Après vingt ans de crise, plus personne n'ose se dire à l'abri du chômage. En l'absence de véritables solutions politiques, c'est toute notre société qui est menacée d'éclatement. Pas d'emploi, peu d'espoir d'en retrouver, travail précaire ou assujettissement excessif à nos tâches : le temps n'est-il pas venu de remettre en cause la mystique exagérée du travail qui nous lie les mains, pour convenir d'un nouvel équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ? Comment retrouverons-nous le chemin de l'emploi, comment trouverons-nous du temps pour vivre ? Le débat sur la semaine de quatre jours a commencé. Il manquait un ouvrage où chaque citoyen puisse découvrir de quoi enrichir sa réflexion, avec des réponses claires aux questions qui surgissent. Pourquoi la semaine de quatre jours est-elle une solution à privilégier dans la lutte contre le chômage ? Combien peut-elle créer d'emplois ? À quelle baisse de salaire pouvons-nous consentir ? Comment l'entreprise restera-t-elle compétitive ? L'État a-t-il les moyens de cette réforme ? La France petit-elle s'y engager la première ? Que ferons-nous du temps ainsi libéré ? Arguments, propositions, témoignages de nombreuses personnalités du monde économique et politique font de ce livre un véritable guide de la réduction du temps de travail.
"Du temps pour vivre. La semaine de quatre jours à la carte" de Pierre Larrouturou : Un nouveau plaidoyer pour la semaine de quatre jours
En 1993, Pierre Larrouturou avait réussi à convaincre une partie de la classe politique de le suivre dans sa croisade pour le partage du temps de travail (et du salaire). Aujourd'hui, il relance le débat avec un livre intitulé «Du temps pour vivre» (1).
Séduit par les arguments de Pierre Larrouturou, le député RPR Jean-Yves Chamard avait mené bataille en décembre 1993 pour faire passer un amendement sur les trente-deux heures dans le projet de loi quinquennale pour l'emploi. La suggestion avait été habilement noyée par le gouvernement, qui avait réclamé une expérimentation préalable. Laquelle s'était achevée, comme il se doit, par un enterrement de première classe.
En compagnie du député PR Gilles de Robien, le consultant Larrouturou avait entamé fin 1993 début 1994 un tour de France destiné à répandre la bonne parole. Aujourd'hui, les deux hommes continuent le combat, mais chacun de son côté. Gilles de Robien a participé à une mission parlementaire sur le partage du temps de travail, dont les conclusions ont été rendues publiques en juillet. Le maire d'Amiens préconise le développement du «temps partiel choisi». Selon lui, la France pourrait compter un million de chômeurs en moins si 34% des salariés optaient pour le temps partiel, comme aux Pays-Bas, au lieu de 15% actuellement. Pour y parvenir, il faudrait que ce choix du temps partiel soit réversible, et que la baisse de salaire qu'il entraîne soit, en proportion, inférieure à la baisse du temps de travail. De Robien estime également que le partage ne peut passer qu'à travers des initiatives «librement consenties» par les entreprises, même si elles sont encouragées par des exonérations de charges.
C'est sur ce point, entre autres, que les analyses divergent quelque peu. Jean-Yves Chamard, Gilles de Robien et Pierre Larrouturou préconisent tous trois des négociations au niveau des branches et des entreprises, afin de tenir compte de la diversité des situations. Mais Larrouturou est plus directif. «L'évolution, écrit-il dans son livre, pourrait schématiquement être équivalente pour tous: une réduction de 15% du temps de travail (moyenne hebdomadaire passant de trente-neuf à trente-trois heures) sur deux ans, accompagnée d'une baisse de salaire limitée à 5% en moyenne.» Les entreprises embauchant au moins 10% de salariés supplémentaires bénéficieraient d'une exonération totale et définitive des cotisations chômage.
Larrouturou montre aussi que c'est plutôt dans les pays où le temps de travail est le plus réduit que l'on observe le chômage le plus faible (à l'exception du Japon, où l'on travaille plus que partout ailleurs, et où le taux de chômage est plus bas que dans le reste du monde industrialisé). Il affirme aussi que la réduction massive du temps de travail ne serait pas un handicap dans la compétition mondiale, mais qu'elle pourrait au contraire donner à la France «une longueur d'avance» sur les autres pays développés.
La semaine de quatre jours va-t-elle vraiment créer des emplois? «Oui, massivement, mais pas partout», écrit Larrouturou. Elle ne devrait pas créer d'emploi dans l'automobile: là, elle permettra seulement d'éviter des suppressions de postes. Mais on peut tabler, affirme-t-il, sur une hausse des effectifs de 20 à 25% dans l'hôtellerie-restauration, par exemple. Ailleurs, et notamment dans les réseaux bancaires, «les créations d'emplois seront sans doute comprises entre 10 et 12%». Au total, il chiffre à deux millions le nombre d'emplois qui pourraient être créés.
O.C.
(1) Du temps pour vivre. La semaine de quatre jours à la carte. Flammarion. 80 F.
En octobre 1993, l'auteur a lancé l'idée de la semaine des quatre jours. Il explique le débat en cours et lève méthodiquement toutes les réticences en chaque question d'une manière concrète : à quelle baisse de salaire devrons-nous consentir? Comment l'entreprise restera-t-elle compétitive?