À Bagdad, les habitants tentent d'organiser une vie quotidienne normale, malgré les attentats qui fauchent des vies. Parmi eux, un chiffonnier récupère des morceaux de corps sur les lieux des attentats pour assembler un être complet. Lorsque sa tâche s'achève, le corps s'anime, et ce Frankenstein irakien n'a plus qu'une idée en tête : venger toutes les morts qui ont contribué à le créer.
Frankenstein à Bagdad (traduit en français avec soin par France Meyer) rend compte des mésaventures d'un quartier populaire bagdadien durant les années 2000 dans tout ce qu'elles ont de plus humain, en donnant une voix aux irakiens et une opportunité aux lecteurs de se plonger dans leurs vies déchirées mais recousues par une narration Frankensteinesque.
Cette adaptation en bande dessinée réduit ce cadre riche en un vague amalgame du Moyen-Orient en guerre. Le corps de la créature, censé être entièrement constitué de morceaux d'irakiens, est étrangement 17% français et 4% américain. D'où proviennent ces nombreux fragments de français? Le roman est contemporain à l'invasion américaine de l'Irak (que la BD ne mentionne d'ailleurs jamais), or la France n'y a pas participé. Y aurait-il eu confusion avec l'intervention française de 2014, ou avec une autre intervention dans un pays arabe ? On ne peut cependant pas en vouloir à l'équipe créative de ne pas s'être penchée sur ces détails cruciaux de l'histoire du pays, puisque, au vu d'une des deux dernières pages, ils ne savent pas même à quoi ressemble son drapeau, à moins que l'histoire ne se déroule en fait au Yémen !
Outre l'encrage culturel très approximatif, le récit est illisible. Transposer un roman aussi dense en une BD d'une centaine de pages seulement est un travail impossible, et peu de compromis ont été faits dans le choix des intrigues à conserver ou écarter. L'ouvrage veut tout raconter, au point où ça en est incompréhensible pour qui n'a pas le roman en mémoire. Certaines intrigues qui ont été reprises ne se font d'ailleurs qu'à travers la narration, sans jamais montrer les événements et personnages mentionnés (tout ce qui concerne Faraj al-Dallal et Abou Anmar, par exemple) alors que c'est le concept même d'une bande dessinée...
Le roman en format de poche coûte la moitié du prix de la BD, pour qui voudrait découvrir l'œuvre d'Ahmed Saadawi!
Un monstre construit à partir de morceaux de victimes d'attentats terroristes se charge de se venger des criminels, dans un Bagdad en décomposition où tout le monde a peur de tous - et, surtout, de l'inconnu.
Cette adaptation du roman d'Ahmed Saadawi (Grand Prix de l'Imaginaire 2017) est à la fois magnifique et exigeante. Magnifique pour moi, en tout cas - j'adore l'art d'Antonio Cittadini, c'est frais, expressif, coloré et dynamique, et fourmille de détails qui m’ont fait rester longtemps à admirer ses planches. Mais il a tendance à se précipiter, et ses personnages sont souvent caricaturaux, à tel point qu'il faut réfléchir une seconde avant de reconnaître les personnages en tournant la page. Mais bon, c'est sa première BD, et pour un début, c'est très bien.
Exigeante - ce n'est pas un livre que l'on peut lire à la va-vite, mais un récit complexe où on doit rechercher et saisir la signification des mots (et prendre son temps pour s'adapter aux fréquents changements de perspective - cette structure, c’est la faute du roman original). Antoine Ozanam est un vétéran qui a travaillé sur près d'une centaine d'albums (DoggyBags, Klaw, Temudjin, Mauvaise réputation...) et pourtant même lui a eu du mal à limiter la prose luxuriante de Saadawi, qui saute entre les personnages et les points de vue comme dans un rêve fiévreux et angoissant.
Néanmoins, j'ai beaucoup aimé cette adaptation, même si elle ne peut pas être aussi efficace que notre propre imagination. Un coup de cœur imparfait, mais fascinant.
Avertissement : j'ai reçu ce livre de NetGalley pour en faire un compte-rendu équitable. Ce qui n'a pas influencé mon opinion de quelque manière que ce soit.
C'est toujours difficile de faire une critique d'une œuvre inspirée d'une autre, ici un livre qui a inspiré une bd.
Déjà on sent très bien le côté fantastique monter progressivement, avec comme souvent avec ce sujet, la grande question de "qui est le véritable monstre ?". C'est intéressant de voir le fantastique se mêler à l'histoire de cette ville, Bagdad, touchée par de nombreux attentats, de nombreux morts et, comme on le devine parfois, envahie par d'autres nationalités dans l'ombre.
Je trouve malheureusement que les transitions de chapitres, ou parfois même juste de planches, sont assez hasardeuses. Parfois même on se perd un peu dans le fil, on saute du coq à l'âne. Je suppose que le roman est très introspectif et contemplatif, et c'est toujours difficile à traduire en bd. Au final j'ai plutôt envie de me plonger dans la bd tant on devine que la bd passe à côté de l'essentiel du message.