Tu vis à une époque intéressante, quelle malédiction, ça grouille, ça bruit, tu t’étourdis dans le mauvais film, une rose de papier à la boutonnière. Tout le monde veut te souffler sa petite idée, tu as l’écoute un rien complaisante, tu traînes du papier à musique, au cas où; on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et tout ce qu’on a c’est le bruit, c’est bien ça ? Parle dans la tempête, voir. Une toune dans la tête, si tu la chantes, va-t-elle s’en aller ? L’air est plus clair en hiver, alors les sons voyagent mieux, non ? Il y aura des questions, tu prendras le métro, faut quand même vivre aussi, tu penses à un sous-marin, le son se diffuse autrement dans l’eau – un jour tu te feras pousser des ailes, tu planeras sur les ondes grises, les ondes bleues.
Je sais pas si un jour je pourrai commencer un review sans maudire l'inexistance des demi-étoiles.
J'ai aimé 50/50, je dirais. J'aime les twists en référence à la culture pop, au quotidien, réaliste, autobus, métro; moins les longs délires de fantasmes sur des filles, trop de peau, trop d'alcool, blablabla. Ça devient lassant, mais on ne peut pas en vouloir à un poète pour ça, hein.
L’ouvrage est composé de cinq chapitres, sorte de regroupements autour de mouvements ou d’atmosphères différentes. Mention toute spéciale aux titres de ses chapitres, que j’ai trouvés simplement magnifiques: « Des acouphènes », « La marche le hoquet », « La vie c’est toujours les mêmes chansons », « Hiver », et mon préféré « Fouiller l’écume ».
De vers en vers, on survole la poésie de la vie, mais aussi la poésie dans la vie; dans le monde que bâtit Rioux, l’élan poétique naît dans la vie de tous les jours, au cœur de tous les instants contemplatifs. Le réel est comme déjà teinté d’une vie poétique qui lui est propre. On y suit les déambulations libres d’un locuteur au rythme ballant, peut-être ivre, à travers les rues de Montréal et ses souterrains ruisselants. Ses vers tanguent, dans une sorte de rythmique débalancée qui rappelle l’ivresse.
En chemin, on rencontre beaucoup de filles et beaucoup d’alcool. Les poèmes sentent la fin de soirée, parfois le lendemain de veille aux yeux encore embrumés. Ils sont tissés d’un énorme réseau de culture populaire et d’intertextualité; auteurs, musiques, télévisions, chansons, films, tout y passe! Rioux se réapproprie, remâche et transforme la culture pop et l’assimile à des échanges de banalités pour former une sorte de ratatouille baroque et très funny. Il s’agit, par exemple, de traduire les paroles de Horse with no name et de les transposer dans un contexte métropolitain (voir l’extrait tout en bas) pour voir surgir une toute autre vision du transport en commun.
L’une des caractéristiques de l’écriture de Rioux réside en cet amalgame de trivialités, où s’entrelacent instants de grâce et jeux de langages savants. L’auteur est très habile avec les mots, qu’il fait d’ailleurs allègrement rimer dans plusieurs de ses poèmes (oui oui, c’est un retour en force de la poésie rimée, avec les rimes plates, embrassées, etc.). Mais ce qui est intéressant avec Rioux, c’est qu’il semble faire dérailler la rime pour la faire sonner de manière un peu clinquante (style soulon qui déclame de la poésie à tue-tête), comme une mauvaise chanson qui à force d’être quétaine devient captivante à nos oreilles. Cette musicalité s’inscrit d’ailleurs très bien dans son univers pop à saveur un peu kitsch, imprégné de la vie ordinaire, mais en même temps laisse entendre un lucide désenchantement en regard de celle-ci.
On pourrait s’attendre à des débordement stylistiques, mais c’est plutôt le contraire. L’esthétique est assez épurée, voire minimaliste, certains textes s’apparentant presque aux haïkus, ces courts poèmes de trois vers et moins qui captent une atmosphère, comme des instantanés photographiques. En voici un exemple, intitulé « Huit juin » de la section Hiver.
Le soleil se couche dans mon verre Je pense aux plaies de lit L’hiver commence aujourd’hui
En lisant le recueil, je ne pouvais pas m’empêcher de me demander constamment (comme bien souvent lorsque je lis) pourquoi ce titre, pourquoi poisson volant? Peut-être parce qu’on décolle de la réalité, mais pas de beaucoup. Juste assez pour planer juste au-dessus de nous-même, comme lorsqu’on est ivre. Poésie et ivresse sont en quelque sorte des poissons volants, non? Une chose est sûre, en lisant Poisson volant, on ne se retrouve pas dans les profondeurs deep de l’âme humaine; on est plutôt en train de planer, de flotter juste au-dessus de la ville et de sa frénésie.
Rioux offre ce que j'attends d'un recueil de poèmes: qu'il y ait une musicalité, des petites beautés cachées qu'on découvre à la relecture, et que ce soit ancré dans une réalité, donc qu'on me raconte quelque chose (je m'ennuie devant l'art qui ne sait qu'être abstrait, même chose pour la littérature). En prime, il y a de l'humour. Le résultat est un peu inégal cela dit, mais c'est presque inévitable. Une belle découverte... encore que je sens que je ne pourrais pas lire ça trop souvent: assez vite, j'aurais soif de sentiments violents et de destins tragiques, bref j'aurais soif d'un Victor Hugo, plutôt que de lire sur Éric Lapointe, les cannes de tuna et le métro montréalais, même lorsque c'est fait avec beaucoup de talent comme ici. Alors, je souhaite à M. Rioux de partir pour un long voyage, un peu dangereux de préférence.
Ya rien comme un dude blanc qui te quote tom waits, les beatles et les rolling stones, ya rien comme un dude chaudasse qui reluque les filles par en-dessous. Façonne-les tes importances. On a tous besoin de valider sa niaiserie j'imagine : le tout c'est de le faire avec humour et rime.