"Douglas Campanelli est un ancien pêcheur qui vit reclus dans sa belle villa située au bord de l'océan. Une nuit, il est réveillé par un individu étrange qui le somme d'avouer son implication dans une vieille et sordide histoire de meurtre. Pour obtenir la vérité, l'inconnu le menace d'ouvrir la porte de sa cave afin de libérer des goules voraces qu'il dit contrôler. Carla Mendez est toujours lieutenante de police à Dunkham, petite ville côtière du Massachusetts coincée entre Plymouth et Boston. En plus de devoir gérer les problèmes de santé de son nouveau compagnon, elle est affectée à un meurtre sordide qui s'est déroulé dans un quartier où le temps semble s'être figé au siècle dernier. Le parcours sanglant de celui qui sera bientôt appelé « L'arracheur du Massachusetts » ne fait que commencer."
En bref, « Le Festin des Goules » nous propose une très bonne enquête mélangeant habilement investigations, folklore et horreur. Malheureusement, aussi intéressante soit l’affaire, elle souffre de longueurs qui ont fini par avoir ma peau. Réduire l’intrigue ou mieux, couper ce roman en deux aurait été préférable pour moi. Malgré tout, j’aime la plume de l’auteur et j’apprécie le réalisme avec lequel il dépeint l’avancement des enquêtes, les perquisitions, la paperasse administratif et tout ce qui tourne autour de la police. Il y a, bien sûr, des entorses aux règlements mais cela entraîne souvent des conséquences. Je suis curieuse de lire le prochain roman de Gilles Debouverie car la fin semble indiquée que nous n’en avons pas encore terminé avec cette histoire.
Le Festin des Goules est la suite indépendante du Talisman. Je recommande de les lire dans l’ordre chronologique, car Gilles Debouverie ne cache pas les rebondissements de la première enquête ce qui serait dommage si vous souhaitez la découvrir.
Cette enquête policière horrifique s’inspire de la nouvelle Le Modèle de Pickman de H.P. Lovecraft. Il n’est pas nécessaire de l’avoir lue au préalable. Le romancier explique suffisamment ses liens et sa contribution au sein du récit pour éviter de perdre ses lecteurices. Le festin des goules est un pavé structuré en deux parties qui se succèdent comme un jeu de domino. Comme dans Le Talisman la narration se partage entre le tueur et la policière. Si j’avais adoré cette découpe dans le premier tome, ce principe m’a laissé de marbre ici. La raison tient sans doute à la personnalité du criminel. Celui-ci est méticuleux, chirurgical, froid et distant en plus d’être ambitieux, ce qui l’a rendu moins humain, moins cynique, moins mordant que l’esprit du talisman.
L’enquête nous plonge dans le domaine artistique macabre et cauchemardesque qui rappelle les tableaux d’un Füssli, mais en plus trash. Les créatures terrifiantes se repaissant de la chair des victimes. Si la question Faut-il séparer l’œuvre de l’artiste ? est évoquée dans ce roman, elle n’est ni argumentée, ni décortiquée. L’auteur laissant en suspens cette interrogation sans montrer son parti pris. On y voit également des hommes censés être respectables s’adonner à leurs vices en toute impunité. Une violence extrême se dévoile sous les coups de plume de Gilles Debouverie qui jette des atrocités à la figure des lecteurices. Si vous êtes fragiles, passez votre chemin, car les révélations dénoncent les pires folies dont sont capables les hommes. Face à ses scènes de genre, les goules nous apparaissent tels des moutons inoffensifs.
J’ai adoré retrouver Carla et son caractère de molosse. Elle mord les piètres idiots qui ont des préjugés avec un bagou incroyable. Elle oscille toujours entre sa franchise et ses remords, car elle se rend bien compte que ces propos peuvent impacter dangereusement le mental des autres.
En bref, Le Festin des Goules nous attable en compagnie des pires vices de l’humanité. À cette table, nous y dégustons l’ambition morbide qui repousse les limites de la cruauté. Nous découvrons le véritable visage des monstres assouvissant leurs désirs de sang, de vengeance et de gloire dans une enquête un peu longue, mais dont l’horreur ravira les papilles des dévoreurs du genre.