Un livre à l’image de l’exposition. van Gogh est un personnage extrêmement complexe, probablement des plus complexes que j’ai rencontré que ce soit en art, littérature, histoire, etc. Le comprendre réellement est vertigineusement plus difficile que prétendre le comprendre en prêtant sensibilité aux œuvres.
À quoi faut-il penser le plus souvent lors de cette exposition, et lors de la lecture de cet ouvrage ? Le grand nombre d’œuvres ou les quelques 70 jours pendant lesquels il reste à Auvers ? Disons que la peinture de van Gogh montre bien le contraste fort entre que ce que j’appellerais le “rythme” de la vie à Auvers-sur-Oise, et le rythme de la vie de Vincent. Sa vie va de plus en plus vite, et ses peintures prennent des traits de plus en plus gros par rapport à ce qu’on pouvait voir à Arles, Saint-Rémy-de-Provence ou Montmartre – à conférer par exemple l’Escalier à Auvers ou le Champ de blé aux corbeaux.
Une belle chose faite cependant est la représentation d’Auvers, et de son atmosphère. Le mot pittoresque ne définit pas seulement la ville, il en est l’essence, et ce grâce au lien de représentation fait par van Gogh entre ce mot et la ville. Si réussir la représentation d’un paysage ou d’une personne dans un espace donnée était de pouvoir se donner le moyen de réellement faire comprendre aux autres ce que l’on cache derrière, je pense que l’objectif serait réussi à moitié. D’une part, il serait réussi car l’idée générale est la bonne. De l’autre, il serait raté, car on ne sait rien – ou presque – de van Gogh, dans son esprit. Seules les correspondances avec son frère permettent de comprendre.
Dire que van Gogh est créatif sur ce sursaut à Auvers serait faux, car bien que l’on puisse remarquer quelques changements, les défauts eux aussi commencent à se présenter : des défauts de longue date qui deviennent marqués par le stress – la répétition des thèmes ou les proportions. Mais aussi des défauts nouveaux, comme la perspective même de ses personnages et paysages, comme le tableau du docteur Paul Gachet, qui se défait. À quoi peut-on, doit-on attribuer ces défauts ? Le simple caractère artistique ne suffit pas. Il y a des facteurs émotionnels, sentimentaux, des envies qui diffèrent et une adaptation au changement de paysage.
Le musée d’Orsay, je le déplore, n’a pas su bien correctement nous mettre en ambiance dans ce qui régissait la ville, et la vie de van Gogh. Bien que l’on puisse l’attribuer une exposition et des œuvres inédites, allant jusqu’aux dessins dont originalement tout le monde se fiche, et des citations bien précieuses, l’ensemble est assez désordonné et ainsi, ni le vrai essence de la ville, ni celui de l’artiste ne peut réellement être compris. Le livre associé sauve les meubles en prenant un temps plus grand pour réfléchir sur cette partie de vie, mais j’attribuerais cet échec à la nature de van Gogh et non à une incapacité d’un musée d’art.
L’exposition est terminée depuis bien longtemps, mais le livre peut être bien si vous souhaitez, comme je le disais au début, arrêter de prétendre comprendre ou connaître Vincent van Gogh, et réellement tenter un travail profond pour saisir la nature de son esprit, toujours plus changeant. Ce que je recommanderais au-dessus de tout, cependant, c’est de visiter la ville d’Auvers-sur-Oise, impérativement. Plus que le livre, l’exposition, les tableaux, ce sera l’observation douce et lente de celle-ci qui vous permettra de bien mettre en ambiance ce que vous étudierez de van Gogh, si vous comptez vous y prendre un jour ou l’autre.