Littérature française du XXIe siècle discussion

70 views
Les genres littéraires ont-ils encore un sens au 21ème siècle ?

Comments Showing 1-22 of 22 (22 new)    post a comment »
dateDown arrow    newest »

message 1: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
En discutant avec un utilisateur de Goodreads de ce qu'on entend par "littérature de genre" et "littérature générale", on en finit par se demander ce que les genres recouvrent au 21ème siècle.

Et vous, vous en pensez quoi ?


message 2: by Camille (last edited Jun 20, 2018 10:52PM) (new)

Camille Ammoun (camilleammoun) | 90 comments Mod
Il me semble que la "littérature de genre" a tendance à s'effacer dans le monde anglo-saxon mais à se cloisonner dans le monde francophone. Mais je me trompe peut-être...


message 3: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
Je te rejoins là-dessus, Camille, mais je crois que c'est surtout un phénomène éditorial et commercial : ça se confirme surtout dans l'organisation de pas mal de librairies françaises !

Une amie britannique m'a taquiné à ce sujet, en affirmant que les librairies françaises (type Coiffard à Nantes ou Richer à Angers) ne donnent pas envie, avec leurs rangées monochromes de Folio Classiques, et de Garnier Flammarion au dos tout blanc, comparé aux Waterstones et autres librairies anglaises, qui font cohabiter des reliures de toutes les couleurs pour leurs classiques (Penguin, Wordsworth, etc) et alignent des rayonnages de tous les genres plus volontiers.


Et toi, qu'est-ce qui te donne l'impression de ce cloisonnement dans la littérature française ?


message 4: by Michelle (new)

Michelle Pannetier-Alabert | 4 comments Si l’on différencie les genres littéraires de la littérature de genre c’est pour qualifier une littérature qui se vend bien de sous-littérature. On ne peut empêcher le snobisme de l’intelligentsia.


message 5: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
@Michelle : clairement il y a des motifs de prestige et des motifs mercantiles derrière ce cloisonnement.

Au point de vue littéraire, qu'est-ce qui vous conduit à penser que que les genres sont plus diffus dans le monde anglo-saxon qu'en France ?


message 6: by Jean (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments Comme je n'ai pas de jet privé pour aller visiter une librairie anglo-saxonne dans l'immédiat, j'ai comparé les catégories proposées en littérature par Amazon.fr et Amazon.com.

Et... pas de différence significative, voire, au contraire, plus de catégories (pas tout à fait des "genres") dans la version américaine. La catégorie "Genre Fiction" est elle-même sub-divisée en 12 genres ultra-précis, peut-être ce que Michelle appelle la sous-littérature.

Finalement, j'ai l'impression que la tendance au cloisonnement est générale, mais qu'au moins en France nous avons la chance d'avoir encore une littérature qui sait s'affranchir des genres, ou jouer avec ses codes.


message 7: by Michelle (last edited Jun 20, 2018 09:02AM) (new)

Michelle Pannetier-Alabert | 4 comments @Jean, ce n'est pas moi qui appelle "la littérature de genre" une sous- littérature mais les élitistes! Il faut la différencier des genres littéraires qui sont des catégories très utiles pour la recherche de livres.


message 8: by P.E. (last edited Jun 20, 2018 03:09PM) (new)

P.E. | 160 comments Mod
@Jean : Des exemples en tête de livres français qui se jouent des codes et des genres ?

@Michelle : Les genres littéraires sont des catégories très utiles pour la recherche de livres, c'est acquis ! Maintenant, quelles sont les vertus des genres dans la qualité proprement littéraire d'un texte qui en fait usage au 21ème siècle ? D'où vient que de plus en plus d'œuvres mêlent les genres ? Dans ce cas, quel sens ont les genres en dehors de purs motifs de référencement ou de mise en valeur commerciale ?


message 9: by Camille (new)

Camille Ammoun (camilleammoun) | 90 comments Mod
Après réflexion, il me semble que les genres littéraires existent bien des deux côtés de l’Atlantique (et des deux côtés de la Manche).

Mais peut-être que le non-genre ‘Littérature Blanche’ critiqué pour son élitisme intellectuel germanopratin n’existe pas dans le monde anglosaxon ?

La Littérature Blanche a-t-elle un équivalent ailleurs qu’en France ?


message 10: by Michelle (new)

Michelle Pannetier-Alabert | 4 comments @P.E. Voici un article sur le genre "Young adult" ou nouvelle littérature pour les adolescents.
https://www.actualitte.com/article/mo...


message 11: by Jean (last edited Jun 21, 2018 09:18AM) (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments P.E. wrote: "@Jean : Des exemples en tête de livres français qui se jouent des codes et des genres ?

