DUBITATISME CYNIQUE
Ne faisons pas de Cyrano de Bergerac ce qu’il n’est pas, à savoir un prophète de la vérité physique contre tous les dogmes. Il est d’abord et avant tout un amuseur philosophique et un bateleur scholastique. Si on le prend comme guide, s’aller promener dans la lune ou le soleil n’est qu’une aventure mentale car après tout c’est très facile d’être dans la lune et de jouer plein soleil.
Mais cela dit ses voyages astraux – ou est-ce astrologiques – auront bien des continuateurs et des descendants, même si certains sauront donner au voyage un peu plus de piquant aventurier (comme Samuel Buitler, Jules Verne ou Lao She), car ici le dépaysement est simplement un truc facile pour faire dire à un humanoïdes qui marche à quatre patte toutes les insanités possibles du point de vue de l’église, de la couronne ou de la robe judiciaire et d’ensuite en un tour-de-main de renvoyer le quatre-pattiste à son ignorance d’humanoïde qui n’est pas un homme même s’il considère que les vrais hommes dépaysés dans cet empire ne sont que des singes à deux pattes, ou bien des oiseaux toujours à deux pattes et à mettre en cage. Et même à noyer définitivement quand ils se mettent à penser qu’ils ont de la raison et qu’ils déblatèrent on ne sait quoi après avoir appris à parler les langues locales.
D'abord Cyrano fait sa fête au Paradis Terrestre et se paie la tête de ce pauvre serpent qui prit possession du corps d’Adam et dont la tête et le col lui dépassent entre les cuisses. C’est facile, facétieux mais à peine signifiant : simplement un humour amusant at amusé. Puis quand il est exclu de ce paradis terrestre, notre narrateur, et se retrouve sur la lune tout devient une suite chaotique d’assertions extrêmes et de dénonciations prudes et prudentes comme si le démenti supprimait la déclaration initiale. Et Cyrano en a pour tout le monde. Nous n’allons donner que quelques exemples.
L’érotisme mâle et surtout adolescent est à chaque détour de page. « Un jeune adolescent, dont la majestueuse beauté me força presque à l’adoration. » Ou bien ce brave Énoch le Juste vu comme « un homme qui abattait du gland » et une note nous explique que c’est là une gentille façon de parler de l’onanisme masculin. Et que dire de celle-ci : « comme ce serpent essaie toujours à s’échapper du corps de l’homme, on lui voit la tête et le col au bas de nos ventres. » Ce qui revient à dire que quand l’homme abat du gland, en fait il ne fait que jouer avec la vipère de son bas-ventre. Et une autre vision pubère : « J’aperçus devant moi un bel adolescent. » Il y a chez ce Cyrano un pédophile qui ne se cache même pas. Et vous apprendrez que dans ce Paradis Terrestre il y a « onze mille vierges » dont personne ne fait rien bien sûr, respectant leur virginité comme sacrée et divine, car c’est une allusion aux onze vierges de Cologne qui furent martyrisées avant 350 de notre ère, sur la fin de l’Empire Romain sombrant dans la barbarie, bien sûr sexiste. Il est vrai qu’elles ont été démultipliées, Mais cela vaut bien les soixante-douze vierges des martyres musulmans de la Jihad dans leur paradis.
