Très beau texte prenant place dans la Venise du 19ème, on y découvre notamment le sigisbéisme, plus communément appelé "trouple" de nos jours. Le sigisbée permettait à une femme d'avoir deux hommes dans sa vie, de façon harmonieuse et sans complexes. C'était admis dans la Venise de l'époque, puis aboli par Napoléon. Ce roman retrace l'histoire d'une mère qui a perdu de vue sa fille il y a des décennies, on y suit l'échange qu'elle a avec cette dernière. C'est beau, tendre, et doux... et quelle belle écriture !
Mon intérêt pour les romans épistolaires remonte à bien des années, marqué comme beaucoup par les évidentes Liaisons Dangereuses. En sachant qu'aucun roman n'arriverait à la hauteur des lettres de la Marquise, celles de Caterina ont néanmoins été un plaisir à parcourir.
Mes lacunes concernant la vie personnelle de Stendhal n'ont été qu'un plus au final, cette ombre que j'ai fini par reconnaître au fil des mots de son amie et dont j'ai pu découvrir l'histoire avec Giulia. En réalité, plongée ainsi dans la belle et festive Venise, avant sa chute, c'est l'histoire de Caterina et de ses amours et déchirements que j'ai trouvé, Henri Beyle alors un simple personnage caché derrière le trio amoureux tragique et la relation délicate d'une mère et d'une fille séparées.
En conclusion, un plaisir à lire, à la fois par la justesse du récit, la facilité à créer en moi une nostalgie pour une Venise que je n'ai jamais vu et la plume pleine d'amour, de regrets et de souvenirs du personnage principal - de l'autrice !