Quelques exemples qui me viennent à l'esprit (sans hiérarchie, sans prétention à l’exhaustivité) :

- La septième fonction du langage, de Laurent Binet, qui fait une satire d'un monde justement très germanopratin en utilisant les codes du genre policier
- 2084. La fin du monde, de Boualem Sansal, auteur francophone, roman inclassable qui utilise les codes du genre science-fiction
- Bad Girl : Classes de littérature, de Nancy Huston, auteure francophone, qui mêle fiction et autobiographie, là où les anglo-saxons font une nette distinction FICTION / NON FICTION
- Les Événements, de Jean Rolin, qui nous embarque dans une épopée post-apocalyptique en utilisant un registre de langage de mauvais journalisme
- Souviens-toi de ton avenir, de la (très) regrettée Anne Dufourmantelle, qui mêle récit historique et quête philosophique, avec un sous-jacent psychanalytique
- et il y aurait certainement mille autres livres à citer...

Je crois justement que comme les genres ou la littérature de genre a pris beaucoup de place, est devenue très cloisonnée, les bons auteurs sont parfois celles et ceux qui savent jouer avec ces codes, les découper, les recomposer.


message 12: by Jean (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments Camille wrote: "[...] Mais peut-être que le non-genre ‘Littérature Blanche’ critiqué pour son élitisme intellectuel germanopratin n’existe pas dans le monde anglosaxon ?

La Littérature Blanche a-t-elle un équivalent ailleurs qu’en France ?"


Oui, je crois bien. Les grands écrivains américains, parmi lesquels quelques new-yorkais comme Philip Roth ou Paul Auster, sont l'équivalent de notre "Littérature Blanche".

Et quand on regarde les lauréat(e)s du Prix Nobel de Littérature, LA distinction "100 % Littérature Blanche" (allez, 99% si on met à part le coup d'éclat Bob Dylan), on voit que ces grands auteurs ultra-classiques viennent d'un peu partout dans le monde.

Et si finalement ce n'était pas un petit défaut de nous autres français de croire que nous sommes les derniers et seuls sur Terre à pratiquer la "Grande Littérature", alors que non non non, pas du tout...


message 13: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
Bonjour Camille, c'est une question passionnante que tu soulèves et je crois que ça en appelle beaucoup à notre conception de l'écriture blanche !

Pour autant, je me demande si ce genre n'a pas quelques pratiquants dans le monde nord-américain : mes candidats seraient
Jack Kerouac (Sur la Route), Charles Bukowski (Women), Ernest Hemingway (The Sun Also Rises), Truman Capote (Breakfast at Tiffany's), J.D. Salinger (L'Attrape-cœurs), et à différents degrés, Fredric Brown pour certaines de ses nouvelles ; Chuck Palahniuk (Fight Club), Bret Easton Ellis (American Psycho)...


message 14: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
@Paul : Paul Auster, bien vu ! Que ce soit dans l'intrigue ou le style, Moon Palace tend au minimalisme !

Les Événements, de Jean Rolin, qui nous embarque dans une épopée post-apocalyptique en utilisant un registre de langage de mauvais journalisme...
Dit comme ça, ce n'est pas très vendeur ^^

- Bad Girl : Classes de littérature, de Nancy Huston, auteure francophone, qui mêle fiction et autobiographie, là où les anglo-saxons font une nette distinction FICTION / NON FICTION

Ça, c'est une observation qui apporte de l'eau au moulin !
D'après vous, est-ce qu'il existe des productions d'autofiction, dans le sens d'un récit qui mêle sciemment fiction et autobiographie, dans le monde anglo-saxon ? :)


message 15: by Camille (new)

Camille Ammoun (camilleammoun) | 90 comments Mod
Jean wrote: "Camille wrote: "[...] Mais peut-être que le non-genre ‘Littérature Blanche’ critiqué pour son élitisme intellectuel germanopratin n’existe pas dans le monde anglosaxon ?

La Littérature Blanche a-..."


C’est vrai que des écrivains comme Philip Roth ou Paul Auster seraient en France classés sous "Littérature Blanche". Mais aux Etats-Unis, sont-ils classés dans un genre particulier ? Ou comme dans on le voit dans les grandes librairies sous "literature" tout simplement ?


message 16: by Camille (last edited Jun 21, 2018 11:40PM) (new)

Camille Ammoun (camilleammoun) | 90 comments Mod
P.E. wrote: "@Paul : Paul Auster, bien vu ! Que ce soit dans l'intrigue ou le style, Moon Palace tend au minimalisme !

