Ce roman est si particulier, si original, si multiple, qu’il sera préférable de le présenter pédagogiquement, et point par point… 1/ Ce roman s’intitule donc Naissance et il est gros, voire « hénaurme ». Il est gros, et non pas gras. L’auteur précise : « ce livre est gros comme une femme enceinte de neuf mois ». 2/ Ce roman raconte comment son narrateur est venu au monde : il naît, déjà circoncis, dans une famille qui ne veut pas de lui. Ses parents lui font recoudre un prépuce - mais le mal est fait : ce personnage sera, en permanence, un bouc-émissaire. 3/ Roman d’initiation, Naissance raconte comment un enfant devient peu à peu, à l’insu de sa famille, un écrivain. Rejeté par sa famille, il sera influencé en ce sens par un personnage incroyable, un certain Marc-Astolphe Oh, hurluberlu hilarant et collectionneurs de… collections. 4/ Ce roman contient et prolonge tous les précédents livres de Yann Moix : Jubilations vers le ciel pour l’enfance ; Les cimetières sont des champs de fleur pour la folie ; Anissa Corto pour les sentiments ; Podium pour la province et la vie française des années 1970 ; Partouz pour la mystique et pour Charles Péguy ; Panthéon pour l’enfance maltraitée ; Mort et vie d’Edith Stein pour ses pages sur le judaïsme et le christianisme. Naissance est le roman de tous les romans de Yann Moix. 5/ Naissance est aussi un hommage absolu à la littérature. Il contient des chapitres sur Stendhal, Faulkner, Gide, Georges Bataille. Il insiste également, et ceci est en rapport avec cela, sur la mort de Charles Péguy et celle de Brian Jones. 6/ Ce livre évoque aussi les milieux de l’édition dans les années 1970. Ledit Marc-Astolphe Oh, auteur d’un Que sais-je ? sur la photocopie et la reprogravure, est désireux de se faire éditer chez Grasset. Il passe par Franz-André Burguet, venu écrire l’un de ses romans à Orléans, et qu’il harcèle pour que ce dernier lui présente Jean-Claude Fasquelle (autre personnage du roman). 7/ On l’aura compris : ce roman est fou, désopilant, grave, métaphysique, étincelant, loufoque, rabelaisien. Naissance sera… l’heureux événement de la rentrée !
l'écriture y est prodigieuse et par fragments le minerai de ce roman lourd comme un gisement composite nous offre la surprise des vraies pépites d'or littéraire. mais pour se délecter de quelques gemmes je trouve que le chemin entre deux filons est trop pénible. remplir des pages entières de listes aussi ridicules qu'absurdes, épuiser les ressources naturelles de la langue en exploitant sauvagement ses synonymes pour les étaler en tant que stérile gratuit et néfaste, c'est trop demander au lecteur contemporain.
Très difficile de décrire cette énorme œuvre qui, je crois fera figure de classique dans la littérature française dès que la postérité aura jeté son regard sur notre époque. C'est un peu comme si Moix avait décidé de faire la somme de qu'est et peut être la littérature française - à sa sauce -, y incluant du moderne, du classique, du beau, du laid, du choquant, révoltant et du réconfortant, du fleuri, du cru, de la poésie et de l'absurde. Sans compter les changements de perspective et d'angle de l'histoire.
Moix est un artiste qui fait dans l'excès, qui aime l'excès, qui baigne dans l'excès. Je m'identifie beaucoup à ça. Oui, les passages, les listes, les énumérations sont longues, rendent parfois la lecture ardue, forcent une pause de trois ou quatre ou dix pages dans le récit, mais tout cela fait partie de l'univers de Naissance : excès, couleur, empilements, saccages et tornades.
L’auteur manifeste une subtilité linguistique impressionnante, mais pour ne rien dire, juste pour impressionner. Une lecture fatigante sans âme. يقدم المؤلف كتاباً غنياً بالصور والحيل اللغوية، عديم الفائدة. قراءة مرهقة وبلا روح
« Pour être sûre d’être féconde, que ma trogne pût quelque jour faire grimacer les sublunaires foules, ma mère avait mis toutes les chances de son côté »
« Une voisine camerounaise, native de Douala, lui ayant vanté (contre l’avis de mon père) l’inattendu bénéfice des pharmacopées excrémentielles, elle avait passé des jours, souvent des nuits, à badigeonner la peau de son ventre de déjections canines, félines (les chats et les chiens venant remplacer au pied levé les crocodiles et les hippopotames de l’ordonnance originelle), mais aussi de fientes de mouettes, de crottes de lapins, de hamsters, de tortues d’eau, de lézards, ainsi que de chiures de mouches dûment, patiemment recueillies par mon père (lequel, chaque samedi matin et chaque mardi soir, devait encore lui introduire dans la cavité vaginale des épines d’acacia finement broyées, de la résine de térébinthe, de la coloquinte, de la gomme arabique, de l’herbe de bœuf, mélangées à des dattes et du miel, le tout étendu, comme il en va des tartines beurrées, sur un tampon de fibre – ce, afin que sa femme ne tombât pas une nouvelle fois enceinte pendant sa grossesse »
« M’enfuir dans les amères eaux de ma mère, brasse crawl papillon, n’eût servi à rien – ils m’auraient retrouvé, ceux qui voulaient à tout prix que je connaisse le parfum des sycomores, la puanteur des pots d’échappement, les chagrins d’amour, les devoirs surveillés de topologie »
« Nous naissons bêtement de cet assaut caudal, des attaques de cette chair électrocutée, qui retombera comme une algue, et stagnera comme un étang décédé »
« J’ignorais tout de la configuration zoologique d’un humain : eussent pu, en lieu et place, m’apparaître des scarabées géants et lustrés, d’un rose fraise, des gastéropodes à gueule de lama (avec billes de porcelaine ou punaises rouillées en guise d’yeux), que je n’eusse point été plus étonné que de découvrir la tête idiote d’un moustachu ventripotent, d’un bubonneux rouquin ou d’une infirmière au carénage postérieur agaçant le sang des bites. »