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Le diable, l'astronome et la naine rouge - Extrait du Chapitre 2
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A scientific novel by C. Bertout & S. Lucide
genre
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Published on 2009-04-13 ·
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book
Chapters
Chapter 1:
Extrait du Chapitre 2
Chapter 2:
Chapitre 8 (extrait)
Extrait du Chapitre 2
Chapter 1
—
Updated Apr 13, 2009
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10,126 characters
Résumé du chapitre précédent : Hubert Klein, DRH d’une entreprise de téléphonie mobile, est licencié pour une raison que nous ne dévoilerons pas ici. Affligé, il erre dans Paris en réfléchissant à son futur quand il est accosté par Victor Barberaz, membre éminent de la CNCT (Confrérie des Nains Chasseurs de Têtes). Victor lui propose un nouveau poste et ils décident de se retrouver le lendemain pour un entretien avec le patron potentiel d’Hubert.
Extrait du Chapitre 2 - Copyright Editions du Pommier (Paris, France) - reproduit avec leur permission.
Le lendemain, il bruinait sur Paris. Arrivé en avance à la Brasserie Daguerre, Hubert Klein commanda un café au bar. Le nain chasseur de têtes le rejoignit peu après ; Hubert le hissa d’autorité sur un tabouret. Ils avalèrent leur café et partirent de concert. Le nain traversa en diagonale l’avenue du général Leclerc et s’arrêta devant un bâtiment bas peint en vert.
« Mais c’est l’entrée des catacombes ! » Hubert était surpris. A cette heure, l’édifice était fermé.
« Je vous ai prévenu que le poste est un peu particulier, monsieur Klein. Mais continuons, je vous prie. »
Sans être un cataphile averti, Hubert Klein connaissait bien les catacombes parisiennes, où il emmenait à l’occasion ses amis étrangers de passage à Paris. Ces longues galeries, vestiges de carrières anciennes où s’entassaient maintenant les ossements de morts expulsés de leurs cimetières d’origine le fascinaient. Des crânes humains par milliers offraient au visiteur un miroir d’un lugubre réalisme.
Le nain utilisa une clef antique pour ouvrir une porte arborant une petite plaque « Réservé au service ». Un escalier en colimaçon s’enfonçait dans les profondeurs souterraines. Le nain avait sorti de sa poche une lampe torche. Ils descendirent longtemps, bien au dessous de la partie publique des catacombes. Ils prirent à gauche dans une galerie humide et sinueuse. Le faisceau de la lampe faisait surgir de l’ombre des piles bien ordonnées de crânes anonymes. Ils arrivèrent enfin dans une salle ronde où brûlaient deux torches encadrant une large porte de chêne massif. La lumière vacillante projetait sur les murs de pierre des ombres inquiétantes. « Nous y sommes », dit le nain. Il frappa à la porte. Un homme corpulent, vêtu d’un costume sombre, ouvrit et prononça quelques mots dans un talkie-walkie qui grésilla une réponse incompréhensible. « Il vous attend, monsieur Victor. »
L’homme recula, et le nain fit signe à Hubert de le suivre. Au bout d’un large couloir, un autre garde écarta une lourde tenture rouge sombre, et Hubert pénétra dans une immense pièce carrée entièrement tapissée d’une étoffe grenat. Des torches étaient fichées à intervalles réguliers dans les murs. D’immenses écrans suspendus affichaient des rangées de chiffres incompréhensibles au profane. Des consoles informatiques ronronnaient dans l’ombre. Il faisait chaud, très chaud. Un bureau monumental était installé dans le coin le plus éloigné de la pièce.
Quelqu’un vint à leur rencontre.
Un personnage d’une beauté sidérante. Immense, près de deux mètres, estima Hubert ; épaules larges, hanches étroites, vêtu d’un costume noir qui faisait ressortir une musculature athlétique. Une chevelure brune fournie, une coupe à dessein un peu hirsute, des traits exquis, des yeux très écartés d’un vert émeraude aux reflets dorés, aussi lumineux que rares. L’homme avançait vers eux comme au ralenti, la main tendue. Il souriait, découvrant une dentition parfaite, une mâchoire de grand carnassier. Hubert devina plutôt qu’il ne vit l’éclat d’un diamant enchâssé dans la canine droite. L’homme prit la parole ; la suavité de sa voix aux graves profonds était menaçante : « Please allow me to introduce myself; I am a man of wealth and taste. »
Hubert Klein connaissait ses classiques. « Vous… vous êtes…
- Ne réveillons pas les démons endormis, Monsieur Klein, l’interrompit la créature en souriant de toutes ses dents. Appelez-moi Mick.
- Hubert », répondit Klein. La poignée de main fut virile. « Victor m’a tout dit de vous. Votre CV ne révèle que ce que vous voulez bien lui faire dire mais vous ne devineriez pas le genre d’informations que ces nains chasseurs de têtes sont capables de dénicher… Tout, je sais tout, Hubert. »
Hubert Klein se sentit rougir. Chacun a ses petits secrets. « Allons, ne vous en faites pas », reprit Mick. « Vous êtes un homme comme les autres, rien de bien méchant en l’espèce. De plus Victor et moi sommes des personnes de confiance. Si j’insiste, c’est pour bien me faire comprendre : je sais que le poste que je suis sur le point de vous proposer vous ira comme un gant. Mais en revanche…
- En revanche ?
- Avez-vous une âme, Hubert ?
