Ghoule's Reviews > Agonies

Agonies by Ariane Gélinas
Rate this book
Clear rating

by
3632282
's review

really liked it

Je me suis tourné vers Agonies un peu en désespoir de cause, fatigué de lire des bouquins qui ont remporté des prix, s'étendent sur 600 pages, me font soulever des points d'interrogation à tous les deux paragraphes et ne peuvent se lire qu'à coup de 10 pages à la fois.

Parallèle intéressant, ma littérature préférée ces derniers temps, c'est ce défunt magazine traitant de bandes dessinées américaines, "Wizard : the Guide to Comics". J'en profite même à l'occasion pour me ramasser quelques bandes dessinées chez le seul fournisseur de la ville, que je dévore tout d'un trait. Taraudé par un emploi du temps déchaïné et des préoccupations professionnelles aussi délirantes que chaotiques, j'y cherche un refuge, où tout est simple, où le bien est un p'tit gars en boule qui veut sauter à la gorge d'un mal plus grand que nature (Wolverine?).

Bien que baignant dans cette logique, je n'avais pas tout à fait réalisé qu'Agonies appartenait à ce monde de la BD. En effet, à chaque fois que j'ai entamé le recueil, c'était difficile pour moi de le reposer. À tous les coups, malgré la fatigue mentale et physique, j'ai avalé chacun des trois récits en deux bouchées.

Après coup, il m'est plus évident de pouvoir tisser des liens entre Agonies et la production bédéesque des EC Comics, tel Tales from the Crypt, amalgamé à la folie adulte de revues graphiques à la Heavy Metal Magazine.

Dans un sens, les récits sont aussi classiques que rassurants. Bien sûr, chaque auteur a son approche particulière :

Pierre-Luc Lafrance (BAPTÊME DE SANG) me donne l'impression d'écouter un film fantastique / policier américain, mais avec tellement de noms et des références québécoises qu'on croit que ça pourrait bien se passer ici. On sait exactement ce qui va se passer et on veut aller jusqu'au bout, tellement que les pages nous glissent entre les doigts.

Ariane Gélinas (AMARANTE) poursuit son étude de la violence sexuelle et du sublime, dans un contexte qui fait du sens, mais auquel on aurait pas nécessairement pensé à prime abord. Même si les pratiques exposées sur l'Amarante me repoussent, la fascination et l'atmosphère du récit m'ont entraîné jusqu'au bout de l'expérience. Chez Ariane, comme sur l'Àmarante, le voyage est plus important que l'arrivée. Point bonus : j'adore ses références à la mythologie classique.

Jonathan Reynolds (SAM)... *TABARNAK*! Je suis déchiré entre le miel et l'amertume. Les personnages des récits de Jonathan Reynolds sont parmi les rares auxquels je m'attache vraiment. On a l'impression qu'ils existent, qu'ils mènent une vie troublée, mais que le bonheur est à leur portée. On sent qu'on pourrait les croiser au coin d'une rue, ou dans une fête, et que ce serait vraiment gênant, vu qu'on en sait pas mal sur leurs vies. C'est souvent triste de les voir mourir ou échouer, lorsque ça arrive. Mais là... on peut dire que SAM a été écrit pour faire grincer des dents, ou "gricher" comme Jonathan aime à le dire.

Comme suite de "La Nuit du Tueur", "SAM" lui est supérieur en bien des points, malaise inclus. J'ai de la difficulté à me situer sur l'échelle d'appréciation : d'un côté, l'horreur est portée à son extrême et l'effet est certain, de l'autre, j'ai le goût de fuir en hurlant. Est-ce que ça veut dire que j'ai aimé? Je l'ignore, mais ça veut au moins dire que c'est vraiment efficace. J'ai rarement lu de l'horreur graphique aussi dérangeante, et même Graham Masterton ne m'a pas fait cet effet. Bref, en matière d'autodestruction, le récit de SAM (et de Samantha) s'enfonce jusque dans les Abysses les plus insoutenables.

***

Il est certain qu'aucun des trois auteurs ne réinvente ici la roue, dans AGONIES. Heureusement, dans un sens, puisque lire de la littérature expérimentale ou complexe à tout coup peut être vraiment épuisant.

Ceci dit, je lance un défi à La Maison des Viscères et à ses auteurs : publier des récits où l'horreur s'avère être une étape au sein de l'existence humaine. La 2e Guerre Mondiale, par exemple, a scarifiée l'esprit de bien des gens. Ceux-ci ont continué à vivre normalement plutôt que de mourir, de se transformer en monstres ou d'être internés dans un asile.

Je pense en effet que l'horreur, si elle est souvent liée à la mort ou à la destruction de la psyché, peut aussi mener à une renaissance des protagonistes. Je songe ici aux films d'horreur où le personnage féminin principal survit à l'horreur et doit réintégrer le monde pour continuer à vivre. Bref, je suis convaincu qu'il est possible de publier des récits qui finissent autrement qu'en queue de poisson mort (et pas frais). ;-)

Mais sinon, la formule du trio d'auteurs est bonne : je viens de trouver la version québécoise / XXIe siècle des EC Comics en La Maison des Viscères, et je compte bien m'y approvisionner jusqu'à temps que les trippes de la maison d'édition éclatent.
4 likes · flag

Sign into Goodreads to see if any of your friends have read Agonies.
Sign In »

Reading Progress

Finished Reading
December 10, 2011 – Shelved

Comments Showing 1-1 of 1 (1 new)

dateDown arrow    newest »

Frederic Raymond Merci Guillaume pour cette superbe critique! Ça nous indique que nous avons atteint notre objectif avec Agonies!


back to top