Joris Chamblain is a French comic writer and author of children’s books known in particular for having published, in collaboration with the illustrator Aurélie Neyret, his first comic book series Cici’s Journal (Les Carnets de Cerise) which won the Youth Prize at the Angoulême International Comics Festival in 2014 and no less than twenty awards. Joris's comics are translated in about fifteen countries.
Chaque année, j’attends désormais avec impatience le nouveau volet de ces revisites des aventures de Mickey et ses comparses aux éditions Glénat avec de jeunes auteurs très souvent fort bien inspirés.
Cette année, ce sont Joris Chamblain et Dav qui s’y collent. Joris Chamblain, ce sont Les carnets de Cerise mais aussi déjà Picsou le Dragon de Glasgow. Dav, je le connais moins en revanche, mais j’ai beaucoup apprécié sa BD au format italien : Sous les arbres, le coup de crayon et la palette sont assurément là, tout comme Chamblain qui sait très bien écrire des scénarii. Il est d’ailleurs amusant de voir que ce dernier s’intéresse à chaque fois à Picsou et aux premières heures de ce dernier 😉
La couverture l’annonce, cette fois, nous avons droit à une belle aventure de pirates ! Et je peux dire que les auteurs maîtrisent parfaitement le genre mais aussi les codes de Disney pour ce genre d’histoire. Quiconque a déjà été au parc de Disneyland Paris reconnaître l’ambiance présente dans l’un des coins de ce parc et d’autres du genre. Les dessins de Dav y sont d’ailleurs pour beaucoup. J’en ai beaucoup aimé la rondeur, la richesse des détails, avec une ambiance à la Dickens dans un premier temps quand l’histoire se passe dans une ville d’inspiration londonienne s’industrialisant, puis avec des couleurs plus riches, mais également des tonalités jours / nuits plus tranchées, plus vives quand on passe du côté des Pirates. Et cela a un charme fou ! Les décors sont riches et j’ai aimé m’y perdre. Malgré une colorisation peut-être un peu trop »numérique’‘ à mon goût. Au passage, riche idée que de nous offrir ses sketches, ses essais sur les personnages en page de garde. Une idée à reprendre 😉
L’histoire, elle, est savoureuse à souhait. Elle est écrite avec peps, allégresse, humour et rythme. Elle est truffée de bonnes idées narratives pour la rendre drôle et dynamique, faisant sans cesse voyager et rebondir le lecteur d’un bout à l’autre de l’histoire. Elle démarre lorsque Picsou se fait dérober son premier sou, son sou le plus précieux et qu’il en fait une jaunisse. Partant à la recherche de celui-ci, il abandonne ses affaires, et quand il revient, il n’est plus lui-même. Mickey, journaliste dans cette histoire, mène l’enquête depuis le début et décide d’élucider ce double mystère, se faisant aider au passage de Pluto, Donald et Dingo, une belle joyeuse troupe, qui partira de Londres pour aller voguer sur les mers, découvrant un îlot pirate et son mystérieux temple, vivant bien des aventures et croisant quelques figures connues comme Géo, Pat Hibulaire ou Mistik au passage. Un régal !
Je me suis beaucoup amusée au cours de cette aventure pleine de dynamisme. C’était drôle, pétillant et aventureux. Il y a de chouettes trouvailles scénaristiques même s’il faut accepter d’enfiler son costume d’enfant pour se laisser conduire tant certaines ficelles sont grosses. Mais c’était clairement prenant de suivre la recherche de ce sou dans un premier temps, de chercher à comprendre ce qu’il s’était passé, puis de partir à la recherche de Picsou. J’ai adoré passer d’un paysage à l’autre en me calant dans les pas de ce Mickey journaliste aidé de ses amis bien maladroits et gaffeurs. J’ai passé un très bon moment.
Avec Mickey et le roi des pirates, Joris Chamblain et Dav livrent une relecture ambitieuse et résolument romanesque de l’univers Disney, mêlant aventure, mystère et souffle épique dans un album à la croisée de Dickens, du récit maritime et du conte fantastique.
