Marie Granville travaille comme servante dans une riche ferme du Cotentin. Un jour, elle se laisse entraîner dans un bois par un soldat allemand et donne naissance à un enfant maudit. Cette intrigue sert de point de départ aux histoires des Villars et des Livory, à celle du procureur Darba, de l'avocat Laribière et de ses réceptions tristes sous l'Occupation.
Saisissant et nostalgique, proche de l'univers balzacien et du désenchantement flaubertien, Mai en automne renfloue tout un monde oublié qui se remet à vivre et palpiter. Cet unique roman, écrit dans la prémonition de ses dernières années, est le livre d'une vie, l’inoubliable testament romanesque d’une femme du vingtième siècle.
Lecture très contradictoire : un style à fleur de peau, des personnages en enfilade, une mise en contexte peu crédible.
Une sorte de maison dont l'architecture daterait du début du XXe mais dont l'intérieur serait agrémenté d'éléments inconvenus tout droit venu du futur, des années 1970. La bâtisse se tient mais les fondations sont branlantes. Après quelques décennies, on admire de loin cette dame des temps révolus, qui ne se laisse pas crouler sous le poids des années, mais dont les fissures sont béantes.
En bref, un livre qui m'a intriguée, mais dont l'intrigue m'a laissé de marbre.
Quel dommage de lire une histoire qui se passe dans les années 30 et 40 et dont les personnages ont l'air tous anachroniques. L'autrice, née en 47, n'a pas connu cette période et en effet ses personnages ressemblent sûrement plus aux vingtenaires de sa propre jeunesse (celle des années 60). L'autre problème est qu'aucun d'entre eux n'a de réelle épaisseur. Ils sont seulement une petite douzaine mais impossible de retenir qui est l'avocat et qui est la bru de qui. On s'y perd malgré l'arbre généalogique en début d'ouvrage. Pour le reste, je dois avouer que je ne suis pas amatrice d'histoires de tourments amoureux et de femmes délaissées. Roman abandonné à mi-chemin.
J’évoque souvent le fait que la lecture est – selon moi – un rendez-vous, une rencontre avec un ou une auteur(e) et que celle-ci est rarement le fruit du hasard. Cela se confirme avec ma dernière lecture que je n’aurais jamais découvert si Amélie ne me l’avait pas si gentiment offert. Je ne sais si mon plaisir aurait été moindre sans ce geste mais il est clair que je serais passé à côté d’une magnifique plume, malheureusement maintenant éteinte qui avait, je suis certain, encore beaucoup à raconter.
En effet, Chantal Creusot signe avec Mai en Automne son seul et unique roman et alors que je ne l’ai pas totalement apprécié, j’ai littéralement adoré l’ambiance de ce dernier, remplie de mélancolie et d’amertume qui se dévoile avec finesse et poésie. C’est simple, cette dernière m’a captivé du début à la fin de ma lecture grâce à la douceur de sa plume et la poésie de son style, me rappelant bien souvent Jane Austen et tant d’autres talentueux auteurs de l’époque. Ainsi, cette lecture fut riche d’évasion et de voyage au cœur du pays normand, chose que j’ai particulièrement appréciée. Ne lisant que trop peu de roman dédié à notre terroir, ce choix et cette destination ont permis à l’auteure d’offrir une dimension purement authentique et solennel à son humble œuvre. Ajoutez à cela la sombre et triste période que fut celle de la seconde guerre mondiale et vous voilà témoin d’un récit émouvant, poignant et débordant de sentiments auxquels j’ai été bien plus que réceptif. Indéniablement, ce fort sentiment de compassion n’aurait pu avoir lieu sans la beauté et somptueuse sensibilité dont fait preuve Chantal Creusot. C’est simple, ses mots ont raisonné en moi alors que pour autant, je ne me suis pas parvenu à m’attacher à l’un des nombreux personnages présentés. Par conséquent, cet étonnant contraste me laisse perplexe mais prouve que cette dernière est parvenue à me marquer et à me transporter dans sa gigantesque et pointilleuse fresque sociale.
Finalement, si je n’ai pas réussi à m’attacher aux protagonistes de Mai en Automne cela provient du trop grand nombre de personnages révélés. L’auteure a fait le choix de dévoiler différentes familles aux mœurs et aux destinées opposées afin d’apporter énormément de détails à sa critique sociale et même si je comprends ce choix, je ne l’approuve pas totalement. En effet, j’aurais apprécié que Chantal Creusot se concentre davantage sur certains personnages et moins sur d’autres ce qui m’aurait permis un plus vif intérêt car je me suis bien souvent égaré au cours de ma lecture. D’autant plus que certaines personnalités parviennent à se démarquer mais se retrouvent bien trop vite relayées au second plan. Ce constat me mène à penser que son œuvre manque de réel fil conducteur alors que chaque destin est pourtant finement et étroitement lié, un peu trop peut-être pour ma part. Cependant et malgré mon dérangement, il est indéniable que l’aperçu travaillé et abouti que j’ai eu de chacun démontre une fois de plus toute la finesse et la justesse dont fait preuve cette dernière et, rien que pour ça, je suis plus que reconnaissant d’avoir croisé son chemin.
Ainsi et sans être sans défaut, Mai en Automne m’a subjugué grâce à la plume débordante de poésie et d’amertume de Chantal Creusot et grâce à son style d’une justesse indéniable. Je me sens vraiment chanceux d’avoir fait cette magnifique rencontre malheureusement avortée à cause de sa disparition. Je suis certain que cette dernière avait encore beaucoup à offrir et je ne peux que vous encourager à de couvrir par vous-même cette œuvre à l’ambiance mélancolique à souhait, idéale pour la saison.
C’est l’unique œuvre de Chantal Creusot qui tisse dans ce roman aux accents Balsaciens le portrait intime d’une petite communauté du Cotentin avec sa difficulté d’être dans une société des années 30/50 corsetées de convenances. La délicate plume où chaque mot se pose avec justesse anime avec autant de grâce Marie la servante impassible qu’Helene, la sulfureuse séductrice libertaire, ainsi que tous ces personnages en quête d’équilibre dans ce carcan sociétal. Un sentiment suranné plane sur ces chassés-croisés croisés sentimentaux.