Les Événements, de Jean Rolin, qui nous embarque dans une épopée post-apocalyptique en uti..."


En effet, c'est une question que je posais dans une autre conversation. On a l’impression qu’avec l’autofiction, le récit et le roman du réel, la littérature française est en quelque sortes sortie de la fiction… si même le Goncourt 2017 "L'Ordre du jour" d’Eric Vuillard est un récit historique, pas tout à fait un roman.

Je lis actuellement "Les guerres perdues de Youri Beliaev" de Pierre Sautreuil Lauréat du prix du Livre du Réel, récit quasi journalistique sur la guerre en Ukraine.

Mais aussi, les autofictions se multiplient en librairie : La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon, Les Rêveurs d’Isabelle Carré…

Alors, la littérature française serait-elle sortie de la fiction ? Si oui, mode ou tendance ?


message 17: by P.E. (last edited Jun 22, 2018 12:24AM) (new)

P.E. | 160 comments Mod
@Camille : Kundera soutient dans L'Art du Roman qu'à notre époque de la faction et de la spécialisation, le roman reste la seule forme d'art à même d'en faire la somme et de présenter au lecteur un point de vue global sur le contemporain.

Peut-être ce succès du biographique et du journalistique inséré dans un prétexte narratif vient de ce même constat ?


message 18: by Jean (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments P.E. wrote: "(...)D'après vous, est-ce qu'il existe des productions d'autofiction, dans le sens d'un récit qui mêle sciemment fiction et autobiographie, dans le monde anglo-saxon ? :)"

Paul Auster, justement, est fameux pour mêler fiction et éléments autobiographiques. Ce n'est jamais de l'autofiction à la française (j'ai couché avec machin, j'en fais un livre et je passerai à la télé et ça fera le buzz). Il utilise parfois son propre nom "Paul Auster" comme personnage (de mémoire dans La Trilogie New-Yorkaise).


message 19: by Jean (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments Camille wrote: "(...)On a l’impression qu’avec l’autofiction, le récit et le roman du réel, la littérature française est en quelque sortes sortie de la fiction… (...)"

Quelqu'un comme Laurent Gaudé (La porte des Enfers, Mozambique, La mort du Roi Tsongor, Eldorado...) est un auteur contemporain qui se tient soigneusement à l'écart de cette "égocriture". Ses romans sont de vraies fictions qui nous emmènent dans un univers chaque fois différent, loin du "réel". Il n'est probablement pas le seul à résister !


message 20: by Jean (new)

Jean (jean_mulatu) | 9 comments P.E. wrote: "@Camille : Kundera soutient dans L'Art du Roman qu'à notre époque de la faction et de la spécialisation, le roman reste la seule forme d'art à même d'en faire la somme et de présenter au lecteur un..."

Si je me souviens bien, Kundera défend aussi farouchement l'idée que l'oeuvre de fiction ne doit pas dévoiler sa généalogie, ses fragments autobiographiques. La vie de l'auteur ne concerne que lui. Il veut, par exemple, que soient détruits tous ses manuscrits, carnets, notes, lettres, et que ne subsistent que ses oeuvres voulues et écrites comme telles.

Il est en cela en assez net décalage avec notre époque, où il est devenu ordinaire de publier toute son intimité.

Dans le meilleur des cas, on redécouvre une oeuvre à la lumière de la vie de son auteur. Dans le pire des cas, c'est cette intimité mise en scène qui tient lieu d'oeuvre, et je ne suis pas sûr que cette littérature-là résistera bien longtemps.


message 21: by P.E. (new)

P.E. | 160 comments Mod
@Jean : C'est juste ! Il y a là une pudeur et un refus du tout-médiatique rares aujourd'hui. Dans le même temps, il a les mots les plus durs contre "les termites de la réduction". Ça ne serait pas surprenant de compter parmi eux les adeptes de ce que tu appelles l'égocriture.


message 22: by Camille (last edited Jun 22, 2018 11:11PM) (new)

Camille Ammoun (camilleammoun) | 90 comments Mod
@Jean et P.E. "L'art du roman" et les "Testaments trahis" sont en effet deux excellents essais qui définissent le roman (et plus particulièrement le roman européen) du XXe siècle. Il me semble que le XXIe introduit une nouvelle formule romanesque qu’il serait intéressant d’étudier de manière comparative à la lumière de ces deux essais.

Mais on s’éloigne de la discussion sur les genres littéraires et cette conversation pourrait se poursuivre dans la conversation Qu'est ce qui caractérise le roman du XXIe siècle ?


back to top