"C’est une des forces de la domination masculine que de manipuler des préjugés dont on croit lire la trace sur les corps. La garçonne se joue de ces « évidences » naturelles et ébranle les repères traditionnels. Les hanches, la taille, les seins, les cheveux longs : combien d’attributs de l’éternel féminin, étroitement associés à la maternité, croit-on alors voir disparaître au profit de l’androgynie garçonnière ? Contre une vision de l’histoire par le haut qui prétend que Poiret ou Chanel ont « libéré la femme », il faut souligner au contraire que l’engouement pour la garçonne exprime d’abord une demande avant de devenir une offre. Ce sont des femmes qui l’ont impulsée par le bas, dans les marges de la société, avant même son « invention » et sa dénomination par des hommes"