Rose arrive au Japon pour la première fois de sa vie, sur les traces d'un père qu'elle n'a jamais connu. Celui-ci, décédé depuis peu, lui avait laissé une lettre à son intention, l'invitant à se rendre dans ce pays si lointain qui est en partie le sien. Accueillie à Kyoto, elle est guidée par Paul, l'assistant de son père, à travers un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d'émotions et de rencontres, qui va lui permettre dépasser l'amertume et la colère liées à l'absence pour se laisser emporter par le tourbillon de ses origines enfin retrouvées.
Très fan du travail de Kan Takahama sur la réhabilitation des femmes appelées courtisanes ou geishas au Japon, j’étais intriguée de voir ce que donnerait sa plume dans cette adaptation du roman à succès de Muriel Barbery paru il y a 4 ans.
Une rose seule n’est donc pas une création originale de l’autrice. Elle se glisse juste dans les chaussons de Muriel Barbery qui a écrit en 2020 le récit d’une femme qui apprend à se découvrir en se rendant dans le pays de son père à l’occasion de son décès. Avec la sensibilité qu’on lui connaît, la mangaka nous offre des portraits âpres entre ombre et lumière que j’ai beaucoup apprécié.
Rose, jeune française qui s’est un peu élevée elle-même entre un père absent, une mère pas équilibrée et une grand-mère heureusement présente mais pas trop non plus. Elle doit se rendre au Japon pour entendre le testament de son père décédé et le fait forcément à contre-coeur. Mais en prenant la main tendue par le bras droit et ami de celui-ci, Paul, c’est sur elle-même qu’elle va apprendre le plus de choses.
Le ton de l’histoire est volontiers lent, gris et pesant. Rose n’est pas un personnage facile à aimer. Elle est en colère et très sombre. Paul qui va lui servir de guide n’est pas non plus un premier rôle. Il vit depuis 10 ans avec le deuil de sa femme et élève seul sa fille. Venant de perdre son ami, il va aider et accompagner cette femme tout aussi perdue que lui. Et au fil de leurs visites des lieux chers au coeur du père de Rose quelque chose va naître entre eux, une compréhension implicite, le reconnaissance d’une résonance dans leurs douleurs. Ce n’est rien de fulgurant ou de passionné, c’est même plutôt assez sombre et triste, mais cela va finir par percer à travers les nuages pour apporter une jolie teinte lumineuse à un récit pesant. J’ai aimé.
J‘ai eu un peu de mal au début avec ce récit que je comparais volontiers à La goutte de dieu qui avait un point de départ similaire mais qui était bien plus dynamique. Ici, la dépression des personnages a pesé sur moi. Il n’y avait en plus que peu de choses à apprendre en dehors, car l’autrice centre son propos sur eux et non sur la découverte du pays par Rose. J’ai cru un instant que nous aurions un joli développement autour de la botanique, passion du père et de la fille, qui aurait permis un pont entre les deux, mais non. L’autrice fait le choix difficile de ne pas chercher à excuser ce père en lui créant un lien post-mortem avec sa fille. Elle relate plutôt ces choix de vie complexes qui mènent à tant de regret.
C’est ainsi que j’ai fini par apprécier la mélancolie et l’âpreté du récit. J’ai compris la colère de Rose, sa douleur, son besoin de ne pas le réprimer. J’ai aimé la voir faire un vrai cheminement intérieur dans ce deuil / non-deuil. Je regrette en revanche que la romance vienne un peu parasiter cela, comme si une héroïne avait forcément besoin de tomber amoureuse pour se relever d’un tel moment et avancer, comme si avancer dans la vie passait par se mettre en couple. Paul devient trop la béquille de Rose et j’ai trouvé l’expression de leurs sentiments parfois maladroites et brutalement amenée, trop rapide, manquant de quelque chose.
J‘aurais aimé au fond qu’il y ait plus d’éléments intimes et d’éléments culturels, qu’il y ait plus sur cette famille et ses parcours de vie déconstruits qui ont eu tant d’impact sur cette enfant devenue femme, qu’on parle plus de la passion de ce père absent, des fragilités de cette mère malade d’amour. Tout cela m’a manqué. Je ne sais pas s’il en va de même dans le roman ou si c’est le choix de l’adaptation en BD qui a fait que, mais c’est à souligner.
