Fêter son anniversaire chez un inconnu rencontré sur le Web. Entretenir des amitiés par habitude. Tomber amoureux d’une serveuse de cantine. Faire une fellation parce que c’est plus simple. Trahisons de soi, désirs et violences ordinaires. En vingt-deux nouvelles et autant de destins, Hors d’œuvre trace la cartographie d’un quotidien éclatant et cruel.
J’ai vraiment apprécié cette série d’histoires courtes. Je n’ai jamais eu le temps de m’ennuyer... malgré l’ennui de certains personnages et de leur noirceur.
Ce livre m’est apparu tout d’abord comme un recueil banal de nouvelles réalistes sur la poésie un peu crue de la vie, sans rien de plus. Et puis au fil de ma lecture et des textes, ceux-ci se révélèrent des perles de familiarité et des subtilités/symbolismes se mêlant si bien à mes propres expériences de vie et sentiments profonds intérieurs que je ne pu m’empêcher de me plonger encore plus loin dans l’œuvre. Rare fut les livres qui me firent repenser mes actes passés et mes vécus comme celui-ci, tout en restant dans la banalité du quotidien et des gens normaux. Une belle œuvre à découvrir et une auteure à retenir!
J'ai vraiment pas apprécié. C'est dommage, j'ai bien aimé l'autre livre que j'ai lu de l'autrice. Mais celui-là, je l'ai juste trouvé cru, brutal sans raison et vaguement de mauvais goût. J'étais pt'être pas dans le bon mindset pour ce genre de recueil...
J’ai l’impression qu’à force de se mentir pour conserver des amitiés, on s’éloigne l’un de l’autre. « Ta nouvelle coupe de cheveux est géniale. » « Oui, j’apprécie ta mère. » « Tu as adoré ce film? Oui, c’est vrai qu’il était chouette. » On finit par ne plus avoir d’identité propre, nos goûts varient d’une personne à l’autre, d’une situation à l’autre. On fait tout pour ne pas blesser, mais on s’embourbe dans les faux bons sentiments, on finit par dire ce que l’on pense quand l’autre est parti et ça ne rend service à personne. Et j’ai découvert que je préférais mille fois mieux passer pour une personne trop directe, sèche, et blesser les gens sur le coup que d’assister à leur soirées, approuver leurs choix et entretenir des relations avec eux en hypocrite. Et d’une certaine façon, pour avoir des amis comme ça, je trouve ça rassurant. S’ils te textent, s’ils assistent à tes soirées, s’ils t’invitent à leur anniversaire, s’ils te demandent ton avis sur ce qu’ils font, c’est parce qu’ils en ont vraiment envie. Quand ils disent « oui », tu sais qu’ils étaient très conscients de pouvoir dire « non ». Et si je vous parle de tout ça, parce que c’est exactement cette dashing honesty que j’ai retrouvée dans le recueil de nouvelles Dans le noir jamais noir de Françoise Major, publié chez La Mèche.
Par définition, une nouvelle réussie se doit d’avoir une chute intéressante. Dans les dernières lignes, ou la dernière ligne, le lecteur doit être surpris. On doit briser toute l’atmosphère qu’on a pris quelques pages à créer, on doit détruire des storylines, des possibilités, des personnages. La nouvelle repose essentiellement sur le régime création/destruction. Et les chutes de ces vingt-deux nouvelles-là…OUF. Combien de fois me suis-je dit « Heureusement que ça n’arrive pas dans la vraie vie », « Heureusement que ce sont des personnages de fiction. » L’ami qui dit au gars transi d’amour pour la fille qu’il vient de rencontrer dans un club: « MAN, EST GROSSE. ON DÉCÂLISSE. » L’ex qui t’appelle pour te dire que votre chat est mort et, quand tu proposes d’aller assister à ses funérailles, lâche: « On est mardi, le truck à vidanges est passé. J’ai jeté le chat dedans.» Le papa qui, devant la détresse de sa fillette ayant perdu un être cher, rétorque: « Ça fait deux ans que je le remplace chaque fois qu’il meure, ton poisson. À ton âge, tu devrais le savoir. Des poissons rouges, ça ne dure pas. » Tous ces personnages, toutes ces répliques brutales, sauvages, même trop brutales et trop sauvages pour moi et mon honnêteté, dans un contexte social réel. Et pourtant… je n’ai eu aucune difficulté à croire à la réalité de ces nouvelles. Oui, ce sont des personnages, des chutes fictives. Évidemment. Mais ce sont des choses qui existent, qui se disent dans certains contextes, par certaines personnes. Ce sont des mots qui s’alignent bien, qui sonnent durs, crus, mais bien ensemble, pour former les pires affirmations possibles. Et, dans un contexte littéraire, bon sang, c’était formidable.
Les sujets des nouvelles étaient variés, autant que les styles, les tons, les personnages, mais tous les récits avaient quelque chose de commun, une certaine désillusion, une certaine violence. C’est bourré de vies gâchées et de petites morts, de méfaits et d’indifférence. Ce sont des anniversaires passés seuls, des troubles alimentaires, des pulsions sexuelles à combler, même mal, des dépanneurs vandalisés par des victimes, des achats compulsifs, des histoires qui tournent mal. Et c’était plus réaliste que bien des histoires heureuses. L’autrice a certainement un talent d’observation pour rendre aussi bien des aspects de la vie courante si banals. En lisant confortablement ce recueil dans mon salon, j’ai senti le froid, la canicule, j’ai eu une si grande envie de manger des cerises que j’ai dû aller en chercher, je voulais soudainement me faire couper les cheveux. C’était une expérience de lecture formidable.
« Dans le noir jamais noir », dans le trash jamais vraiment trash, dans la fiction jamais vraiment fictive, on trouve ce petit recueil aigre-doux qui raconte tout ce que, résolument honnête ou pas, on n’oserait jamais dire.