Parlant de sexisme, le texte est brutalement hilarant : « Hors les coupables convaincus, tout homme a pouvoir sur toute femme, et une femme tout de même pourrait appeler un homme en justice qui l’aurait refusée. » Malheur à l’homme qui ne saute pas sur toutes les femmes qui se présentent et ici l’hashtag METOO est le cri de détresse des femmes qui ne sont pas « harcelées » sexuellement. Mais en ce qui concerne le « JE » qui parle comme s’il était l’auteur il ne semble frémir un peu qu’à la vue d’un bel adolescent ou à l’arrivée du « grand homme noir tout velu » qui vient s’emparer du jeune humanoïde quatre-pattiste qui blasphémait l’instant d’avant pour l’emporter par la cheminée, et le « JE » qui nous intéresse embrasse immédiatement ce jeune humanoïde sélénite et ainsi se trouve emporté par l’Ethiopien tout velu et donc tout nu pour qu’on puisse affirmer qu’il est tout velu. Et pourtant la description de ce jeune sélénite venait juste d’être donnée : « Sur son visage je ne sais quoi d’effroyable, que je n’avais point encore aperçu : ses yeux étaient petits et enfoncés, le teint basané, la bouche grande, le menton velu, les ongles noirs. . . et possible même que c’est l’Antéchrist dont il se parle tant dans notre monde. »
Ces jeunes adolescents, ils les aiment beaux comme Adonis, des éphèbes quoi, ou bien sataniques et monstrueux du côté noir et sauvage comme je ne sais quel « Éthiopien » dont en ce temps-là les bons Chrétiens faisaient des esclaves, comme il le dit si bien : « L’Univers ne produit des hommes que pour nous donner des esclaves, et pour qui la Nature ne saurait engendrer que des matières de rire. » Et cela ne change rien de savoir que cela signifie des plaisanteries sur l’arrogance castillane. A cette époque l’arrogance castillane éradiquait d’Amérique des populations entières et des cultures cent fois plus avancées que celle de ces Castillans dont bon nombre ne savaient bien sûr ni lire ni écrire. Quatre livres Mayas ont survécu à l’autodafé génocide des Castillans au Mexique sur ce que les plus timorés historiens évaluent avoir été les bibliothèques Mayas de plusieurs centaines de livres, donc plus de 99% de cette culture écrite dans des livres ont été brûlés ou englouties au fond des mers.
Les raisonnements anticartésiens sur l’existence du vide sont dépassés aujourd’hui mais devait bien amuser les gens de la cour qui n’en savait pas le moindre mot, ni même les virgules. Il se permet mème de mettre en doute la théorie du pari de ce pauvre Blaise Pascal. « S’il y a un Dieu, outre qu’en ne le croyant pas, vous vous serez mécompté, vous aurez désobéi au précepte qui commande d’en croire ; et s’il n’y en a point, vous n’en serez pas mieux que nous. » dit le Terrien qui parle à la première personne. Et le Sélénite lui répond, qui prétend qu’il n’y a pas de dieu : « S’il n’y en a point, vous et moi serons à deux de jeu ; . . . s’il y en a, je n’aurais pas pu avoir offensé une chose que je croyais n’être point, puisque pour pécher, il faut ou le savoir ou le vouloir. » Plus que de la casuistique, on a là une brillante jésuistique : un homme peut toujours fornicoter avec sa voisine si cela permet de la sauver du suicide.
Mais avec Cyrano on finit toujours à en prendre plein le nez. Et bien sûr ici comme ailleurs il ne résiste pas à ce grand et long jeu nasal. Dans ce monde lunaire les enfants qui naissent avec un nez court, dit camus, sont systématiquement castrés pour ne pas courir le risque de produire encore plus de tels hommes car dans ce monde lunaire l’homme doit avoir un long nez pour que son ombre projetée au cadran de ses dents puisse dire l’heure à qui veut bien la demander. Et la morale est digne d’Edmond Rostand qui doit se retourner dans sa tombe quand j’écris cela. Ce brave Edmond n’aurait donc rien inventé : « Un grand nez est à la porte de chez nous une enseigne qui dit : ‘céans loge un homme spirituel, prudent, courtois, affable, généreux et libéral’, et qu’un petit est le bouchon des vices opposés. » Cela est dur ou fort de bouchon, une vulgaire enseigne de cabaret. Bien sûr il n’est pas question des femmes car Cyrano ne doit pas encore savoir que la génétique se transmet pour 50% par les hommes et pour 50% par les femmes. Toutes les filles nées avec un nez court devraient aussi être castrées, ce qui pose un problème purement physiologique.
Si vous aimez une telle satire philosophique, Cyrano est votre homme. Si vous préférez une fiction d’action et de sensation, Cyrano n’est qu’un portier à la grille du grand jardin de l’imagination. Imaginez dans deux cents ans, la publication de la prose du Canard Enchaîné comme une œuvre de fiction sociologiquement révélatrice de notre monde d’aujourd’hui, comme si dans deux cents ans ils sauront la différence entre Hollande, Macron et Wauquiez, pour ne parler, comme Cyrano de Bergerac, que des hommes et sans nommer le diable Sarkozy.
Dr. Jacques COULARDEAU