J’ai détesté Les profs ont peur. J’ai trouvé ce livre anxiogène, peu nuancé et fondé sur des amalgames, notamment entre pratiques religieuses et radicalisation. Plutôt que d’aider à comprendre les difficultés de l’école, il m’a donné l’impression d’alimenter des peurs et des stigmatisations.
L’auteur associe fréquemment des pratiques religieuses ordinaires, comme le port du voile ou le fait de manger halal, à des phénomènes de radicalisation. Cette confusion me semble problématique, car elle contribue à instaurer un climat de suspicion autour de toute expression visible de l’islam. Or, des travaux en sciences sociales, notamment menés par le CNRS, montrent que la stigmatisation répétée d’un groupe peut pousser certains jeunes à se réfugier davantage dans une identité religieuse visible. Ce phénomène relève davantage d’une forme de résistance ou de réaffirmation de soi que d’une radicalisation.
Je considère également que la loi de 2004 peut être perçue comme raciste et islamophobe, dans la mesure où elle a des effets disproportionnés sur les musulmans, en particulier sur les femmes. Des organisations comme Amnesty International ainsi que le Défenseur des droits ont d’ailleurs souligné les risques de discrimination liés aux restrictions visant les signes religieux. Pour ma part, je ne comprends pas en quoi l’expression visible de convictions religieuses serait incompatible avec l’école. Ayant moi-même eu des professeurs voilés, cela n’a jamais nui à mon apprentissage ni à mon esprit critique.
En revanche, l’un des rares aspects que j’ai trouvés pertinents dans ce livre concerne la peur et l’autocensure ressenties par certains enseignants. Ce constat est inquiétant, mais il révèle surtout les limites d’un système scolaire qui ne protège pas suffisamment son personnel. Selon moi, le problème ne vient pas principalement des élèves ou de leurs pratiques religieuses, mais d’un cadre institutionnel mal adapté, qui laisse les enseignants seuls face à des situations complexes.
En conclusion, malgré l’importance des thèmes abordés, ce livre me semble simplifier excessivement des enjeux complexes et contribuer davantage à renforcer les tensions et les peurs qu’à favoriser une compréhension réelle et apaisée des difficultés de l’école