De Kooning malgré lui est une biographie imaginaire où le peintre Willem de Kooning, grand maître de la peinture américaine, se découvre une obsession pour l’abbaye bénédictine du Monte Cassino et n’a de cesse d’interroger sa rencontre là-bas, en 1944, avec un physicien allemand. Qui est ce physicien, à la fois collaborateur de Heisenberg sur le projet nazi d’arme absolue et mélomane féru de chant sacré ? Au milieu des années 90, l’entourage du peintre croit que ce dernier est atteint de démence. Mais son collaborateur Luke Roussel persiste à croire que ces entretiens imaginaires, dont le peintre propose le récit fragmenté, révèlent autre chose et ne sont pas seulement les derniers soubresauts d’un grand esprit. Ce récit décrit le désarroi de De Kooning qui sent peu à peu ses facultés le quitter. Mais la disparition de la conscience devient aussi l’occasion d’une remontée fantasmatique dans un monde où les esprits s’entre-dévorent. Par moment, Willem retranscrit directement son propos à la machine à écrire et laisse tomber des expressions lapidaires, enchevêtre les brins d’un langage. Mais surtout, il parvient à reconstituer la règle primitive de Benoît de Nursie, qui lui a été transmise par Don Gregorio IV, abbé du Monte Cassino, juste avant le bombardement du monastère en 1944. Le narrateur principal, Luke Roussel, cherchera ce qu’ont en commun la ligne Gustav et le projet Manhattan, les ondes gravitationnelles et l’acoustique des chapelles, la démence précoce et le syndrome de personnalité multiple. De Kooning malgré lui est une psycho-fiction où les ressemblances sont fortuites. Elles sont l’occasion cependant d’une dérive philosophique aux confluents de l’art, de la théologie et de la science.