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Lettres a Malesherbes
« L’enfer du méchant est d’être réduit à vivre seul avec lui-même, mais c’est le paradis de l’homme de bien, et il n’y a pas pour lui de spectacle plus agréable que celui de sa propre conscience. » C’est dans cet état d’esprit, mais aussi pour justifier son choix de la « retraite » – si singulier pour les hommes des Lumières –, que Rousseau, en janvier 1762, rédige ces quatre lettres à Malesherbes. Premier texte autobiographique du citoyen ermite, « sommaire » des Confessions , ces lettres sont rarement éditées pour elles-mêmes : elles concentrent pourtant les grands thèmes de la pensée de Rousseau et constituent un excellent moyen d’aborder son oeuvre. Sainte-Beuve considérait qu’il n’avait « rien écrit de plus beau ».
Paperback
First published January 1, 2010
About the author
Jean-Jacques Rousseau
4,883 books3,087 followersGenevan philosopher and writer Jean Jacques Rousseau held that society usually corrupts the essentially good individual; his works include
The Social Contract
and
Émile
(both 1762).
This important figure in the history contributed to political and moral psychology and influenced later thinkers. Own firmly negative view saw the post-hoc rationalizers of self-interest, apologists for various forms of tyranny, as playing a role in the modern alienation from natural impulse of humanity to compassion. The concern to find a way of preserving human freedom in a world of increasingly dependence for the satisfaction of their needs dominates work. This concerns a material dimension and a more important psychological dimensions. Rousseau a fact that in the modern world, humans come to derive their very sense of self from the opinions as corrosive of freedom and destructive of authenticity. In maturity, he principally explores the first political route, aimed at constructing institutions that allow for the co-existence of equal sovereign citizens in a community; the second route to achieving and protecting freedom, a project for child development and education, fosters autonomy and avoids the development of the most destructive forms of self-interest. Rousseau thinks or the possible co-existence of humans in relations of equality and freedom despite his consistent and overwhelming pessimism that humanity will escape from a dystopia of alienation, oppression, and unfreedom. In addition to contributions, Rousseau acted as a composer, a music theorist, the pioneer of modern autobiography, a novelist, and a botanist. Appreciation of the wonders of nature and his stress on the importance of emotion made Rousseau an influence on and anticipator of the romantic movement. To a very large extent, the interests and concerns that mark his work also inform these other activities, and contributions of Rousseau in ostensibly other fields often serve to illuminate his commitments and arguments.
This important figure in the history contributed to political and moral psychology and influenced later thinkers. Own firmly negative view saw the post-hoc rationalizers of self-interest, apologists for various forms of tyranny, as playing a role in the modern alienation from natural impulse of humanity to compassion. The concern to find a way of preserving human freedom in a world of increasingly dependence for the satisfaction of their needs dominates work. This concerns a material dimension and a more important psychological dimensions. Rousseau a fact that in the modern world, humans come to derive their very sense of self from the opinions as corrosive of freedom and destructive of authenticity. In maturity, he principally explores the first political route, aimed at constructing institutions that allow for the co-existence of equal sovereign citizens in a community; the second route to achieving and protecting freedom, a project for child development and education, fosters autonomy and avoids the development of the most destructive forms of self-interest. Rousseau thinks or the possible co-existence of humans in relations of equality and freedom despite his consistent and overwhelming pessimism that humanity will escape from a dystopia of alienation, oppression, and unfreedom. In addition to contributions, Rousseau acted as a composer, a music theorist, the pioneer of modern autobiography, a novelist, and a botanist. Appreciation of the wonders of nature and his stress on the importance of emotion made Rousseau an influence on and anticipator of the romantic movement. To a very large extent, the interests and concerns that mark his work also inform these other activities, and contributions of Rousseau in ostensibly other fields often serve to illuminate his commitments and arguments.
