Il est temps de se mettre à table. Nous avons assez cuisiné, assez réglé les préparatifs, assez tourné autour du pot. Il est temps de lever notre verre et de boire ce léger vin blanc italien. Car c'est en Italie que nous avons appris à monter sur la table à la fin des banquets d'enfance, à y danser et chanter : la table est une scène. Et c'est en Italie que nous avons appris à regarder les tableaux, peut-être bien à regarder tout court, à comprendre dans quelle lumière il est permis de peindre à leur tour toutes les scènes auxquelles nous assistons, à inventer comment jouer sur tous les tableaux, festin, tête à tête, déjeuner de communion, sans jamais perdre de vue le repas ultime, le dîner, la cène que nous trahissons de toutes les manières.
Maryline Desbiolles naît en 1959 à Ugine, où vivent ses grands-parents maternels, émigrés italiens, qui tiennent une petite mercerie-bonneterie. En 1981, elle crée à Nice où elle vit une revue de poésie et de littérature, Offset, puis en 1990, La Métis, du nom de l'intelligence rusée pour les Grecs. En 1998, son roman La Seiche attire l'attention pour son style. Elle reçoit le prix Femina en 1999 pour Anchise. En 2024, elle remporte le prix Le Monde 2024 avec son roman publié aux éditions Sabine Wespieser, L'agrafe, qui revient sur l’humiliation des harkis. Elle écrit régulièrement des chroniques dans le journal La Croix. Elle vit dans l’arrière-pays niçois, à Contes. Elle est l'épouse du sculpteur Bernard Pagès.