Rome, la Ville sainte avec ses innombrables églises ténébreuses et étincelantes comme des grottes illuminées, la Ville solaire avec la vie grouillante de son peuple, l'enchantement de ses jardins, de ses fresques, de ses ruines, tout cela revit dans Madame Gervaisais, le dernier roman écrit par les frères Goncourt avant la mort du plus jeune, Jules, en 1870. Admirable témoignage sur la capitale du Baroque, ce roman est aussi un portrait de femme, dans la lignée des héroïnes douloureuses de la peinture, du roman et du théâtre fin-de-siècle. En organisant la rencontre entre la féminité ecclésiastique de Rome et la féminité parisienne de Mme Gervaisais, les Goncourt ont découvert la formule que Barrès rendra célèbre : Du sang, de la volupté et de la mort.
French writer and literary and art critic Edmond-Louis-Antoine Huot de Goncourt published books and founded the Académie Goncourt. His brother is Jules de Goncourt.
Dans ce dernier roman écrit à quatre mains, Edmond et Jules de Goncourt s'inspirent, encore une fois, de la vie d'un de leurs proches : leur tante Nephtalie de Courmont, Parisienne au tempérament d'intellectuelle et d'artiste, qui mourut à Rome, convertie et repentante. La conversion de la tante Nephtalie est, pour les deux auteurs, un gouffre mystérieux qu'ils tâchent de combler par la fabulation romanesque, de même que la double vie de leur bonne leur avait inspiré "Germinie Lacerteux". Mme Gervaisais est donc une intellectuelle parisienne qui séjourne à Rome pour des raisons de santé, en compagnie de son fils unique Pierre-Charles, un petit garçon adorable mais "en retard". Curieuse seulement de la dolce vita italienne et des trésors culturels de l'antique capitale, elle en vient à ressentir l'appel de la foi catholique et s'abîme dans la dévotion avec ce résultat paradoxal qu'elle renie une par une toutes ses bonnes qualités naturelles : générosité, humilité, miséricorde, accueil et finalement amour maternel, qui pourraient cependant passer pour des vertus chrétiennes. L'explication des Goncourt à la conversion de leur héroïne est malheureusement banale dans sa misogynie : l'esprit fort de Mme Gervaisais, nourri de lectures philosophiques, ne peut rien contre la faiblesse de sa chair féminine. Le mot n'est pas lâché, bien que les frangins en disposassent, mais il n'en est que plus évidemment l'image dans le tapis romanesque : elle se convertit parce qu'elle est hystérique. J'ai l'impression que les Goncourt, dont tant d'oeuvres portent comme titre le nom de leurs protagonistes féminines ("Manette Salomon", "Germinie Lacerteux", "Henriette Maréchal", "La Fille Élisa", etc.), ont consacré une bonne partie de leur vie littéraire à exprimer leur fascination, aussitôt suivie d'une réprobation, envers ces êtres curieux : les femmes. C'est donc le corps de Mme Gervaisais qui la trahit. En résonance intime avec ce propos, les Goncourt déploient toutes les séductions de leur "style artiste", riche en anaphores, en hyperbates, en métonymies, rehaussé pour l'occasion de termes latins et italiens, comme la ville de Rome déploie ses séductions pour entraîner Mme Gervaisais vers la foi. Le roman se découpe en chapitres très nombreux et très courts, souvent centrés sur un morceau descriptif, d'un style véritablement sensualiste. C'est le cas ou jamais d'utiliser ce cliché : la ville de Rome est, explicitement, un personnage à part entière du roman ; et un terrain largement à explorer — les Goncourt ont d'ailleurs voyagé pour préparer leur livre — tant ce que nous appelons aujourd'hui le baroque romain n'était pas alors en France un style défini et classé : "Madame Gervaisais" le décrit dans toute son étrangeté. Sans jamais dénoncer ouvertement le catholicisme, les auteurs utilisent le discours apologétique mais au second degré, ils le subvertissent pour mieux dénoncer l'emprise du clergé catholique sur leur héroïne (jusqu'au sardonique miracle final). Cette subversion est aussi une perversion : ils jouent sur un caractère bien connu du discours mystique pour rendre de nombreuses pages parfaitement équivoques. Parfois, seul un adjectif isolé vient rappeler au lecteur qu'il est en train de lire l'histoire d'une âme et non une scène de sexe épicée entre la pénitente et son confesseur (lieutenant de l'Époux Mystique). L'anticléricalisme tourne à la charge ; mais c'est au bout du compte l'hystérie de l'héroïne qui domine puisque, lorsque ses interlocuteurs ecclésiastiques s'avèrent trop raisonnables, elle en change pour d'autres qui lui permettent de laisser libre cours à ses pulsions autodestructrices. La piété de Mme Gervaisais en effet est le revers de son hystérie et de sa phtisie. Ironiquement, quand son intelligence en vient à être dominée par son organisme, celui-ci, en raison des symptômes de sa maladie, se fait de plus en plus absent et fantomatique, elle devient par anticipation une sorte de cadavre ambulant. Au bout du compte la religion joue son rôle : elle la prépare à la mort… On comprend que Zola ait donné une interprétation naturaliste des Goncourt, et les ait beaucoup admirés. S'il s'est détourné du mot rare pour travailler sur la langue parlée, il leur doit certainement, au moins autant qu'à Flaubert, son goût du "morceau" descriptif, son souci d'écrire en reprenant le discours de ses personnages, ce type de construction qui les voit sombrer dans l'abîme de leurs passions après une félicité illusoire, et même quelques maniérismes. Ce qu'il n'a pas repris, en revanche, c'est cette narration par épiphanies successives qui fait une bonne part de l'admirable modernité du roman, avec ce choix qui demeure fort sympathique, malgré les tourments des auteurs face aux filles d'Eve, d'élire comme protagonistes une femme solitaire et un enfant handicapé.
