Kaouthar et Mariam sont deux femmes qui n’ont pas vocation à se croiser. Pourtant, elles ont en commun une lucidité et une soif de liberté rares. Kaouthar est égyptienne. Elle avait vingt ans lorsque la révolution a éclaté au Caire. Dix ans plus tard, les chars des militaires ont écrasé ses espoirs et sa colère. Sa vie ressemble à un rêve brisé. Mariam vit à Paris. Fille de parents égyptiens immigrés en France, elle a tout réussi. La révolution égyptienne réveille en elle des souvenirs enfouis, le sentiment obscur mais tenace d’être passée à côté de sa vie. Un matin, elle disparaît brutalement. Une enquête policière est ouverte. Antoine apprend que sa femme a fui en Égypte. Bouleversé, il se lance à sa recherche. Au Caire, il rencontre une bande de révolutionnaires, encore debout malgré la férocité du pouvoir…Marion Guénard nous livre le récit d’une jeunesse sacrifiée, celle des révolutionnaires égyptiens qui ont ouvert une brèche de liberté au début des années 2010, avant le retour brutal de la dictature.
Lu d'une traite ce matin, je ne pouvais pas lâcher ce roman. Sachant l'autrice journaliste et présente au Caire en 2011 au moment de la révolution, je pensais lire un texte journalistique ou en tout cas de la non-fiction. Je ne m'étais pas renseigné outre mesure et souhaitais l'aborder vierge de toutes idées préconçues. J'avais 16 au moment de la révolution égyptienne, je ne m'intéressais que très vaguement aux soulèvements populaires arabes et j'ai donc encore à l'heure actuelle de grosses lacunes sur ce sujet.
Ce texte est bien un roman de fiction prenant place en 2021, 10 ans après la période des premiers printemps arabes, notamment en Egypte. On suit 4 personnages ayant tous un lien avec la révolution en tant qu'acteurs de celle ci ou ayant des liens familiaux avec des personnes y ayant participé. Je l'ai dit, l'autrice est journaliste. L'ouvrage est donc très didactique et permet de vraiment situer les différents enjeux politiques et forces en oeuvres en Egypte, aussi bien en 2011 qu'en 2021 : l'ancien régime destitué, le court gouvernement des Frères puis le nouveau régime militaire et autoritaire.
L'écriture, même si elle ne manque pas de poésie peine à décoller en terme de romanesque. Mais c'est pas plus mal. L'histoire est déjà tellement forte, je n'avais pas besoin de lyrisme, de poésie. Je voulais être avec ces personnages au plus proche de la réalité, de leur réalité, la plus triviale soit elle. J'ai pu vivre le temps d'une matinée le quotidien de ces jeunes révolutionnaires de 2011, leur désillusion et peut être leur manque d'expérience, les années ayant suivi la révolution, la dangerosité actuelle de se déclarer opposant du gouvernement.
Une lecture poignante qui peut être une porte d'entrée sur la situation politique Egyptienne de ces 15 dernières années. Une fois le roman refermé, je me suis jeté sur mon téléphone pour lire des articles, m'informer et voir l'évolution de la situation depuis 2021.
L'histoire commence ainsi : au Caire, Kouathar arrive avec son fils de 8 ans Mohamed dans un centre pénitentiaire, le bloc Scorpion, ultra sécurisé, réservé aux pires ennemis de l'Etat. Elle vient rendre visite à son frère Hassan arrêté et emprisonné 7 ans plus tôt. Elle est mariée avec Ashraf, conseiller juridique dans une banque. Il ne travaille que quelques heures par semaine. Le reste du temps, il traîne en jogging dans leur appartement. Ashraf n'est plus l'homme engagé et militant que Kouathar a épousé ; sa désillusion suite à la révolution du 25 janvier 2011 a conduit à sa déchéance. Ses rêves et espoirs de faire tomber le régime se sont éteints, lui laissant un souvenir amer.
À Paris, l'on suit Mariam et Antoine, qui vivent dans un appartement cossu avec leurs deux filles Zoé et Nina. Mariam a vécu son enfance en Égypte, ses parents ont émigré en France à la fin des années 70 pour une vie meilleure. Elle travaille à la Défense dans un cabinet d'avocats. Antoine est graphiste. Mariam a suivi avec intérêt les événements de janvier 2011 en Égypte et le printemps arabe mais s'est réfugiée derrière sa vie confortable parisienne pour ne pas ne pas trop penser à son pays d'origine embrasé. Quand Antoine réveille ses souvenirs en évoquant les carnets qu'elle a écrits, dix ans après la révolution de janvier 2011, Mariam comprend qu'elle doit se réapproprier son histoire...
