Publiés en 1920, les Croquis laurentiens du Frère Marie-Victorin sont une invitation aux voyages et à la découverte du territoire québécois. Le futur botaniste s’intéresse à l’espace et à la géographie du pays. Il décrit aussi avec des mots riches et pittoresques à la fois, souvent empreints de poésie, les beautés de la nature. Il se montre sensible au quotidien des habitants des diverses régions de la Laurentie, aussi bien les riverains du vaste fleuve royal que les insulaires, les Madelinots en particulier. S’il recourt à une langue littéraire, il regarde avec son œil de scientifique les subtilités et la variété des paysages, laissant transparaître, au fil de ses réflexions sur l’homme et son destin, sa vision du monde. Marie-Victorin, de son vrai nom Conrad Kirouac, est né en 1885 dans les Cantons-de-l’Est. Membre de la communauté des Frères des écoles chrétiennes, il a fait carrière dans l’enseignement, au secondaire d’abord, puis à l’Université de Montréal, à titre de professeur de botanique. Lauréat des deux premiers concours de contes de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1916 et 1917), il publie en 1919 des Récits laurentiens, puis ses Croquis laurentiens l’année suivante. Fondateur de l’Institut botanique de l’Université de Montréal, il atteint rapidement la renommée, qui dépassera les frontières du Québec et du Canada, ainsi que le confirme l’attribution de nombreux prix et distinctions. Publiée en 1935, sa Flore laurentienne est toujours considérée comme la bible de la botanique au Québec. Fondateur du Jardin botanique de Montréal (1939), il meurt accidentellement en 1944, laissant une œuvre imposante et de grande qualité.
Je connaissais le frère Marie-Victorin pour son rôle dans la création du Jardin botanique de Montréal et, à coups de rappels sympathiques de Réjean Ducharme, pour la publication de la Flore laurentienne.
Je ne soupçonnais pas, en revanche, la souplesse de sa plume ni la richesse de son vocabulaire. L'ecclésiastique écrit avec une sensibilité qui fait plaisir et, où qu'il passe, il communique aisément son émerveillement, s'émeut de mœurs régionales qu'il relève non sans esprit et use un peu du même talent qu'un peintre pour tracer du Québec l'image d'un vaste et magnifique royaume.
À elle seule, la première moitié de son long passage au sujet des Îles de la Madeleine regorge de perles de langage et d'autres délicieuses observations qui justifient la lecture de ce livre aussi charmant qu'il est érudit.
Je l'ai survolé par moments car l'intérêt de ce livre, pour moi, résidait dans ces passages sur les Îles de la Madeleine, le Havre-aux-Maisons, où y étaient cités des membres de ma famille, grand oncles, arrière-grand-père, dans leur vécu, leur histoire, le vocabulaire et le vivre-aux-Îles qui, pour certaines choses, n'a pas tant changé...
Divisé en neuf segments, ces esquisses de la Laurentie sont emplit de poésie, d’espaces sauvages connectés à la nature, mais aussi d’instantanées de civilisations. Le tout raconte assurément une époque quasi révolue où pointe un brin de nostalgie.