- Pas que je sache…
- Je ne suis pas surpris. C’est ce que tout le monde me dit aujourd’hui. L’âme ne fait plus recette, on la tient pour quantité négligeable quand on ne la nie pas complètement. L’église à laquelle ont appartenu vos ancêtres est moribonde. Tant mieux pour nous, n’est-ce-pas… » Mick ricana un instant avant de continuer.
« Alors si votre âme ne compte pas pour vous, mon cher Hubert, vous ne me la refuserez pas si je vous dis que c’est elle qui m’intéresse ?
- Vous voulez dire que j’ai une âme ?
- Evidemment…
- Mais dans ce cas, ne devrais-je pas y tenir ?
- Vous n’avez jusqu’ici montré aucun intérêt pour elle, Hubert. Elle ne vous est d’aucune utilité. A quoi bon y tenir ?
- C’est que je ne savais pas…
- Vous êtes tous les mêmes », soupira Mick. « Il suffit que l’on vous mette la puce à l’oreille, et vous vous demandez aussitôt le pourquoi et le comment de cette âme que vous ignoriez superbement jusqu’ici.
- En effet, dit Klein, voilà une perspective nouvelle qu’il est nécessaire de considérer.
- Voyez-vous, Hubert, du pacte… pardon… du contrat que je veux signer avec vous dépendra peut-être le destin de cette âme dont vous ne soupçonniez pas l’existence jusqu’ici.
- Je vous vois venir, Mick. Vous voulez mon âme en contrepartie de je ne sais quoi. Mais j’ai lu mes classiques, lorsque j’étais au lycée. Rappelez-vous le bon Docteur Faust ; il a roulé dans la farine le Méphisto de l’époque, n’est-ce-pas ? »
Mick toussota, gêné. « Vous êtes sans pitié, Hubert. Mais si Dieu intervint in extremis dans ce cas regrettable, ce fut au prodigieux talent de Goethe que Faust en fut redevable. Pensez-vous disposer d’un tel entregent ? Vous êtes seul, Hubert. Si nous signons ce contrat, vous en respecterez les termes à la lettre. Alors ? »
Hubert soupira. Il n’avait pas vraiment le choix. « Que me proposez-vous ? »
Mick fit asseoir Hubert Klein et le nain Victor dans des fauteuils de cuir profonds et s’installa derrière sa monumentale table de travail. L’un de ses assistants passa des cigares, qui furent refusés, et des cafés, qui furent acceptés. Victor et Mick parlaient en aparté tandis qu’Hubert, tendu, attendait la suite avec impatience. Finalement, Mick se gratta la gorge et se tourna vers Klein. « J’ai un souci, Hubert. » Il fit une pause théâtrale avant d’assener :
« Dieu ne me dit pas tout. »
Il se tut et le silence s’installa. Hubert se demandait maintenant si Mick ne se moquait pas de lui. Mais celui-ci reprit : « Depuis la nuit des temps, mon empire s’étend sur toute cette planète. Dieu, quant à lui, règne sur tout l’Univers.
- C’est en effet ce que l’on m’a appris dans mon enfance », confirma courtoisement Hubert. Mick reprit : « Oui, bien sûr, et je ne lui conteste pas l’ordre des choses ; après tout, Il en est le Père fondateur et nous sommes tous ses créatures. »
Il marqua une pause. « Pourtant la Terre est un bien petit royaume, en ces temps de globalisation galopante ; mes possibilités de croissance sont bien minces, mon économie s’essouffle. Non pas que je m’ennuie, car les humains me contentent jour après jour par les turpitudes abjectes dont ils sont capables. Mais voyez-vous Hubert, j’ai de bonnes raisons de penser que Dieu me dissimule des royaumes qui me reviennent de droit.
- D’autres Terres, ailleurs dans l’Univers ?
- En effet, d’autres mondes que cette Terre. Pire, Hubert, des mondes vierges de tout Mal, puisqu’ils me sont refusés.
- Allons Mick, vous ne pouvez être sérieux », rétorqua Hubert, désormais amusé. « D’autres mondes habités orbitant des étoiles autres que notre Soleil ? C’est de la science fiction !
- Que nenni, sire Klein ! Les scientifiques ont déjà découvert des centaines de planètes orbitant des étoiles lointaines ! C’est du moins ce que mes espions affirment. Et c’est là que vous intervenez. Votre mission, Hubert, si vous décidez de l’honorer, consistera à dénicher ces mondes lointains où pourraient se dissimuler des âmes qui me reviennent de droit.
- Vous voulez m’envoyer dans l’espace intersidéral, Mick ? » Hubert éclata de rire. « J’ai passé l’âge de ce genre d’exploit…
- Ne soyez pas sarcastique, mon cher Hubert. Nous disposons pour explorer l’Univers de moyens bien plus subtils que ces bruyantes fusées qu’affectionne la NASA. Mais je ne vous en dirai pas plus pour le moment. »
Hubert Klein ne parvenait pas à se convaincre de la réalité de la mission qui lui était proposée. Il fit une nouvelle tentative : « Voyons si j’ai bien compris, dit-il. Vous souhaiteriez que je découvre, s’ils existent, les mondes lointains où le Mal n’existerait pas ?
- Mais oui, c’est bien ce que je dis, Hubert.
- L’objectif que vous me fixez là serait de trouver des Paradis terrestres et de vous les livrer ? »
Mick s’épanouit. « Je savais que vous étiez l’homme de la situation, Hubert. Vous avez tout compris. Dans mes bras ! »
