Certaines des oeuvres majeures du XXe siècle (celles d’Artaud, de Beckett, de Michaux, d’autres encore...) déforment les figures reçues de l’art, de l’écriture, du sens. Elles bouleversent nos systèmes de pensée et la tranquille stabilité des oppositions qui souvent les gouvernent. En ce sens, elles relèvent d’un nouvel iconoclasme. Elles nous invitent par exemple à nous poser quelques questions troublantes, dont celles-ci : face à la normopathie contemporaine, ce cache-misère d’une inavouable dépression, face à ce narcissisme grégaire socialement gratifié où chacun se reconnaît dans le regard admiratif qu’un autre semblable lui jette pour qu’il le lui renvoie, comment inventer les formes vivantes (plastiques, plurielles) d’une résistance à l’image ? Comment se déprendre des formes pétrifiées de l’identitaire ? Comment inventer à chaque instant les figures mouvantes de la représentation de soi et de l’autre sans y perdre toute identité ? Sous ce mot de défiguration, on tentera de suivre le mouvement de déstabilisation qui affecte, dans les textes modernes, la figure : mise en question inlassable des formes de la vérité et du sens, passion de l’interprétation.
Professeur à l’Université Paris Diderot, ancienne présidente du Collège international de philosophie, éditrice chez Gallimard des œuvres d’Antonin Artaud, Evelyne Grossman est spécialiste de théorie littéraire. Elle inscrit ses travaux au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse.
Bibliographie (extrait) : * Artaud / Joyce. Le corps et le texte (Nathan, 1996). * L’Esthétique de Beckett (Sedes, 1998). * Henri Michaux, le corps de la pensée, ouvrage collectif, (Farrago / Léo Scheer, 2001). * La Traversée de la mélancolie, éd. avec Nathalie Piégay-Gros (Séguier, 2002). * Artaud, "l’aliéné authentique” (Farrago / Léo Scheer, 2003). * La Défiguration. Artaud, Beckett, Michaux (Minuit, 2004). * Antonin Artaud, un insurgé du corps (Gallimard, coll. "découvertes", 2006). * L'Angoisse de penser (Minuit, 2008).