Tiens, puisqu’on parle cinéma, je m’en vais vous faire suivre, de loin en loin, le péripéties de l’adaptation du « combat ordinaire » au cinéma.


Pour restituer les faits dans leur chronologie, il y a environ un an, j’ai accepté que Laurent Tuel adapte ce livre au cinéma. Pourquoi? Pour l’aventure.


Dans un premier temps, je ne voulais absolument pas que mes livres soient portés à l’écran. Sans doute la peur qu’on trahisse peu ou prou mon propos me faisait-elle bouder l’exercice. Mais la chair est faible et l’attrait d’une expérience qu’on ne rencontre qu’une fois dans une vie s’est peu à peu imposé. J’en ai discuté avec mon éditeur, homme sage s’il en est, qui m’a dit qu’un  » éventuel mauvais film ne pouvait pas faire de mal à un bon livre ». Je dois avouer que je doute encore un peu de ce postulat, mais il m’a semblé opportun, puisqu’on m’y poussait avec ardeur, d’essayer, pour voir.


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Après que j’eus donné mon accord de principe, restait à savoir « avec qui ». Je rencontrai donc Laurent Tuel qui s’était proposé sur ce projet. Il vint avec une centaine de photos de repérages et une solide volonté de faire ce film. J’ai aimé voir ces photos. D’habitude, les gars arrivent les mains dans les poches, se font payer un bon repas, déblatèrent des conneries sur mon « génie » (véridique!) puis s’en vont dans la nuit parisienne pour ne plus jamais donner de nouvelles.


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Là, Tuel était venu avec ces photos. Elles étaient belles et correspondaient parfaitement à l’ambiance du « combat ordinaire ». Il y avait là du travail et de la sensibilité et ça m’a touché. Emballé par son emballement, et passablement entamé par l’apéritif, je donnai mon accord en précisant juste que je ne voulais me mêler de rien, ni du scénario, ni de… rien du tout, en fait.


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Alors pourquoi ce choix? D’abord, parce que, dans ce genre d’adaptation, même si ce n’est pas là mon point fort, il faut savoir lâcher prise. C’est nécessaire. Sinon, il faut se battre contre tout et tous, à chaque instant, se prendre la tête, avaler des couleuvres, plonger dans le bain des compromis… C’est à devenir fou. Donc, pour éviter de m’épuiser et d’éventuellement perdre le goût de la création pour mes livres, à force de retourner des problèmes qui ne devraient pas être miens dans mon crâne congénitalement confus, il m’a semblé sain de m’éloigner de l’élaboration du bazar. Et puis, d’expérience, je sais que lorsque je quitte longtemps ma table à dessin, j’ai beaucoup de mal à retrouver le fil quand j’y reviens.


Pourquoi « le combat ordinaire »? Parce que je me suis détaché du livre, il est loin, maintenant. Et il semblait que, si je devais tenter l’expérience cinéma après l’échec cuisant de BLAST, il fallait le faire sur un livre qui ne m’occupait plus l’esprit.


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C’est ainsi que tout ce que pourrai dire ici, sur ce sujet, ne sera pas pour régler des comptes ou me plaindre. J’aurais mauvaise grâce: j’ai accepté en connaissant les règles et ai choisi de ne pas participer à quoi que ce soit. Je serais bien en peine de donner des leçons! Mais je garde, heureusement, le droit de donner ici mon sentiment d’auteur, ma propre vision de ce que devrait être une adaptation de ce livre, vision d’inculte en cinéma et ignorant de ses règles, comme me l’ont rabâché de nombreux producteurs. J’eus beau leur dire que, les images, les lumières, les cadrages, l’écriture, le rythme, les couleurs, les ambiances, le jeu des personnages, l’articulation des scènes, leur hiérarchie, que tout ça ne m’était pas absolument étranger puisque c’est la base de mon métier, rien n’y fit.


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Je raconterai donc ce qui m’amuse, me surprend, me choque, me casse les couilles, sans pour autant remettre en cause les choix du réalisateur qui est souverain. Je le pense sincèrement.


Pour moi, tout ceci n’est qu’une expérience inédite, qui me servira de mètre étalon pour d’éventuelles autres adaptations de mes livres. Vaut-ce le coup? Ne laisserai-je pas trop de plumes à la bataille? Serai-je fier ou honteux quand le film sortira?


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Comme je suis un chieur, je commencerai par ce billet découvert sur Ouest-France.


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C’est une petite interview d’une jeune actrice, Maud Wyler, qui parle d’un rôle prochain dans … « le combat ordinaire »!


« Cool », me dis-je, le projet avance, pour une fois. Je dévore donc les quelques lignes et… Comment dire? Une vague de découragement me submerge. Une « comédie »?! Quelle est donc cette idée saugrenue? Je veux bien que « le combat » ne soit pas un « drame », mais de là à la classer dans la « comédie », il y a tout de même un pas.


Puis, perspicace comme pas deux, je google le nom de l’acteur avec qui la demoiselle doit jouer, « Manu Payet » (oui, je ne sais pas qui c’est, je suis un ermite) … Je comprends alors que cet acteur est surtout… Un humoriste. Entendons-nous bien, je ne dis pas là que c’est un mauvais acteur, et qu’il ne pourra jouer ce rôle,bien sûr! J’ai encore en mémoire la performance de Coluche dans « tchao pantin ». Mais le choix d’un acteur connu essentiellement dans l’humour, ajouté à la petite phrase de la jeune fille qui « adore rire » renforce chez moi l’idée d’un gros malentendu en perspective!


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J’ai passé le weekend à ruminer sur ce maudit métier, désespérément associé dans l’imaginaire de ceux qui ne le connaissent pas bien, à l’enfance et à l’humour. Mais, comme le disait si bien Bernard, CRS retraité et prof de gym au collège Saint Exupéry de Vélizy Villacoublay: « une fois qu’on accepte de jouer, il faut respecter les règles ».

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Published on February 24, 2014 02:19 • 867 views

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Manu Larcenet
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