" Eux étaient eux, moi j'étais moi. Eux étaient des communistes, des policiers, des tziganes, des premiers ministres, des gardiens de prison, des gens de la R.P.S.A., du P.T.A., de l'U.J.T.A. _, moi j'étais autre." Le hasard seul m'avait placé dans le même espace et à la même époque qu'eux. C'était une sorte de cauchemar, de rencontre fortuite, il suffisait que je me secoue un peu, que je crie comme dans mon " Assez! ", pour que ce maudit rêve prît fin et que chacun retournât à son travail, eux à leur République populaire socialiste, à leurs plénums, à leurs meetings, à leur dictature du prolétariat _ moi à ma propre tâche, à mon oeuvre, " à l'église, au sanctuaire... " où m'attendaient d'autres fantômes, mes frères de race." Voilà ce que je me disais, mais je savais qu'aucun cri ne pourrait me séparer de cette nuit de terreur, que j'en faisais partie tout comme elle faisait partie de moi, et que rien ne pourrait venir modifier cet état de choses... "Ces lignes expriment bien l'écartèlement de l'écrivain, tiraillé entre sa vocation universelle et les contraintes du monde hostile et absurde où il lui a été donné de voir le jour et de faire naître son oeuvre. L' Invitation à l'Atelier et Le Poids de la Croix s'articulent comme les deux volets d'une même confession littéraire rédigée et publiée pour moitié dans la servitude, pour moitié dans la servitude, pour moitié dans la servitude, pour moitié dans l'exil. Champ et contrechamp d'une même réalité considérée de part et d'autre de la frontière, double point de vue sur deux vives parallè l'existence quotidienne de l'artiste perpétuellement en butte aux affres de la dictature, et le destin souverain du créateur que son oeuvre part d'une invulnérabilité que ne connaissent pas même les tyrans. Est-il si sûr que l'art soit inexorablement condamné à être dénaturé par un système qui le réprime, ou l'issue de l'épreuve de force est-elle moins certaine que d'aucuns ne l'ont dit?Aujourd'hui, ses deux moitiés rassemblées, l'autobiographie du plus grand écrivain albanais vivant répond de l'irréprochable cohérence de son oeuvre.
Ismail Kadare (also spelled Kadaré) was an Albanian novelist and poet. He has been a leading literary figure in Albania since the 1960s. He focused on short stories until the publication of his first novel, The General of the Dead Army. In 1996 he became a lifetime member of the Academy of Moral and Political Sciences of France. In 1992, he was awarded the Prix mondial Cino Del Duca; in 2005, he won the inaugural Man Booker International Prize, in 2009 the Prince of Asturias Award of Arts, and in 2015 the Jerusalem Prize. He has divided his time between Albania and France since 1990. Kadare has been mentioned as a possible recipient for the Nobel Prize in Literature several times. His works have been published in about 30 languages.
Ismail Kadare was born in 1936 in Gjirokastër, in the south of Albania. His education included studies at the University of Tirana and then the Gorky Institute for World Literature in Moscow, a training school for writers and critics.
In 1960 Kadare returned to Albania after the country broke ties with the Soviet Union, and he became a journalist and published his first poems.
His first novel, The General of the Dead Army, sprang from a short story, and its success established his name in Albania and enabled Kadare to become a full-time writer.
Kadare's novels draw on Balkan history and legends. They are obliquely ironic as a result of trying to withstand political scrutiny. Among his best known books are Chronicle in Stone (1977), Broken April (1978), and The Concert (1988), considered the best novel of the year 1991 by the French literary magazine Lire.
In 1990, Kadare claimed political asylum in France, issuing statements in favour of democratisation. During the ordeal, he stated that "dictatorship and authentic literature are incompatible. The writer is the natural enemy of dictatorship."