Nino Frewat's Reviews > Terreur

Terreur by Yann Moix
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1868028
's review
Nov 05, 2017

it was amazing
bookshelves: non-fiction

Ce livre m'a fasciné. Je ne pouvais penser qu'un écrivain pouvait tellement écrire sur le terrorisme n'étant pas -de surcroît- un expert du sujet.
Yann Moix est d'une intelligence rare; je l'ai découvert sur On N'est Pas Couché. Les invités, quand ils ne parvenaient pas à répondre (ou même des fois à comprendre) ses questions, lui disaient, tu es trop intelligent pour nous. Je pensais qu'il était plus cultivé ou érudit que les autres, ou qu'il a bien fait son devoir avant l'émission.
En fait non, il est d'une intelligence rare.
Ce livre n'apportera pas des explications sur le terrorisme ou sur les terroristes eux-mêmes; d'ailleurs, YM refuse toute intelligence relative au terrorisme et tout au long du livre, ôte ce isme et ne parle que de terreur ou de terroriste, comme quand il écrit:
"Le terroriste veut réussir sa mort pour n'avoir plus jamais à ne pas réussir sa vie."

Le livre est plein de ce genre d'énoncés et qui seront, par la plupart d'eux, développés dans le livre. Yann Moix a le génie de résumer en quelques mots des pages entières d'analyses d'exerts ou même des livres entiers, et je pense à un livre précisément, c'est Un Silence Religieux, de Jean Birnbaum.
Bien que je l'ai apprécié -en gros, le silence religieux est celui de la gauche qui, structurellement, n'avait pas pu comprendre l'emprise de la religion, la religion musulmane, sur la conscience des fidèles, et qui avait espéré, contre toute évidence, la métamorphose des citoyens musulmans en citoyens socialistes, ou qu'il étaient- (d'ailleurs, je l'ai acheté suite à une référence que YM avait fait à ce livre) et que je l'ai trouvé bien recherché, je cite ici la pensée de Yann Moix qui l'a bien emballé:
Le terrorisme des anarchistes n'a pas "fonctionné"; il fut, malgré les morts qu'il occasionna, un pétard mouillé. C'est que le communisme, le socialisme, ne peuvent représenter, ne peuvent incarner l'identité des jeunes en "perdition". Ce qui est explosif, dans le terrorisme islamiste, c'est cette rencontre du malaise de la violence consubstantiels à la jeunesse, de la causation identitaire et de la "religion". Le socialisme ne ressemble à personne, ne surgit de personne: il faut y adhérer, il faut aller le chercher. L'islam est donné dès le départ, il n'est pas un point d'arrivée: c'est lui qui, d'abord, adhère à moi.

Cette pensée se trouve dans la partie du livre qui fait le plus de référence au passé, à l'histoire. Refusant toujours de dresser une comparaison entre le terrorisme et les autres formes de désobéissances sociales, Yann Moix évoque les anarchistes du 19ème siècle et les punks des années 1970s, mais qui, eux, partaient d'une idée quelconque, d'une conception de la société et étaient conscients de leurs actes, ou du moins, espéraient que leurs actes aboutiraient sur quelque chose.
Cela dit, ce livre étant le produit d'une pensée d'un homme (d'un être humain) frôle le morbide.

Maintes fois je l'ai laissé tomber; les pensées de Yann Moix sont sculptées par un magnifique jeu de mots, et on veut lire davantage. Mais arrive un certain moment où l'on a le sentiment d'avoir tout compris du monde des terroristes et -par extension - du terrorisme même, qu'on se sente nous mêmes terrorisés à notre incapacité et impuissance de ne rien prévoir, de ne rien empêché alors qu'on souhaiterait être capable de prévenir, de cerner en quelque sorte, un quelconque futur attentat.
C'est un livre tellement lucide qu'il y a des moments ou on n'en peut plus, ou nous voulions plus lire, tellement il reflète notre stérilité face au terrorisme.

Ce livre est paru en Janvier 2017 alors que les attentats et le climat de deuil sont encore bien présents dans la conscience des Français. J'ai trouvé quelques unes des réflexions de Yann Moix dérangeantes, voir même choquantes. Moi-même, Libanais, témoin d'une série d'attentats terroristes au fil des années, et même avec le recul que j'ai par rapport au terrorisme en France, je me demandais s'il fallait mieux éviter quelques réflexions qui, par example sur Je suis Charlie ou encore sur le rassemblement / manifestation du 11 Janvier 2015:
Ambiguïté de l'expression "Je suis Charlie". Charlie est un journal, donc Charlie n'existe pas; et Charlie n'existe pas non plus comme personnage de fiction - il n'est pas un personnage du journal *Charlie*. Par conséquent, Charlie n'existe doublement pas.

[...] Charlie surtout est un raté total. Comme nus le rappelle Wikipédia, il ne parvient ni à faire décoller son cerf-volant, ni à jouer au base-ball. Il n'essuie en outre auprès des filles que des échecs. "Je suis Charlie", si Charlie est véritablement Charlie Brown, est lourd de conséquences: car celui qui rate sa vie, celui qui ne rencontre aucun succès auprès de la gent féminine, celui qui ne s'adapte pas: tel est justement le profil psychologique commun à tous les terroristes.

Contre quoi, in fine, a-t-on manifesté? Contre des faits! Contre un réalité! Les mots ne servent plus à dire la réalité, mais à la dénoncer. Les mots n'ont pas le droit de dire les choses: alors ils les crient, une fois que les choses qu'ils n'avaient pas pu dire on enfanté le pire. On formule.


En cadeau (du moins je l'ai perçu comme ça), Yann Moix nous donne son article de Libération paru le 12 Septembre 2001, suite aux attentats terroristes à New York. Je l'ai trouvé, rétrospectivement, encore plus perspicace sur la situation du monde post-9/11. En analysant l'hyperguerre, cette nouvelle situation de guerre permanente à laquelle les états est, désormais, livré, il écrit
Ces États, comme le virus du sida, évoluent, s'adaptent, mutent, s'inventent et se réinventent chaque jour. Ils se réduisent parfois à un seul individu qui, déguisé en bombe humaine, est à lui seul une idéologie, une armée, un danger. Après les hommes d'État, voici les Hommes-États. l'État politique se confond avec l'état biologique.


C'est un excellent livre, je dirai même que c'est mon livre-découverte de l'année 2017. J'ai eu beaucoup de plaisir en écrivant ce review et je le conseille à tous ceux qui sont passionnés, avant tout, par la langue française, même si le sujet même du terrorisme ne les intéresse pas.
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Reading Progress

October 29, 2017 – Started Reading
October 29, 2017 – Shelved
October 29, 2017 – Shelved as: non-fiction
November 5, 2017 – Finished Reading

Comments (showing 1-2 of 2) (2 new)

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message 1: by Rayane (new)

Rayane You should go back to reviewing books on your blog :)


Nino Frewat Thank you. Nchallah :-)


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