Le Canada, de par sa structure même, condamne le peuple québécois à rester une minorité. Réclamer des changements constitutionnels, revendiquer une plus grande place au sein de la Confédération est un leurre. Le Québec peut, et doit, devenir un pays. Voilà la thèse que Marcel Chaput soutenait dès 1961 dans Pourquoi je suis séparatiste. Très applaudi et très critiqué au moment de sa parution, ce livre expose en termes simples et directs une argumentation qui, aujourd'hui, conserve toute sa force. À ce texte fondamental du mouvement indépendantiste s'ajoutent quatre autres écrits du même auteur ainsi qu'une mise en contexte. « Non, l’indépendance n’est pas la fin des problèmes ; elle en est plutôt le commencement. Elle n’est pas non plus une solution de facilité. Il serait tellement plus simple de se laisser végéter dans une doucereuse confédération qui nous étouffe si gentiment. »
Ouvrage d’une autre époque, certes, mais dont plusieurs passages conservent encore aujourd'hui une remarquable pertinence — les réflexions de Chaput n’ont rien perdu de leur portée. La lecture de cet essai politique incontournable de notre bibliographie nationale demeure essentielle pour qui veut comprendre les racines du projet d’indépendance du Québec et envisager les voies qui pourraient y mener.
On mesure pleinement l’impact qu’a pu avoir en son temps « Pourquoi je suis séparatiste », tant il s’impose comme un texte précurseur : il pose les jalons d’un souverainisme affirmé et décomplexé. Chaput y expose une pensée claire, rigoureuse et accessible, offrant presque un guide pratique aux souverainistes qui souhaitent promouvoir et défendre leur mouvement, rallier les indécis et éveiller les consciences.
Une réserve peut toutefois être formulée : l’auteur n’insiste pas suffisamment sur ce qui constitue le fondement le plus déterminant de l’indépendance. Au-delà des arguments liés à notre statut de minorité au sein du Canada, ainsi que des considérations économiques et sociales d'un tel projet, l’essentiel tient plutôt à notre identité propre, c'est-à-dire celle d’un peuple distinct de culture française et de tradition catholique, solidement enraciné en Amérique du Nord depuis plus de quatre siècles. L’idée au coeur de l’indépendance du Québec est de doter les Canadiens français d'un État bien à eux, tout simplement. C’est là l’unique raison devant inspirer la démarche indépendantiste, puisque, comme le répète Chaput, toute nation est appelée à disposer d’elle-même.