La journaliste Marion Guénard, ancienne correspondante en Égypte pour Le Monde, nous livre un roman historique très documenté sur la révolution égyptienne et le soulèvement du 25 janvier 2011 qui a renversé Hosni Moubarak. Les descriptions du Caire sont agréables à lire et m'ont permis de me figurer aisément les lieux, même si je n'y suis jamais allée.
Je ressors toutefois mitigée de ce roman, que j'ai reçu dans le cadre d'une Masse Critique privilégiée. D'un côté c'est un récit instructif dont j'ai apprécié le style et la construction. Cependant, j'aurais aimé que les personnages aient plus d'épaisseur romanesque ; c'est peut-être lié au genre, historique. J'ai quand même eu un peu de mal à adhérer à la fin, l'attitude d'Antoine avec Amal au Caire me laisse perplexe... Je remercie Déborah Zitt de Babelio et les Éditions de L'Aube pour leur confiance et l'envoi de ce roman.
« Ils avaient fait tomber un tyran que personne avant eux n'avait réussi à mettre à terre. Leur avenir, celui du pays, était un champ de fleurs sauvages, une friche à cultiver avec amour et justice. Il y avait bien quelques pierres ici et là mais la terre était fertile comme celle de l'Egypte, enrichie pendant des siècles du limon du Nil. Ils pensaient qu'ils changeraient le cours des choses, la nature du pays. Ils avaient fait fausse route. »
C'est dans l'histoire récente de l'Egypte que nous entraine le roman de Marion Guénard, celle de la révolution de janvier 2011 , quand des milliers d'Egyptiens ont envahi la place Tahrir au Caire pour réclamer une meilleure répartition des richesses et la fin des répressions policières, poussant à la démission le président Hosni Moubarak, au prix de près de 900 morts et des milliers d'arrestations.
L'espoir suscité par les premières élections démocratiques en 2012 est hélas rapidement cassé net par le coup d'état militaire de 2013 et l'arrivée au pouvoir du Maréchal Abdel Fattah al-Sissi qui, depuis 2014, tient son pays d'une main de fer. Censure, emprisonnements arbitraires , disparitions, omniprésence du portrait du « Maréchal » : tout cela évoque le fameux « 1984 » d'Orwell, très populaire chez les jeunes révolutionnaires de 2011 et que l'un des personnages relit régulièrement.
Cette histoire est racontée à travers deux figures féminines : Kaouthar a participé activement aux journées révolutionnaires aux côtés de celui qui allait devenir son compagnon et père de son fils et tente de dépasser ses désillusions. Mariam, de parents égyptiens exilés en France, est une brillante avocate fiscaliste et mère de deux enfants , brutalement rattrapée par ses idéaux de jeunesse .
Autour d'elles gravitent toute une galerie de personnages dans une ville, le Caire, que Marion Guénard sait rendre vivante et très présente. Il faut dire qu'elle y a vécu sept ans comme journaliste correspondante de médias francophones pour lesquels elle a couvert la révolution égyptienne et on sent bien que les portraits qu'elle nous brosse sont directement inspirés des jeunes révolutionnaires qu'elle a côtoyés et dont elle a suivi les terribles désillusions.
Même si , à mon avis, le personnage de Mariam n'est pas totalement abouti (le seul qui est purement fictif je pense), ce premier roman est très attachant. Il a aussi le grand mérite de nous éclairer sur les soubresauts de l'histoire récente égyptienne et sur la situation actuelle d'un pays où il y aurait près de 60 000 détenus politiques sur lesquels nos gouvernements ferment les yeux pour continuer à vendre notre arsenal militaire....
Deux femmes ,deux egyptiennes , une sur place prise dans le chaos de l’opposition au régime égyptien essaie de reprendre sa vie en main ; l’autre à Paris « explose en vol » et abandonne sa famille et sa vie française pour retourner en Egypte , rejoindre cette révolution qu’elle a ratée. Deux parcours , deux femmes en quête de leur vérité, un homme qui cherche des explications, le tout sur un fond d’agitation politique et de repression … une plongée dans un quotidien inimaginable.. un seul regret : une fin peu claire