Aïe... Je sais, c'est dur.
Dans ce livre, l'auteur nous rend spectateur de divers moments de vie. Vacances, disputes et conversations de personnes aux alentours, objets environnants, tout y passe et devient sujet le temps de quelques pages. Si j'ai énormément été séduite par le style d'écriture, le fond, en revanche, ne m'a pas du tout parlé. En réalité, je dirais même que je me suis relativement ennuyée en lisant ce livre, mais que ce qui m'a permis de m'accrocher jusqu'au bout, c'est justement la finesse de la plume de l'auteur.
Parfois, ça donne de très jolies citations, comme celle-ci : "Il y a en nous des épaisseurs superbement rangées de paysages. (...) Le paysage, ce n'est pas seulement le paysage, mais l'occasion offerte à l'homme de regarder quelque chose où il est un commencement."
Mais parfois aussi, ça donne des paragraphes plus lourds, si lourds qu'ils en deviennent presque risibles. "Un café qu'on a oublié de boire ne peut pas être soupçonné d'être imbuvable. (...) Si, par exemple, on boit la moitié de cette tasse de café et qu'il nous est impossible de boire l'autre moitié, l'honnêteté commande qu'on divise la quantité de breuvage en une moitié buvable posée sur une moitié imbuvable. Il ne serait même pas intègre d'affirmer dans ce cas que le café est à moitié buvable, car soit on boit, soit on ne boit pas, ce qui est bu est bu, on ne peut pas boire à moitié, il y a ce qu'on a bu et ce qu'on n'a pas bu, et tout ce qu'on boit de café avant de décider qu'un café est imbuvable est indéniablement buvable, puisqu'on le boit, et que si on l'a bu c'est qu'il n'était pas imbuvable. Soyons donc sérieux et cessons de parler à la légère." Et ce n'est qu'un exemple ! Au moins, ça a le mérite de pousser à la réflexion sur des faits et expressions que l'on a normalisé dans notre langage et notre quotidien.
En somme, on se retrouve avec une prose extrêmement raffinée, maladroitement (?) couplée à des sujets plus que banaux. Et bien que je pense qu'il est vrai dans une certaine mesure que la plus belle des plumes suffit à sublimer le plus atroce des thèmes, je ne peux m'empêcher de me dire que le contraste entre les 2 a ici fait défaut.
Bien que l'ouvrage soit assez court, et que les thèmes abordés soient des plus normaux, l'oeil qui est porté sur ceux-ci est ce qui rend le tout assez alambiqué, peut-être parfois au point de nous faire perdre le fil du raisonnement. C'est, ma foi, sûrement aussi propre au style de l'éloge. Je pense toutefois que ce genre de livres, ça passe ou ça casse, et pour moi, ça casse plus que ça ne passe.