Ce livre est un récit de la vie de Clara Ignorante, jeune fille d'origine sicilienne qui grandit dans les années 40-50 dans une petite ville de Tunisie. La narratrice a rencontré Clara à l'âge de 95 ans dans une maison de retraite, et écrit le roman de sa vie. L'histoire de Clara est intéressante en tant que témoignage de la vie de siciliens en Tunisie, pendant la période coloniale, la seconde guerre mondiale, l'occupation allemande puis la libération par les alliés. Le roman montre les relations qu'entretiennent les immigrés siciliens avec leur culture d'origine, leur intégration dans la vie tunisienne et l'interaction entre les différentes communautés (arabes, français, juifs, italiens...). Cependant j'ai trouvé que ce récit était intéressant plutôt en tant que témoignage documentaire que pour sa dimension littéraire. La citation suivante ouvre le livre en incipit "Une vie, ce n'est pas une succession de faits à l'état brut", et pourtant je trouve que le récit était assez décousu et présente des successions d'évènements de façon neutre et désincarnée, sans qu'on ait accès aux ressentis des personnages. Le récit alterne entre quelques brefs passages de souvenirs racontés par Clara à la première personne, et une narration à la troisième personne, mais cette narration est peu romancée, les trous de mémoire ne sont pas comblés. On ne sait pas non plus pourquoi la romancière a ressenti l'envie de raconter le récit de Clara, quel est la relation tissée entre elles. les histoires des différents personnages (Clara, son père, sa grand mère, Rauff, Guedj) sont juxtaposées, sans forcément être articulées entre elles. Je ne me suis pas attachée aux personnages ni n'ait été passionnée par l'histoire, et me suis même ennuyée. Comparé au roman Deux Alma de Fanta Touré, qui présente un schéma similaire (une jeune femme écrit la vie d'une personne âgée) et des thèmes similaires, j'ai trouvé que celui ci est moins construit au niveau de la psychologie des personnages et des thématiques développée. Le développement du personnage de Simon Guedj m'a laissé perplexe, il est présenté comme un résistant, alors que de fait il a collaboré avec les nazis en livrant ses congénères juifs pour les exploiter en camp de travail.
Une lecture surprenante, sur un thème qui ne m'aurait pas forcément intéressé au premier abord (lu dans le cadre d'un salon du livre). La plume est fluide, le récit de Clara est mis au service de l'histoire et du reste de la narration. Le livre est court, mais suffisamment long pour donner à la fois l'image de la déchéance d'une famille mais aussi le changement complet vécu par plusieurs générations, et par tout un pays.
J'ai eu l'impression de lire un essai historique, en sachant que c'est une fiction tirée d'une histoire vraie. Je n'ai ressenti aucune émotion envers les personnages, j'ai trouvé le récit décousu. Heureusement que c'est un petit roman qui s'est vite lu, sinon je ne pense pas que je l'aurais terminé.
Plongé·e au cœur d’une Tunisie marquée par la colonisation française, Clara, jeune fille issue d’une famille de migrants italiens, raconte son enfance et sa vie à Tunis à la narratrice, biographe anonyme (du moins c’est ainsi que je le comprends !). Se trace ici l’histoire de Clara Ignorante, convaincue que les os noirs exhumés de son père, sont le fruit d’un empoisonnement.
Vivre à Tunis a été jadis un havre de paix pour Clara, dont la vie a été facilité par un père travailleur, par son statut d’italienne. Pourtant, personne ne semble se mélanger à Tunis, difficile d’exister pour elle sur cette terre arabe. La guerre et l’occupation accentuent les différences, les occupants persécutent les habitants, qui sombrent peu à peu dans la misère. L’histoire de Clara n’échappe donc pas au drame. Sa famille se disloque et ses repères ne sont plus que de lointains souvenirs.
Contre toute attente, j’ai été happée par la lecture. La narratrice tient en haleine en faisant appel à des ruptures dans le récit, alternants souvenirs et témoignage. Je me suis laissée plongée dans un pays que je ne connais que très peu, à une période terrée sous silence. Ce qui fait la force de ce roman, c’est son authenticité, sa construction qui est intelligente, nous tient éloigné·es de l’ennui, nous apporte autant de l’empathie, de la colère, qu’un sentiment d’injustice profond.
Il s’agit de faire parler les voix de la migration, la difficulté de trouver stabilité quand la vie est chamboulée par des drames géopolitiques. En cela, j’ai apprécié le fait que le roman ne tombe pas dans un aspect documentaire.
La plume de l’autrice n’a pas spécialement retenu mon attention, mais pour cette histoire, nul besoin d’artifice, de langue complexe, pour décrire l’enfer dans lequel a basculé la famille de Clara.
S’il y a bien un livre à lire lors de cette rentrée, c’est celui-ci !