsi peut-être modifier et élargir sa perception.»
J’ai adoré les chapitres sur Duras, Sand, Colette et Woolf (sur nos amis les bêtes), Dufourmantelle, et je découvre Ingeborg Bachmann dont il me fait à présent lire la poésie! Un très joli ouvrage qui invite à la réflexion au travers de nombreux écrivains et penseurs singuliers.