Ce roman a été un revelation pour moi. J'y ai trouvé une finesse et une intelligence auxquels je n'attendais pas du tout. La reputation des Goncourts est qu'ils étaient des écrivains peu talentueux qui la grande mérite d'avoir participé dans le movement naturalistes mais que leurs oeuvres n'avaient pas suffisament de mérites qu'elles meritaient d'etre lus de notre époque. A cause de la quasi-généralité de cette opinion, je n'avais jamais pensé a lire un de leurs romans afin de faire la lecture recemment d'A rebours ou l'auteur J.K. Huysmans a fait quelques commentaires favorables à l'égard de Madame Gervaisais.
En fait, a part une faute majeuere que je vais decrier plus tard. Madame Gervais est un excellent roman qui mérite pas une relegation aux oubliettes. Il raconte l'histoire d'une belle bourgeoise parisienne qui arrive a Rome avec son fils qui a des problemes de santé et de development intellectuelle. On voit les oeuvres et les batiments de Rome a travers les yeux de Mme. Gervais. On se laisse convaincre que c'est une personne de grande intelligence. On apprend qu'elle a été enleve dans un milieu libre penseur et qu'elle est profondément non-croyant. Son mari que son pere l'avait poussé a marier a cause se sa richesse et sa position dans la societe a presque quarante ans de plus qu'elle et ne l'inspire que le dédain.
Son fils tombe gravement malade. Malgre ses protestations on emmene l'enfant dans une chapelle ou la statue de la Vierge Marie est repute d'effectuer les miracles. La santé revient miraculeusement a l'enfant et Mme M Gervaisais plonge dans une vie religieuse qui dépassent toutes les bornes de la raison. Guide par confesseur maléfique, elle va d'un sal acte a un autre. Elle finit par refuser son amour a son pauvre fils. Elle meure dans antichambre attendant la bénédicition du pape.
C'est une histoire d'horreur que les frères Goncourts réuissent a rendre dans la forme d'un roman psychologique qui restent dans les limites du bon gout. Madame Gervaisais est un tour de force. Il faut avoir que le debat politique et social appartient a une autre époque, mais quand meme c'est de la bonne literature.
La grande faute dans ce roman est que la perspective change au moment au milieu du roman ou Mme Gervaisais commence a descendre dans sa folie qui est tres derangeant pour le lecteur qui cherche une explication pour les gestes absurdes et cruelles commises par une femme qui etait si intelligente au debut. Ca veut pas dire que le lecteur ne trouve pas la transformation credible, mais juste qu'il est frustre parce que les auteurs ne lui donne les moyens de le comprendre.
Il faut ajouter que les frères Goncourt abordent du theme du pretre diabolique qui exerce une domination psychologique nuisible sur une femme mariée avec une subtilité exceptionelle. La femme dominé par le pretre qui la pousse a agir contre la volonté de son mari et les interets de sa famille a été pendant trois cents ans un cliché commun dans la litterature francaise et un mythe populaire tres repandu. Dans un écrivain de moindre talent tel qu'Eugene Sue le traitement Romanesque devient grotesque. Les frères Goncourts sont carrément plus fins. Ils decrivent la situation avec ambiguite. On sait pas si Mme Gervaisais se fat mener par le bout de nez ou si c'est Mme Gervaisais qui court seule envers son enfer et qui se sert du pretre dans son projet qu'elle mene seule.
Voila. Mme Gervaisais est un roman bien écrit qui participe aux débats sociaux de son époque. Ca vaut la peine de le lire, si on veut approndir ses connaissances de la litterature et de la societe francaises de le Deuxieme Empire.
Un roman un peu étrange à la Goncourt, un peu caricatural, à lire un peu en diagonale, mais qui a le mérite de comparer la puissance de la foi au potentiels dangers de la religion.