Une jeune étudiante québécoise rédige son mémoire de maîtrise sur les troubles alimentaires chez Sylvia Plath. En passant rapidement de l’errance à l’exode, elle cherche parmi les rues de New York les traces de l’autrice américaine et d’Esther, l’héroïne de The Bell Jar, pour que toutes deux l’accompagnent dans son désir inassouvi de devenir autre. Deux villes se mêlent : celle de l’oeuvre de Sylvia et celle que la narratrice sillonne dans le but de semer son propre prénom, cette partie d’elle qui la rattache à un passé de violences familiales. Alizée Goulet offre un roman de la fugue et de la faim, un monologue intérieur traversé d’une poésie vagabonde qui s’adonne aux vertiges des souvenirs et des passions littéraires.
Alizée Goulet (elle) habite un quartier où les poèmes poussent aussi haut que la verge d'or. Elle est titulaire d'une maîtrise en création littéraire (UQAM). Elle est l'autrice des recueils de poésie Ennuagée (Triptyque, 2022) et La tiédeur des sépultures (Poètes de brousse, 2023). En 2025 elle publie le roman Qui de nous trois s'égare (Triptyque). Cette année, paraît Minuit sonne et farandole, un album illustré ludique et poétique (Monsieur Ed).
Voici un texte qui ne plaira clairement pas à tous. Nous sommes avec une jeune femme qui marche sur les pas de la "Esther" de The Bell jar, à New York, alors qu'elle tente d'écrire une thèse à ce sujet. J'ai relu The Bell jar exprès... sinon je pense que je serais passée à côté.
C'est plein de références, on va quand même assez loin dans l'interprétation. Poétique, magnifiquement écrit mais pas toujours facile d'accès. Une narratrice qui, à l'instar d'Esther, s'égare et se perd,elle aussi dans un hôtel New Yorkais, à côté du monde. Ça parle de santé mentale, de troubles alimentaires et de violence... ça fait réfléchir et j'ai beaucoup aimé.
Je n’étais pas certaine, au début, d’embarquer dans le projet d’écriture. C’est un peu difficile d’accès, assez ancré dans le monde universitaire comme incipit. Cela dit, arrivé.e à la moitié du récit, je me suis surprise à être complètement immergée et emportée par les mots de la narratrice. La valse entre elle, Sylvia Plath et Esther, mais également entre sa mère et Emily Dickinson, est habilement menée et devient de plus en plus enivrante à mesure qu’on avance dans le roman. Au final, c’est une lecture très agréable, apaisante et troublante à la fois, belle.
"Besoin de me réfugier, de sentir, une seconde, que le tumulte peut ralentir, que quatre murs sauront freiner les rotations de la Terre."
"J'aimerais que le bain mène à l'océan, where my pain might dissolve, where Matthew is dissolving with all the others."
"Esther a une cloche de verre, de détresse, et peut-être que j'ai un aquarium dans lequel tourner mes idées jusqu'à me détourner des issues de secours."
Un livre avec une intrigue fascinante cela, dans une écriture sophistiquée et poétique. Se chercher à travers les pas d'une autre, à travers le voyage d'une autre. La quête de la narratrice m'a énormément touchée. L'écriture de Alizée Goulet est remarquable !