L’intrigue s’ouvre dans un Londres de 1850 magnifiquement recréé, noyé de brume, de docks grouillants et de quartiers industriels menacés par l’effondrement économique. La disparition du légendaire sou-fétiche de Picsou ne provoque pas seulement la ruine du plus riche canard du monde : elle déséquilibre toute la ville, plongeant usines et habitants dans le chaos. Picsou, lui-même méconnaissable, dilapide sa fortune comme s’il avait perdu toute raison.
Face à cette catastrophe inexplicable, Mickey endosse le rôle d’un jeune reporter déterminé, animé par un sens aigu de la justice. Accompagné de Pluto, il se lance dans une enquête qui dépasse rapidement le simple vol pour révéler une toile de complots, de légendes oubliées et de pirates surgis du passé. Sur sa route se greffent Dingo, embarqué dans une mission mystérieuse outre-Atlantique, et Donald, fuyant un héritage dont il pressent le danger. Peu à peu, leurs destins s’entrelacent autour d’un secret ancien, bien plus vaste qu’ils ne l’imaginaient.
Le scénario de Joris Chamblain impressionne par sa construction dense mais limpide, alternant enquête, humour, action et révélations successives. Les personnages Disney sont respectés dans leur essence tout en gagnant une profondeur nouvelle : Mickey devient un véritable héros d’aventure, Donald un héritier tourmenté, Dingo un compagnon aussi imprévisible qu’essentiel. L’ensemble évoque les grands romans-feuilletons du XIXe siècle, avec un sens du rythme et du suspense particulièrement maîtrisé.
Graphiquement, Dav signe un travail remarquable. Son trait expressif s’adapte parfaitement à l’ambiance sombre et fantastique du récit. Les décors — docks londoniens, clubs de milliardaires, tavernes des Açores — regorgent de détails et plongent le lecteur dans une atmosphère riche, presque cinématographique. Les jeux d’ombres, la dynamique des scènes d’action et la lisibilité des planches renforcent l’immersion.
À travers cette aventure haletante, l’album interroge subtilement la notion de richesse, de pouvoir et de responsabilité. Un simple sou peut-il réellement décider du destin d’un homme… ou du monde entier ? Entre trahisons, révélations et légendes maritimes, la course contre la montre devient aussi une quête morale.
À la fois hommage à l’univers Disney et récit d’aventure mature, Mickey et le roi des pirates s’impose comme une réussite majeure de la collection. Un album généreux, sombre juste ce qu’il faut, accessible à tous les publics mais suffisamment riche pour séduire les lecteurs adultes. Une aventure palpitante qui prouve que Mickey peut, lui aussi, voguer vers des territoires narratifs audacieux sans jamais perdre son âme.
On a volé le sou fétiche de Picsou ! Ce dernier va peu après disparaître à son tour pendant plusieurs jours. A son retour, il ne semble plus être lui-même, dépensant sans compter et ne s’intéressant plus à ses différents business. Menant l’enquête pour un journal local, Mickey va embarquer avec Donald, Dingo et Pluto vers un archipel des Açores puis en tant que passager clandestin d’un bateau pirate jusqu’à l’île de la tortue, repaire des pires brigands des océans. C’est là qu’il va découvrir que le canard milliardaire est victime d’un sombre complot et que la magie joue un rôle majeur dans les événements. Un vrai bel hommage à la galaxie Disney ! Faire démarrer l’intrigue dans un Londres Dickensien est une bonne idée, tout comme la volonté de mettre en scène tous les personnages “classiques” des aventures de Mickey et Cie. Après, le scénario est parfois un poil confus et les éléments du puzzle ont du mal à s’emboiter mais au final le plaisir de lecture est bien présent, surtout grâce au talent du dessinateur Dav dont le trait souple et dynamique offre une reproduction à la fois fidèle et original d’un univers graphique que tout le monde connaît par coeur. Certes pas l’album de l’année mais une proposition qui, tant sur le fond que sur le forme, dispose néanmoins de nombreux atouts.