La lande de Skanör voit s’écraser une météorite d’où émerge une créature avide ; cent cinquante et une personnes convergent des environs de Stockholm pour un suicide collectif ; une boutique d’aquariophilie est tenue par une femme étrangement proche de ses poissons… Dans ces contes horrifiques, Anders Fager s’empare des grands thèmes de la mythologie, du folklore et du fantastique pour créer des territoires sensuels et sombres, où il fait surgir des créatures d’épouvante. Mais le monstre n’est pas toujours celui qu’on imagine. Avec un humour noir confinant à la jubilation, l’auteur construit ses récits à coups de petits détails dissonants qui font basculer un quotidien banal : dans cet univers de cauchemar, dans ce monde dévasté, violence et folie sont partout.
En provenance de Suède, voici un des descendants direct du grand H. P. Lovecraft. En effet, au travers de ces quelques textes, c'est bien le Mythe, avec un grand M qui est abordé.
Chacune des nouvelles nous présente sous forme plus ou moins explicite des surgeons du Mythe de Cthulhu au sens large. Adoratrices de Shib-Niggurath, rejeton hybrides d'hommes et de profonds, société secrète dévouées aux dieux anciens, etc...
Anders Fager réussit très bien son coup. chaque texte fait mouche, et les allusions subtiles au Mythe de Cthulhu sont comme autant de clin d'œil complice adressés au lecteur averti. En effet, les dieux anciens n'y sont jamais directement nommés (à l'exception notable de Nyarlathotep en fin d'ouvrage), les éléments du mythe n'y sont pas explicités, et tout cela reste nimbé de mystère.
On pourrait craindre de ce fait qu'il ne perde son lectorat en procédant ainsi. Pour autant que je puisse en juger (étant donné que j'avais les pré-requis lovecraftiens pour comprendre les allusions), les récits sont suffisamment bien construits et prenant pour que tout le monde s'y retrouve, y compris des gens n'ayant jamais lu de Lovecraft. Les récits se suffisent à eux-mêmes.
Ces textes, à l'image de leurs inspirateurs, sont un mélange de fantastique, d'horreur et de science-fiction. Anders Fager parvient merveilleusement bien à retranscrire des ambiances lourdes, angoissantes, et même parfois teintées d'un érotisme trouble (et même troublant).
Bien qu'il s'agisse d'un recueil de nouvelles, on trouve tout de même quelques fils rouges tout au long de ces histoires. Certains personnages apparaissent plusieurs fois, d'autres, après avoir eu leur heure de gloire le temps d'une nouvelle, ne feront plus qu'un court caméo dans une autre. Tout cela donne du liant à ce recueil, en rehausse l'univers.
Une lecture magnifique, dérangeante aussi. Tout ce qu'on est en droit d'attendre d'un bon livre finalement.
2,5 étoiles en vrai. Pas forcément un mauvais recueil, mais j'avais tellement aimé La Reine en jaune, et là je me suis tellement fait chier en comparaison...