François Bégaudeau raconte à merveille la vie de Steve, jeune havrais, dont on apprend rapidement que sa collection de goodies Grégory Lemarchal issue de son adolescence est complétée par des objets de Daech. Comment Steve, loser en herbe, a fini en Syrie et en est revenu? Voilà la trame de ce livre où l’auteur s’amuse à jouer avec nos attentes de lecteur pour tantôt les servir et tantôt les déjouer.
Ce qui marque le plus, au-delà du fond, c’est le syle de Bégaudeau: tantôt il est un narrateur omniscient, tantôt il fait parler ses personnages (fautes de français dans le texte). On est plongés dans un milieu, on vit avec Steve et son frère cette adolescence rude et faite de petits larcins, le déclassement social, le décrochage, l’envie de plus. C’est la vie qui sort dans les mots de Bégaudeau (comme elle transpirait dans son excellent précédent roman). Il y a ici quelque chose qui évoque le Nicolas Mathieu de Nos enfants après eux, mais avec un style qui varie d’une phrase à l’autre au sein d’un même paragraphe, ce qui pourrait être déroutant mais ne fait que plonger encore plus le lecteur dans le récit.
La fin m’a laissé un peu perplexe de prime abord, mais à la réflexion, elle m’a plu: ce livre ne fait que raconter une tranche de vie. On n’est pas forcément un héros, on n’est pas forcément un loser. Portrait d’un homme encore en devenir, qui a fini une tranche de vie et peut en entamer une nouvelle à sa guise.