En revanche, le trait de Kan Takahama, cette fois tout en couleur, est un vrai bonheur. J’ai beaucoup aimé sa peinture de tout ce qui fait la signature du Japon, de ses maisons de bois, en passant par ses petits restaurants, ses temples et ses jardins japonais, sa culture de l’art discret et intime, sa place d’une nature omniprésente et réconfortante. C’est beau en couleur comme ça et son trait, assez européanisé, fait bien le lien entre les amateurs de mangas et les amateurs de BDs européennes. C’est donc un bon choix. En revanche, l’objet avec sa couverture non rigide malgré le poids des pages est beau mais me fait un peu peur pour sa conservation dans le temps…
Adaptation d’un roman touchant d’une jeune femme face au deuil d’un père jamais connu mais surtout face à sa colère d’enfant abandonné. J’ai aimé ce cheminement intime et mature d’une femme adulte pas facile à aimer mais qui va trouver la lumière grâce à une rencontre inattendue et touchante. Le décor japonisant était beau et touchant, entre nature et philosophie. La romance, bien qu’incisée de manière maladroite dans l’histoire, a un dénouement touchant entre personnes marquées. Ce fut un texte intime et touchant que j’ai apprécie de lire sous les pinceaux d’une mangaka chérie.
Une rose seule [薔薇が咲くとき / Bara ga Saku Toki / lit. “Quand les roses fleurissent”] est un manga seinen tout en couleurs de Kan Takahama. Il a d’abord été prépublié en format électronique dans Torch en 2023, puis compilé en volume chez Leed en 2024. Il a été traduit en français chez Rue de Sèvres. Takahama, qui semble se spécialiser dans les histoires aux relations amoureuses complexes et difficiles, adapte ici un roman éponyme de Muriel Barbery (L’Élégance du hérisson). Elle nous offre ainsi avec une grande sensibilité une quête d’identité à travers la détresse morale, le deuil et enfin l’acceptation de soi, puis de l’autre et enfin l’amour. Le style un peu particulier, mais très beau, de Takahama se prête bien à ce genre de récit. Une lecture agréable et touchante.
Je n’ai pas lu le roman de Muriel Barbery, je ne peux donc pas faire de comparaison, mais j’ai bien apprécié cette adaptation en bande dessinée.
La narration, volontairement lente, ne m’a pas dérangée. Au contraire, elle sert parfaitement l’ambiance mélancolique du récit. Elle laisse de l’espace pour que les phrases résonnent en nous, pour que l’on puisse vraiment s’imprégner des réflexions sur le deuil, la souffrance, l’amour, l’acceptation, la peur, la transformation des épreuves… la vie, et la mort.
Le récit regorge de pensées philosophiques, profondes et sensibles, qui invitent à la réflexion, à la méditation, et nous ramènent à l’essentiel - ce qui compte vraiment.
Seul petit bémol… La romance va beaucoup trop vite à mon goût.
Janvier 2025. 3,5/5 L’histoire me disait vaguement quelque chose. J’ai dû lire le roman de Muriel Barbery il y a plusieurs années. L’adaptation m’a paru précipitée. (Tomber en amour en 20 secondes, je n’y croyais pas, je n’ai pas cette naïveté.) Cela dit, malgré un scénario plutôt bof à mon goût, quelques passages m’ont quand même vraiment plu et ont résonné significativement pour moi. Le travail artistique aussi était superbe.
Ça donne donc une note un poil plus que moyen, mais je ne crois pas que ça me marquera.
J'ai tellement aimé ça! Je l'ai loué à la bibliothèque, mais c'est clair que je me l'achète. Les dessins sont magnifiques!! L'histoire est excellente!! J'ai adoré voir cette femme découvrir les temples japonais et commencer une nouvelle vie. Il y a plusieurs passages du livre qui nous amènent à nous questionner sur le sens de la souffrance, de la vie et de la mort! Je recommande! J'ai tout simplement adoré!