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May 19, 2018« J’estime moi, les paysans de Montmorenci des membres plus utiles de la société, que tous ces tas de désœuvrés payés de la graisse du peuple, pour aller six fois la semaine bavarder dans une Académie ; & je suis plus content de pouvoir dans l’occasion, faire quelque plaisir à mes pauvres voisins, que d’aider à parvenir à ces foules de petits intrigans, dont Paris est plein, qui tous aspirent à l’honneur d’être des fripons en place, & que pour le bien public, ainsi que pour le leur, on devroit tous renvoyer labourer la terre dans leurs provinces (...) Je hais les Grands, je hais leur état, leur dureté, leurs préjuges, leur petitesse & tous leurs vices, & je les haïrois bien davantage si je les méprisois moins. »
July 22, 2014
En 1762 Rousseau met la dernière main à "L'Emile". Les "Discours" et le "Contrat social" sont derrière lui, la "Nouvelle Héloïse" aussi : son oeuvre philosophique (et romanesque) est pratiquement achevée. Il a des coliques néphrétiques et (c'est Rousseau) se croit condamné à brève échéance. Son éditeur tarde à lui renvoyer des épreuves et (c'est Rousseau) il croit que les Jésuites complotent pour caviarder son livre et ne le publier qu'après sa mort. C'est dans ces circonstances qu'il écrit ces quatre brèves lettres à Malesherbes, pour justifier son mode de vie et son oeuvre. Autant dire que pour faire un mince volume de poche, il a fallu rajouter bon poids de documents utiles et de commentaires honnêtes.
Ces quatre lettres sont un document très intéressant sur une période qui pour moi restait mystérieuse : celle qui voit basculer un grand philosophe vers une écriture presque exclusivement autobiographique, et pour moi beaucoup moins stimulante quand elle n'est pas franchement embarrassante (je pense aux "Dialogues"). Elles proposent une articulation là où je voyais une rupture : Rousseau justifie son mode de vie (avec une bonne foi variable, sa compagne et mère de ses enfants étant qualifiée de "gouvernante") et tâche de montrer qu'il est parfaitement cohérent avec une philosophie qu'il présente comme le fruit de son caractère. Rousseau se retire de la société, de manière non radicale, soucieux d'atteindre à la plus grande hauteur morale possible hors de l'état de nature, qu'il ne prétend bien sûr pas retrouver. Il s'oppose ainsi nettement à la valeur de sociabilité qui est au coeur de l'éthique majoritaire de son époque. On voit ainsi que son oeuvre s'efforce de combler le manque d'une autre grande philosophie du quant-à-soi (l'épicurisme) : l'absence d'une réelle pensée politique.
On voit aussi que Rousseau, malgré la vivacité de son argumentation, est mal à l'aise avec le geste même d'écrire, ou plutôt de publier ; il est persuadé que son oeuvre est désormais derrière lui, pas seulement pour des raisons de longévité (et il est vrai que ses écrits autobiographiques seront conçus, au moins dans leur geste essentiel, comme d'usage privé, pas du moins pour une publication générale et aveugle). Rousseau hait le fait d'être écrivain, et cela révèle le malaise persistant de son existence, assise entre deux chaises, alors même qu'il affiche de façon un peu étouffante la plus grande estime de soi, et pour reprendre ses propres catégories, qu'il est sur le point de céder la plume à Jean-Jacques.
Ces quatre lettres sont un document très intéressant sur une période qui pour moi restait mystérieuse : celle qui voit basculer un grand philosophe vers une écriture presque exclusivement autobiographique, et pour moi beaucoup moins stimulante quand elle n'est pas franchement embarrassante (je pense aux "Dialogues"). Elles proposent une articulation là où je voyais une rupture : Rousseau justifie son mode de vie (avec une bonne foi variable, sa compagne et mère de ses enfants étant qualifiée de "gouvernante") et tâche de montrer qu'il est parfaitement cohérent avec une philosophie qu'il présente comme le fruit de son caractère. Rousseau se retire de la société, de manière non radicale, soucieux d'atteindre à la plus grande hauteur morale possible hors de l'état de nature, qu'il ne prétend bien sûr pas retrouver. Il s'oppose ainsi nettement à la valeur de sociabilité qui est au coeur de l'éthique majoritaire de son époque. On voit ainsi que son oeuvre s'efforce de combler le manque d'une autre grande philosophie du quant-à-soi (l'épicurisme) : l'absence d'une réelle pensée politique.
On voit aussi que Rousseau, malgré la vivacité de son argumentation, est mal à l'aise avec le geste même d'écrire, ou plutôt de publier ; il est persuadé que son oeuvre est désormais derrière lui, pas seulement pour des raisons de longévité (et il est vrai que ses écrits autobiographiques seront conçus, au moins dans leur geste essentiel, comme d'usage privé, pas du moins pour une publication générale et aveugle). Rousseau hait le fait d'être écrivain, et cela révèle le malaise persistant de son existence, assise entre deux chaises, alors même qu'il affiche de façon un peu étouffante la plus grande estime de soi, et pour reprendre ses propres catégories, qu'il est sur le point de céder la plume à Jean-Jacques.
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